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Chahana Tackiou, journaliste : «Malgré les agressions, nous resterons sur notre position et l’intimidation ne passera pas»

Sachez qu’avec toutes ses intimidations ou agressions, nous allons rester sur notre position et ça ne passera pas. Nous sommes massivement sortis pour nous faire entendre et dire que trop c’est trop. Par la même occasion, nous interpellons les autorités afin qu’elles s’assument et qu’elles veillent à la protection des Maliens et plus particulièrement au personnel des medias.

Hamèye Cissé, journaliste: «Une journée sans presse est un signal fort»

La marche nous conforte et toute la presse est mobilisée avec les hommes politiques et les grands démocrates afin de dénoncer les agressions. Je crois sincèrement qu’il faut sauvegarder et préserver le seul outil de la démocratie qui reste. Il s’agit de la liberté de presse.

Aussi, il faut reconnaitre que les démocrates viennent de prouver qu’ils sont derrière les journalistes et qu’ils sont avant tout des patriotes. Cette journée sans presse et sans radio est un signal fort qui veut que justice soit faite et que les autorités prennent leur responsabilité.

La presse peut être victime de cette situation, mais aujourd’hui nous avons une vision commune qui veut que la transition renoue avec les valeurs de notre société et avec la démocratie. A noter que cette marche est un signe de démarrage de solidarité, non entre les hommes de media, mais aussi entre la classe politique et la presse.

Adama Dramé, Journaliste: «C’est le laxisme total et je ne suis pas le seul à le dire»

Il ne s’agit pas seulement de l’agression des journalistes qu’il faut voir en premier lieu pour la simple et bonne raison que quand on agresse un président de la République d’un pays, personne ne peut prétendre être en sécurité dans ce pays.

Il faut également savoir que ceux qui ont agressé le président de la République, sont les mêmes personnes qui ont agressé notamment Bittar, Soumaïla Cissé et deux journalistes récemment frappés. Si en réalité ce gouvernement est sincère, il doit agir dans la mesure où les agresseurs ont été identifiés à travers les images, notamment celles des caméras et des photos. C’est le laxisme total et je ne suis pas le seul à le dire.

Ibrima Famagan Coulibaly, journaliste: «Les hommes encagoulés doivent respecter la presse»

Préserver la liberté de la presse est une condition qui ne se négocie pas. Il faut que ces hommes encagoulés apprennent à respecter la liberté de la presse.

Birama Konaré, Ecrivain : «Les journalistes sont les soldats de la démocratie»

Je pense que c’est une situation catastrophique. N’oublions pas que les journalistes sont les soldats de la démocratie. Ils étaient présents pour l’avènement de la démocratie en 1991. Enfin, il faut savoir que la liberté d’expression est un droit reconnu par la Constitution.

Iba N’Diaye, ancien ministre, cadre de l’Adema Pasj: «C’est le résultat de l’incompétence ou de la complicité»

Il est temps vraiment que ces actes cessent dans un Etat de droit comme le Mali. En plus des hommes de media, toutes les couches de la nation doivent se lever pour préserver ces acquis de mars 1991. En réalité, c’est ce qui justifie notre présence.

Aussi, il y a deux choses qu’il faut souligner: soit c’est de l’incompétence soit de la complicité. Je dirais qu’il y a complicité si après un tel évènement les enquêtes ne prouvent rien. Et dans le cas échéant, je dirais simplement que c’est de l’incompétence de la part de nos autorités. Si une telle situation se passe à Bamako aujourd’hui, nous avons toutes les raisons pour nous inquiéter du sort du Mali.

Madou Diarra, journaliste à la retraite: «Cette protestation est légitime»

Bien que je sois à la retraite, il est de mon devoir de soutenir mes confrères dans le cadre de la sauvegarde des principes et valeurs fondamentales de la vie. Le droit de la liberté, inaliénable et imprescriptible, est reconnu dans le monde entier. Donc cette protestation est légitime.

Me MoutagaTall, avocat et député à l’Assemblée nationale: «Nous avons tous l’obligation de défendre la presse en tant que pilier de la démocratie»

Je peux m’exprimer en tant que député, mais je laisse le citoyen s’exprimer, qui dans le temps a été directeur de publication ici et qui sait qu’est-ce que la presse et la liberté de presse. Nous avons tous l’obligation de défendre la presse en tant que pilier essentiel et incontournable de la démocratie. Nous avons l’obligation de défendre la liberté d’opinion, l’expression plurielle qui est tout le sens de notre combat.

Journaliste ou pas, nous avons aussi l’obligation de protéger le droit de tous les citoyens et de faire en sorte que toute sorte d’agressions puisse cesser. Aussi, nous Maliens, devons donner une image différente de notre pays. L’image que l’on vend du Mali à l’extérieur, aujourd’hui, n’est pas la vraie image du Mali. Cette image n’est pas notre civilisation, ni notre culture. Nous sommes tombés quelque part, mais nous devons nous ressaisir et redevenir nous-mêmes. Ce genre de comportement ne fait que dégrader notre image. Nous devons faire en sorte que l’image du Mali soit préservée à l’extérieur.

Ousmane Sy, ancien ministre, cadre de l’Adema Pasj: «La liberté de penser et d’expression sont des valeurs qui n’ont pas de prix»

La liberté d’expression dont nous parlons a été acquise dans la lutte. Aujourd’hui, il s’est avéré que le fruit de cette lutte est en danger. Aucunement nous ne pouvons rester en marge des activités. Il faut que l’ensemble des Maliens sache que la liberté de se mouvoir, de penser et d’expression sont des valeurs qui n’ont pas de prix.

Tiégoum Boubye Maiga, journaliste: «Aujourd’hui, personne n’est responsable de rien»

Il faut d’abord retenir que l’état de la presse est à l’image du Mali dans la mesure où nous sommes dans une confusion totale. Aujourd’hui, personne n’est responsable de rien.

Les agressions ne datent pas de maintenant. Depuis l’interpellation de Birama Fall, directeur de la publication du journal Le Prétoire, si on avait exprimé au gouvernement notre indignation, on n’allait pas arriver à cette agression. Mais chacun fait ce qu’il veut. Je pense qu’après cette marche-là, le gouvernement nous dira où en sommes-nous avec les enquêtes.

Propos recueillis

par Nouhoum DICKO

19 Juillet 2012