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Excedées par une insécurité grandissante qui met en péril toutes les activités économiques et tout le trafic au Nord Mali, notamment dans la zone de Tinzawaten, les populations de Kidal s’organisent pour en finir avec la confusion qui règne autour de la question Bahanga. Si la marche projetée ce week-end a lieu, Bahanga, qui réside en Algérie, sera declaré persona non grata à Kidal par les siens propres.

L’annonce d’une marche de protestation contre Ibrahim Ag Bahanga, en pleine ville de Kidal à la fin de cette semaine, défraie actuellement l’actualité dans la capitale de l’Adrar des Iforas. Le chef rebelle, dissident de l’ Alliance du 23 Mai pour la démocratie et le changemen ( ADC), n’est plus en odeur de sainteté auprès d’une large partie de la population de Kidal. D’où cette marche.

A la lumière des nombreuses déclarations publiques faites par les différentes communautés du Nord, il n’y a aucun doute que la plupart des Touaregs à Kidal, Tombouctou, Gao et ailleurs dans le monde ne sont pas solidaires des actions de Bahanga et de son groupe. Les ressortissants de cette partie de notre pays sont aujourd’hui convaincus que Bahanga et ses hommes ne se battent pas pour leur bonheur.

Pour preuve, ils ne cachent plus leur désolation face aux méthodes utilisées par cette dissidence de l’Alliance pour la démocratie et le changement. « Quand on se soucie du développement d’une région, on n’y pose pas des mines anti personnelles », selon un kidalois qui a souhaité garder l’anonymat.

Pour toutes ces raisons et surtout pour dénoncer cette situation de guerre qui joue sur les activités économiques de la zone, les populations qui n’aspirent qu’à vivre en paix, ont décidé de manifester dans les rues de Kidal pour dénoncer Bahanga et autres.

Mais certains voient derrière cette initiative la main de l’État malien. A leur avis, le gouvernement malien veut organiser une manifestation à Kidal d’ici la fin de la semaine pour montrer l’illégitimité de l’action de Bahanga et ses hommes.

Mais, à analyser la situation de près, sans exclure la possibilité que l’initiative de la marche soit partie des services secrets maliens, l’on peut comprendre l’État d’âme des populations de la capitale de l’Adrar des Iforas.

Peut avant le déclenchement de la crise le 23 mai 2006, la ville de Kidal occupait une bonne place dans la liste des villes maliennes où l’on pouvait se targuer de bien vivre. Les produits de première nécessité y étaient très abordables.

Et certains agents de l’administration qui y séjournaient dans le cadre de leurs nombreuses missions ne se faisaient pas prier pour remplir les coffres de leurs véhicules, tant la différence des prix était perceptible entre Bamako et Kidal.

Mais depuis plus d’une année, avec le déclenchement des hostilités, la situation économique de la région est devenue intenable. Et cela pourrait expliquer le malaise que vit la population, tout en la confortant dans sa conviction que la dégradation des conditions de vie est due à la persistance de Bahanga à embraser le nord.

Joint à Kidal au téléphone, un kidalois qui a souhaité ne pas être cité, a salué l’initiative de la marche. Il ne veut pas savoir l’origine de cette initiative. Selon lui, le plus important est que la population touarègue saisisse cette occasion pour exprimer sa solidarité avec l’ensemble du peuple malien et se désolidariser des actions de Bahanga et autres.

Par contre, une autre catégorie de la population est très sceptique sur les résultats d’une marche. Selon elle, où la médiation des chefs traditionnels a échoué, une marche de condamnation ou de protestation n’y changera rien.

Elle ne cache plus son amertume face au règne de l’impunité. Les tenants de cette thèse pensent que l’insécurité dans la région de Kidal a été de tout temps entretenue par les mêmes individus sans que l’État complice ne lève le petit doigt.

Soumaila T. Diarra

Assane Koné

26 octobre 2007.