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Depuis déjà plus de cinq ans, tous les arbres plantés le long de la route qui mène de Djicoroni-Para à Sébénicoro ont été arrachés par les bulldozers, les occupants de ses abords immédiats ont été priés de plier bagage. Ce qu’ils ont fait non sans réticence. Le motif évoqué par les autorités pour provoquer ce remue-ménage était la construction de la route Mali-Guinée qui, avaient-elles dit, est imminente.

Mais depuis tout ce temps que cela dure, en lieu et place d’une route bien faite, l’entreprise tunisienne chargée de l’exécution des travaux a fait un saupoudrage de l’ancienne route existante. Si bien qu’au niveau de Sébénicoro, en l’absence de toute délimitation, les usagers ne savent plus quelle voie emprunter.

Conséquence, chaque jour on enregistre des cas d’accidents mortels auxquels font face avec diligence les agents de la protection civile.

Au niveau de Djicoroni-Para, c’est une autre paire de manches. A l’approche de la saison des pluies, des caterpillars ont gratté les deux côtés de la route sans qu’il y ait un quelconque remblayage. Avec les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la capitale, on a assisté à la formation d’un immense lac qui va du pont de Wayowayanko au marché de Djicoroni.

Automobilistes, piétons, motocyclistes, pousse-pousseurs, chacun patauge dans l’eau et dans la boue, chacun choisit son trou. Il ne viendra même pas à l’esprit d’un piéton de céder le passage à un automobiliste. Parce qu’il n’a tout simplement pas là où sauter. C’est une belle pagaille, un désordre indescriptible dans lequel pour sauver sa peau il faut faire preuve de beaucoup de discipline.

Le collecteur qui traverse le quartier sert de poubelle aux habitants et aux petits détaillants installés alentour. Pour permettre aux clients de les rejoindre, les boutiquiers ont été obligés de remblayer la devanture de leurs échoppes. Au marché même, on marche dans la crasse, vendeuses et acheteuses ont les pieds éternellement trempés dans la boue au milieu d’une odeur nauséabonde. A Djénékabougou plus précisément, on a l’impression qu’il pleut en toutes saisons.

Dans ce quartier mal famé, en l’absence de latrines, les eaux usées sont déversées en pleine rue. Il faut être un vrai acrobate pour ne pas plonger dans ces mares infectes. Tout près du marché, se trouve la maternité de Djicoroni. Là les enfants naissent et grandissent dans les ordures, au milieu des vendeurs de charbon qui ont fini de noircir tous les murs.

Y a-t-il un maire à Djicoroni et une autorité dans le district ? Il faut en douter car Issa Guindo, le maire RPM de la Commune IV, est en train de dormir sur ses lauriers. Quoi de plus normal que Djicoroni soit aujourd’hui le quartier général des moustiques après avoir ravi la palme à Bozola. “A l’évidence, on voit que ATT ne passe jamais par cette route” déclare, dépité, un habitant de Djicoroni-Para.

Mamadou Lamine Doumbia

13 Août 2008