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En effet, notre pays a réalisé cette année une production céréalière record, dégageant un excédent de 1,3 million de tonnes, toutes céréales confondues. Le riz représente 19% de cet excédent céréalier.

Les récoltes ont été tout aussi bonnes dans les autres pays de la sous-région. Dans les pays du CILSS, la production attendue est en hausse de 30% par rapport à 2007/2008. A l’échelle mondiale, les projections de production de riz sont en hausse de 1 million de tonnes par rapport à l’année dernière.

La conséquence de cette bonne production devrait être l’abondance de l’offre sur les marchés, aboutissant à une réduction des prix. Mais c’est loin d’être le cas. En ce qui concerne le riz, les prix sont supérieurs à ceux des 5 dernières années, même dans les zones de production comme Niono, Dogofri, Sokolo et Macina. Selon le bulletin de Fewsnet, le réseau de système d’alerte précoce contre la famine, financé par l’USAID, le prix du riz s’est accru de 12% et est supérieur de 59% à celui de la même période l’année dernière.

« Cette hausse très marquée du prix du riz est soutenue par les facteurs exogènes liés au marché international », analyse Fewsnet. Il est vrai que la faible disponibilité du riz au niveau mondial et le renchérissement des coûts de transport, ont soutenu les prix depuis le début de l’année dernière.

Facteurs de production

Le coordinateur de l’Observatoire du marché agricole (OMA), Salifou B. Diarra, met, lui, en avant l’augmentation de la demande. « Si on regarde le niveau de la demande, on peut comprendre le comportement actuel du marché. La consommation de riz augmente. Presque tout le monde consomme le riz actuellement.

Les populations rurales qui se déversent dans les villes, s’ajoutent aux consommateurs de riz« , constate-t-il en soulignant aussi que les producteurs, fortement syndiqués actuellement, évitent de vendre en dessous d’un certain niveau de prix.

« Les producteurs évoquent l’augmentation des facteurs de production. Et la hausse générale du coût de la vie », souligne l’observateur du marché agricole.

Boua Koïta, exploitant à Molodo, confirme. « La main d’oeuvre journalière a renchéri de 1000 à 1500 Fcfa, les frais de repiquage d’un ha de 15.000 à 20.000 Fcfa. Un hectare de riz est fauché à 20.000 Fcfa. Le riz est rassemblé pour en faire un gros tas à 15.000 Fcfa.

La redevance eau d’un ha est de 65.000 Fcfa« , énumère notre interlocuteur qui reconnaît la contribution salutaire de l’Initiative riz à l’approvisionnement en engrais. Les paysans ont acheté le fertilisant à 12.500 Fcfa le sac au lieu de 25.000 Fcfa, le prix du marché.

Dans son « Bulletin de conjoncture » du mois de décembre 2008, l’OMA évoque d’autres facteurs dopant le marché : l’annonce du gouvernement d’effectuer des achats pour soutenir les prix au cas où ils s’effondreraient, la constitution de stocks de précaution par les acteurs pour se mettre à l’abri d’une éventuelle flambée de prix, la demande pour l’exportation, notamment en direction des pays voisins.

Le gouvernement a, en effet, prévu d’effectuer des achats pour constituer le stock de sécurité de l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM). Ces achats devraient permettre de soutenir les prix au cas où ils connaîtraient une baisse drastique pendant les récoltes. L’OPAM a annoncé récemment une opération d’achat dans le cadre d’un accord avec l’Office riz de Ségou et les producteurs. Le grenier public achètera aux producteurs le riz à 270 Fcfa le kg.

Malgré ces achats de l’OPAM, le riz continuera peut-être à prendre le chemin des pays voisins. Le « Bulletin de conjoncture » révèle qu’entre notre pays et ses voisins, les écarts de prix du riz en novembre dernier se situaient à 110 Fcfa le kg pour le Sénégal et le Burkina Faso et 160 Fcfa le kg pour le Niger. Ces écarts de prix constituent une forte incitation aux exportations et favorisent le renforcement des échanges au niveau sous-régional.

Car le niveau actuel du prix du riz sur le marché mondial rend l’importation difficilement envisageable au Mali et dans d’autres pays de l’Afrique. Nos voisins seront donc tentés de venir s’approvisionner chez nous. Ce qui pousse l’OMA à écrire que le surplus de production dont nous disposons ne nous met pas à l’abri d’une hausse du prix dans les mois à venir.

Ventes étalées dans le temps

Par le passé, les consommateurs se rabattaient sur les céréales sèches quand le prix du riz atteignait un niveau trop élevé. Mais ces reports tendent à s’amenuiser du fait que les céréales sèches (maïs, sorgho, mil), bien que loin des sommets atteints par le riz, ne sont pas en reste dans la hausse. Leurs prix sont supérieurs à ceux de l’an passé à la même période. Cette situation est due, selon les spécialistes, au fait que bien des producteurs étalent leurs ventes dans le temps.

Salifou B. Diarra explique ainsi que depuis la libéralisation du marché céréalier, les producteurs ont été dotés de capacités de diversifier leurs sources de revenus. Le but est d’alléger la pression sur la production. Grâce à des activités génératrices de revenus comme le maraîchage et l’élevage de la volaille, dans bien des localités, les producteurs ne sont plus obligés de vendre leurs céréales pour subvenir aux petits besoins quotidiens.

Du coup, même si les récoltes sont abondantes, les producteurs ne braderont pas leur production. Ils ont tendance à stocker pour rechercher des prix rémunérateurs.

Autre facteur de renchérissement des prix : l’utilisation des céréales comme aliments de la volaille. « Le maïs est la céréale la plus utilisée dans ce domaine. C’est pourquoi sa demande est très forte », révèle le coordinateur de l’Observatoire du marché agricole.

Le prix de cette céréale ne peut que monter en flèche quand on sait que sa récolte n’a pas été bonne cette année. « Le maïs est produit principalement dans le Mali-sud. Les paysans profitaient des engrais du coton pour produire du maïs. Cette année, ça n’a pas été le cas. C’est ce qui explique que le maïs est la seule céréale en recul », explique-t-il.


B. TOURÉ

15 Janvier 2009