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Les solutions conjoncturelles sont les bienvenues, mais c’est le développement de la production nationale qui demeure l’alternative la plus viable.

« La tendance mondiale à la hausse des prix des produits alimentaires semble structurelle et risque d’être délicate à contrer.« . Le Fonds international pour le développement agricole (Fida) tire sur la sonnette d’alarme. Le Fonds des Nations unies pour l’alimentation (FAO) répond en écho avec un cri du coeur pour exhorter les décideurs à l’action.
Les organismes onusiens donnent de la voix pour que les cris de détresse dans les chaumières parviennent dans les palais de marbre. La FAO prévient : si rien n’est fait, il y a de gros risques de déstabilisation dans les pays pauvres. Le Fonds monétaire international (FMI) va jusqu’à évoquer des menaces de guerres.

Il est vrai que la multiplication des émeutes contre la « vie chère » à travers le monde fait craindre le pire. Le cas qui illustre le mieux cette tendance est celui de Haïti où les émeutes de la semaine dernière ont entraîné la chute du gouvernement.

Il est d’autant plus urgent de « faire quelque chose » que les observateurs s’accordent sur une analyse : la flambée des prix s’inscrit dans la durée. Le coordinateur de l’Observatoire du marché agricole (OMA), Salifou B. Diarra, n’a rien d’une Cassandre. Mais ses prévisions sont pessimistes. « La hausse des prix s’inscrit dans la durée. » Son propos est corroboré par le président du Fida, Lennart Bage qui souligne que « la majorité des experts estiment que les prix élevés sont là pour longtemps« .

NOUVELLE HABITUDE ALIMENTAIRE

Le Fida révèle que les prix des produits alimentaires ont globalement augmenté de 35% entre fin janvier 2007 et fin janvier 2008, accélérant une tendance amorcée en 2002. Depuis cette date, les prix se sont envolés de 65%. De son côté, le FAO révèle que pour la seule année 2007, la hausse est de 80% pour les produits laitiers et de 42% pour les céréales.

La hausse des prix du riz, explique Salifou B. Diarra, est due au fait que cette céréale est de nos jours très sollicitée par les consommateurs. Il fait remarquer que le riz n’est plus consommé que dans les centres urbains, comme c’était le cas par le passé. Même dans les campagnes, sa consommation est en forte croissance. A ce facteur s’ajoute l’exode massif des villageois vers les villes. « Ces populations qui vivent dans les périphéries des villes avec des revenus modestes, consomment généralement du riz comme aliment de base. Parce que cette céréale se conserve bien quand les familles préparent une seule fois par jour« , explique le spécialiste du marché agricole qui fait un autre constat révélateur : « les moulins dans les quartiers reçoivent de moins en moins de céréales sèches (Ndrl : mil, sorgho, maïs)« .

Le volume des besoins estimés en riz atteste cette tendance, avec 55 000 tonnes par mois.
Le marché est approvisionné, mais l’insuffisance de l’offre est structurelle, du fait de la faiblesse de la production nationale. Et ce déficit est creusé par les faibles rendements à l’Office du Niger. Salifou B. Diarra ne croit pas au rendement moyen de 6 tonnes à l’hectare, annoncé dans notre grenier à riz. A l’Office du Niger, les difficultés d’approvisionnement en engrais, la pauvreté des sols… sont des facteurs qui plombent le rendement dans de nombreux villages.

Alors que le riz est de plus en plus recherché, il se fait plus rare sur le marché international. Les raisons ? « Certains pays grands producteurs de riz ont décidé d’interdire l’exportation. C’est le cas de l’Inde. La Chine a imposé des taxes dissuasives à l’exportation« , explique le coordinateur de l’OMA. Ces pays, grands consommateurs de riz, mettent la pédale douce à l’exportation pour éviter la pénurie. A la rareté du riz sur le marché mondial s’ajoute le renchérissement des frais de transport, lié à la flambée des cours du pétrole.

Pour la campagne à venir, les producteurs devront faire face à la flambée du prix des intrants. Le sac de 50 kg de l’engrais DAP est vendu à 22 500 Fcfa. La même quantité coûtait la moitié de cette somme l’année dernière. « S’ils doivent produire sur cette base, ce sera difficile pour les paysans. Pas d’engrais, pas de production« , prévient l’observateur du marché agricole, plaidant pour une meilleure politique d’approvisionnement en intrants agricoles et pour l’entretien du système d’irrigation, vétuste et obstrué par de mauvaises herbes.

L’ARRIVEE DU RIZ DE CONTRESAISON

La relative lenteur des progrès dans la production augmente d’autant notre dépendance vis-à-vis des importations. Les mesures conjoncturelles consistant à accorder une exonération aux importateurs pendant une période, peuvent soulager momentanément les consommateurs (au détriment des finances publiques). Mais il est indispensable de développer la production nationale, estime Salifou B. Diarra.

« Comme il y a un cahier de charges cette fois-ci, on peut être optimiste quant aux retombées de l’accord entre l’État et les opérateurs économiques« , souligne-t-il car ces derniers seront obligés de respecter les clauses arrêtées à l’avance. Les grossistes qui ont signé cet accord pour importer 127.000 tonnes de riz d’ici septembre prochain, seront tenus au respect de leur engagement. Mais rien n’oblige les détaillants à vendre le riz au prix de 310 Fcfa/kg. A preuve sur le marché de Magnambougou par exemple, le kilo de riz coûte encore 350 Fcfa.

Salifou B. Diarra estime tout de même que les prix se maintiendront dans une certaine stabilité, même à l’approche de l’hivernage, période pendant laquelle les prix des céréales grimpent habituellement. Les prix ne s’envoleront pas de façon vertigineuse. Ils seront tirés vers le bas par la mesure gouvernementale et l’arrivée sur le marché du riz de contresaison, attendu en fin avril et début mai. « Aussi, si le début de l’hivernage est bon, les paysans qui disposent de stocks de céréales sèches, commenceront à les mettre sur le marché« , ajoute-t-il, expliquant que l’abondance des céréales sèches sur le marché, pourrait amener les populations à revenus modestes à modifier leurs habitudes alimentaires.

Une baisse de la pression sur le riz serait un facteur de recul de son prix.
Le salut peut venir aussi de la proposition du directeur général de la FAO Jacques Diouf qui demande à la communauté internationale une livraison massive de fertilisants et de semences pour booster la production céréalière.


B. TOURÉ

L’Essor du 15 avril 2008.