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Annoncé à grands renforts de publicité sur les antennes de l’ORTM et dans les média privés, le Maouloud 2006 à Tombouctou a été un flop magistral. Et pour cause : les populations de la cité des 333 saints n’ont pas été associées à l’évènement. Tout a été orienté et organisé à partir du palais de Koulouba.

Les trois milliards de nos francs envoyés par le Frère Guide de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne pour les besoins de la cause n’ont servi à rien. En effet, les milliers de pèlerins qui ont foulé, pour la première fois, le sol béni de l’islam ont été affamés et assoiffés par le Comité national d’organisation, piloté par l’ancien patron de la Sécurité d’Etat, Hamidou Sissoko, remercié à la faveur des casses du 27 mars 2005, après l’échec du Mali face au Togo.

A Tombouctou, une commission régionale d’organisation a été instituée sous l’égide du gouverneur Togola. Elle a élaboré un devis de 700 millions de F CFA sur lesquels, elle n’a reçu que 250 millions. Ce montant dérisoire largement en deçà des prévisions a anéanti les efforts déployés par les différentes sous-commissions. D’où leur dissolution de fait.

Il faut noter que les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou ont reçu chacune 30 millions de F CFA pour s’occuper de leurs pèlerins y compris la restauration. Ceux du nord, notamment Mopti, Gao et Kidal pour la circonstance ont obtenu chacune 66 millions de francs pour les mêmes besoins.

Les gouverneurs des régions, gérants de ces sommes ont donné des montants dérisoires à ceux qui ont fait le voyage, variant de 11000F à 15000 F. Un pèlerin de la région de Sikasso notamment de l’Union nationale des femmes musulmanes de Koutiala nous a expliqué que les 11000F reçus correspondent aux frais de transport aller et retour entre leur ville et Bamako.

En réalité, la grande déception des populations de Tombouctou réside dans le fait que dans un premier temps, elles ont été responsabilisées par associations pour assurer la restauration des visiteurs avant d’être complètement dessaisies au profit des régions. Autrement dit chaque délégation est venue avec ses cuisinier, alors que les associations concernées avaient déjà pris toutes les dispositions. Du jamais vu à Tombouctou, réputée pour sa gastronomie. Résultat : les pèlerins dans leur grande majorité ont été affamés et surtout assoiffés à l’image de ce Soudanais de 60 ans qui plairait à chaudes larmes parcequ’il n’avait pas eu de l’eau à boire. Il occupait une tente situé non loin de celle de Kaddafi.
Le pire, c’est que des honorables personnalités en l’occurrence des imams et chefs de quartier de Bamako et de plusieurs localités ont été logées dans des écoles sans nattes et même sans latrines. Face à cette situation honteuse, les populations de la ville, malgré leur mécontentement, ont ouvert volontiers leurs portes aux visiteurs. Mais beaucoup sont restés dans ces conditions souvent infra – humaines.

Les Tombouctiens sont unanimes à penser que Bamako est responsable des désagréments causés aux populations de la ville mystérieuse. C’est pourquoi, les élus locaux et les responsables de la puissante association des ressortissants de Tombouctou à Bamako, venus en grand nombre ont parcouru dans la matinée du lundi 10 avril les différents sites pour présenter leurs excuses aux hôtes et leur faire savoir que les habitants de la ville ne sont en rien responsables du calvaire qu’ils ont vécu.

Ils n’ont pas manqué de rappeller à qui veut l’entendre que Tombouctou est une terre d’accueil et récemment, en décembre dernier, lors du forum intitulé : « l’université des 5 continents » rares sont les familles qui n’ont pas hébergé des étudiants.
Ils estiment que le pouvoir de Bamako n’a pas respecté les citoyens des 333 saints. Puisque tout ce qui a été convenu pour rehausser à la fois l’éclat de la cérémonie et l’image de la ville a été bafoué. Ils ne comprennent pas, non plus, comment on peut organiser depuis Bamako un évènement qui se tient à Tombouctou. En tout cas, les uns et les autres sont déçus.

Ils sont davantage déçus par l’attitude de Kaddafi qui a brûlé la politesse à tout le monde cet après-midi du dimanche 9 avril. D’abord, il est rentré à Tombouctou une bonne heure avant le président de la République, Amadou Toumani Touré. Ensuite, lorsque celui-ci l’a regagné dans la ville, les deux présidents attendus, depuis 15 heures par une foule nombreuse, ne sont arrivés qu’aux environs de 18 heures à la place de l’Indépendance où la clé de la ville a été remise par le maire de la commune.
Le Frère guide a refusé de descendre de sa luxueuse voiture pour ouvrir le portail et ce sont d’autres qui l’ont fait à sa place. Son véhicule, à toute allure, a foncé sur la foule pour faire le tour du rond point en quelques fractions de secondes avant de prendre la direction des dunes qui portent désormais son nom.
On retient qu’il n’a pas salué les notabilités et les filles d’accueil à l’entrée du portail. Ceux qui se sont déplacés pour l’accueillir ne l’ont également pas vu dans la mesure où il était enturbanné, le visage barré de lunettes noires. De plus, son véhicule roulait à une vive allure. Certains ont même dit qu’ils n’ étaient pas dans le véhicule avec ATT et que c’est son sosie qui a pris sa place.

Aussitôt, après cet accueil peu enthousiaste, des nouvelles selon lesquelles la grande prière collective prévue pour le mardi 11 avril est remise à lundi se sont vite répandues à travers la ville, telle une traînée de poudre. C’est ainsi que la prière a effectivement eu lieu dans le stade municipal de Tombouctou. Des milliers de fidèles y ont pris part, sous la direction du Frère Guide, Mahamar Kaddafi. Entre la prière du crépuscule et celle de 20 heures, l’hôte du Mali a fait un vibrant plaidoyer pour le développement de l’Islam et la suprématie de celui-ci sur les autres religions.

Il n’a pas manqué par moment de s’attaquer à la civilisation judéo-chrétienne en déclarant, haut et fort, que l’ancien et le nouveau testaments sont des livres falsifiés dans lesquels, le nom du prophète Mohamed a été biffé. Selon lui, le Coran est le seul livre sacré qui est vrai, qui contient les paroles de Dieu.
En outre, au cours de sa prêche, il a rappelé l’histoire glorieuse de Tombouctou avant d’expliquer comment des explorateurs sont parvenus en longeant le fleuve Niger dans la ville mystérieuse.

Aussi, a-t-il promis aux populations de Tombouctou de réhabiliter le canal du fleuve qui s’étend de Kabara à Tombouctou, long d’environs 7kms.
Cette annonce n’a pas enthousiasmé beaucoup de gens puisqu’ils s’attendaient à ce que le Guide prenne en charge le bitumage de la route Douentza-Tombouctou.
Il n’en fit rien. Une autre grande déception des populations de la citée des 333 saints.
Nous y reviendrons.

Chahana TAKIOU

13 avril 2006