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ATT, qui a balayé d’un revers de la main le trou de 100 milliards de F CFA dans les caisses de l’Etat, a accusé les agents du Trésor public et les DAF de dilapidation de fonds publics.

Le président ATT ne souffre pas de la critique même objective. Il vient une fois de plus de démontrer qu’il ne peut se départir de ce trait de caractère. La faillite annoncée de l’Etat par Tiébilé Dramé, président du Parena, selon qui le Trésor public draine une ardoise de 100 milliards de F CFA vis-à-vis de ses fournisseurs locaux, est restée au travers de la gorge du président de la République.

Alors que la séance de questions/réponses était complètement épuisée, le président ATT a clôturé sa conférence de presse du 8 juin en répliquant à M. Dramé indiquant que la dette intérieure du Mali se chiffre à 80,5 milliards de F CFA à la date du 5 juin 2008 au lieu de 100 milliards de F CFA à la fin mai 2008.

Le démenti présidentiel sur la base d’un document du ministère des Finances n’a fait que jeter encore du discrédit sur le Trésor public, la banque de l’Etat.

Non seulement le document du ministère est en deçà de la réalité des chiffres puisque selon nos informations, les mêmes déficits ont franchi la barre des 104 milliards de F CFA en début de semaine, mais il n’a fait que jeter en pâture les travailleurs du Trésor.

Selon ATT, des pratiques pas trop catholiques se passeraient à la banque de l’Etat qui a pour mission d’encaisser l’argent public, de recevoir les mandats en vue de régler les factures de l’Etat à ses différents fournisseurs. ATT dit ne pas comprendre les retards de règlement des factures qui s’accumulent au Trésor.

« Je ne sais pas ce qui se passe, mais chaque fois qu’on met 30 milliards à la disposition du Trésor, on se retrouve avec un trou de 30 milliards de F CFA », a déclaré le président ATT le 8 juin, à Koulouba devant des journalistes.

Il a minimisé et banalisé le déficit en disant que l’Etat malien est bon payeur que ce soit la dette extérieure (689 milliards de F CFA au 31 décembre 2007 ou 20 % du PIB) ou la dette intérieure, le Mali est solvable sur le plan de l’Uémoa. Pour la dette intérieure, ATT disait que sur les 80,5 milliards, 60 % reviendrait aux sociétés minières. Le reste serait réparti entre les banques et des opérateurs économiques.

Il s’est par la même occasion alarmé du cas des DAF qui, selon lui, font toute sorte de stratagème pour dépenser leurs derniers sous en fin d’année ou à la veille de remaniements ministériels.


Un chef ça agit

Les agents du Trésor ne sont pas du tout exempts de reproche avec le système de 10 % érigé en droit de paiement pour certains. Mais ce qu’il faut savoir, un kopeck ne peut sortir de ses caisses s’il ne fait pas l’objet d’un mandat émis par le ministère des Finances. Autrement dit, le Trésor joue le rôle d’une banque classique, qui reçoit le chèque d’un client pour ensuite procéder à son paiement. Il veille juste à la régularité du chèque et à l’authenticité de la signature.

En dénonçant ces pratiques mafieuses, le président ATT a démontré qu’il est bel et bien au courant de tout ce qui se passe dans les rouages des services publics. Ce qui est tout à fait normal en ce sens que les renseignements généraux et les informations sont des outils indispensables à tout pouvoir. Mais, le rôle d’un chef n’est pas de constater, de dénoncer ou de révéler des faits qui ne sont plus un secret pour le commun des Maliens.

« Un chef, ça agit et ça prend des décisions », pour paraphraser l’autre.
ATT a habitué les Maliens à ces genres de dénonciations sans effet d’entraînement. Lors des cérémonies commémoratives du 8 mars 2008, là où il a dit « bè bi ba bolo » (chacun a son sort entre les mains de sa mère), ATT parlant du phénomène des exonérations, avait vertement accusé des opérateurs économiques bénéficiaires de ces exos qui n’ont jamais eu d’impacts sur les populations.

Ceux qui ont entendu ces propos avaient pensé que l’Etat mettrait désormais un terme aux exonérations fantaisistes.

Cette année encore, les exos ont été accordées à tout commerçant pouvant importer du riz pour juguler la crise céréalière.
Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets parce que le kilo de riz qui devra être vendu à 310 F atteint dans certains marchés 375 F CFA. Ce prix pourra grimper à 400 ou 500 F le kilo aux mois d’août-septembre, craignent des consommateurs.

Au Mali d’ATT, le règne de l’impunité a la vie dure, tant que le premier magistrat du pays ne prend pas des décisions courageuses pour traiter le mal à la racine.

Abdrahamane Dicko

12 Juin 2008