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En 2012 si les choses se passent normalement, les Maliens seront appelés à élire un nouveau président de la République. L’actuel président étant ainsi à son second mandat. C’est ce que les Maliens ont décidé en adoptant la constitution par voie référendaire en 1992.

Mais d’ici là, les supputations vont bon train. Les partisans du président ATT multiplient des sorties médiatiques pour tenter de convaincre l’opinion nationale de la poursuite de son programme au-delà de 2012. Le président Amadou Toumani Touré, même s’il ne souhaite pas répondre publiquement à l’appel de ses« amis« , mène à sa façon l’offensive, mais en sourdine.

Les actions qu’il initie en direction des couches les plus sensibles du pays peuvent lui servir de garde- fous le jour où il se déciderait à sauter le verrou constitutionnel, limitant le mandant président.

Après les administrateurs qui ont bénéficié d’une augmentation démesurée de leur indemnité à la veille du premier tour de l’élection présidentielle de 2007, voilà le tour des militaires. Ces derniers bénéficient depuis le 1er juillet dernier d’une augmentation des indemnités de responsabilité et de représentation au sein des Etat- majors et services de la défense nationale. Elles vont de 85.000 F à 10.00 F CFA.

Le décret, qui accorde cet avantage aux militaires, a été pris en conseil des ministres du 26 juin 2008. Il porte le N° 08- 348.

Ce geste du président de la République prouve à suffisance qu’il y a l’argent pour le monde sauf les enseignements qui ne demandent qu’une dérisoire indemnité de logement depuis 2007.

Cette augmentation intervient dans un contexte politique en ébullition. Les partis politiques, qui croient encore que la démocratie est le seul cadre de leur épanouissement, s’organisent pour la conquête du pouvoir en 2012. Soit par des fusions ou par des alliances.
Ce clin d’œil du général président à ses frères d’armes est diversement apprécié.

Dans les milieux politiques, même si beaucoup se félicitent de cette élévation des indemnités des militaires afin qu’ils assurent leur mission de défense et de sécurité du pays, certains estiment que cela entre dans le cadre des manœuvres du président pour se maintenir au pouvoir.
D’autres pensent que c’est une manière pour lui de se racheter auprès des militaires après le carnage de Abeïbara.

Au-delà de ces appréciations, le président Touré est un fin politicien. Les actes qu’il a posés depuis son retour au pouvoir en 2002 clouent le bec à toute la classe politique malienne et à une bonne partie de l’administration. Les partis politiques, sans mesurer les conséquences d’une participation à un gouvernement, ont favorablement répondu à son appel. Ainsi naît le consensus.

Ce nouveau mode de gestion a permis aux représentants des formations politiques de renflouer les caisses de leur parti ou de passer des marchés juteux. Quel qu’en soit leur position aujourd’hui, ils ont tous mangé à la table de ATT. Et ils sont tous poursuivables. Peut- être non pas pour détournement de deniers publics mais pour abus de biens sociaux.

Pour le moment, la riposte des partis politiques est moindre au cas où le président ATT souhaiterait modifier la constitution pour un troisième mandant.

La crème de l’administration est dans les bonnes grâces du pouvoir. Surtout ceux qui détiennent le levier décisionnel. Ils n’ont pas démenti le rôle qu’ils devaient jouer lors de l’élection présidentielle. On se rappelle que lors de cette élection, l’administration malienne a joué un grand rôle dans la réélection de ATT dès le premier tour.

Ainsi le tour est joué et il ne reste plus à ATT de dire clairement aux Maliens ses vraies intentions.

Yoro SOW

01 Septembre 2008