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L’affaire Sanogo concerne des « faits très graves ». Il s’agit d’exécutions et disparitions dans l’affaire des « bérets rouges » en avril-mai 2012, et la récidive dans les mêmes pratiques assassines (exécutions sommaires et disparitions forcées) dans l’affaire plus récente de la mutinerie des soldats du camp Soundiata de Kati. Le mandat d’amener de la justice malienne, lancé contre Amadou Aya Sanogo, selon certains proches du dossier, n’est qu’un épais écran de fumée pour empêcher l’action de la CPI et procéderait de la stratégie du pouvoir.

« Le procureur général près la Cour d’appel de Bamako, Daniel Tessougué, a confirmé la convocation du général Amadou Aya Sanogo, l’auteur du coup d’état du 22 mars 2012, par la justice dans le cadre d’une enquête sur les exécutions et les disparitions survenues lors des affrontements entre « bérets rouges » et « bérets verts », a écrit le quotidien national ‘’L’Essor’’, dans sa parution du jeudi 7 novembre 2013.

« C’est seulement, mardi dernier [5 novembre] qu’il y a eu quelques demandes de mise à disposition faites par le ministère de la Justice. Et à travers ces demandes, le ministère de la Défense va mettre à disposition de la justice tous les militaires concernés. Amadou Aya Sanogo fait partie de ce lot », écrit notre confrère qui citait ainsi le procureur général près la Cour d’appel de Bamako, Daniel Tessougué.

Écran de fumée ?

Pour le journal L’Indépendant, « l’affrontement meurtrier entre bérets rouges et bérets verts s’est déroulé il y a maintenant 19 mois. Il est pour le moins étonnant qu’à ce jour le haut de la hiérarchie militaire n’ait pas fini de recueillir toutes les informations nécessaires pour situer une éventuelle responsabilité de l’ex-chef de la junte dans cette affaire. Il en est de même de la mutinerie du 30 septembre dernier à Kati. Une quarantaine de soldats ont été arrêtés et interrogés dans le cadre de l’opération Saniya menée sous l’égide de l’Etat-major général des armées.

En cinq semaines, les haut-gradés ont assurément eu plus que le temps nécessaire pour recueillir la version du Général Sanogo et établir sa part de responsabilité, directe ou indirecte, dans cette autre tragédie ». Et si l’on cherchait tout simplement à couvrir le Général Sanogo afin de le soustraire à la justice ? Une interrogation qui prend tout son sens quand on sait que la plupart des hauts responsables actuels de l’armée ont été nommés à leur poste par l’ex-chef de la junte militaire, écrit le journal.

Dans sa livraison N° 3372 du vendredi 1er novembre 2013, le quotidien annonçais que le Général Amadou Haya Sanogo n’a pas obtempéré à trois convocations du juge en charge des dossiers relatifs à l’affrontement meurtrier entre bérets rouges et bérets verts du 30 avril au 1er mai 2012, et à la mutinerie du 30 septembre 2013, tous les deux ayant occasionné plusieurs morts et disparitions de soldats maliens.

Ce qui lui a valu le mandat d’amener lancé contre lui le jeudi 31 octobre par Yaya Karembé. Le journal annonçait également, citant une source proche du Général, que ce dernier allait se présenter de lui-même devant le juge, le mercredi 6 novembre… Ce furent des rendez-vous manqués.

D’où l’interrogation du quotidien : qui veut couvrir le Général Sanogo pour le soustraire à la justice ? La question qui est d’une pertinence déconcertante trouve sa réponse dans les allégations de certains proches du dossier, selon lesquels, le mandat d’amener de la justice malienne, lancé contre Amadou Aya Sanogo, n’est qu’un épais écran de fumée pour empêcher l’action de la CPI. Il procéderait de la stratégie du pouvoir.

B. Daou

Le Républicain du 08 Novembre 2013.