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Plusieurs dirigeants sont pris au piège du pouvoir comme ces fleurs cannibales qui se referment sur les mouches qui convoitent leur nectar, qu’elles sucent goulument jusqu’à la mort.

Le cas de Tandja, du Niger, est l’exemple le plus achevé du Président pris au piège du pouvoir et qui imposa à son peuple des modifications de la Constitution pour proroger son mandat. Des officiers qui avaient été piqués par le virus de la démocratie écourtèrent cette malheureuse expérience qui avait emprunté aux dictatures le culte de la personnalité. Motif invoqué par Tanja, le besoin de terminer les chantiers commencés sous son mandat, donnant l’impression que la gestion des affaires publiques n’est pas une continuité.

Abdoulaye Wade, lui aussi, invoque les mêmes raisons que Tandja, pour rempiler, en dépit de son grand âge. Il s’est laissé prendre au piège du pouvoir, buvant le nectar jusqu’à la lie. Il tripatouilla la Constitution du Sénégal à sa convenance, changeant la durée du mandat présidentiel comme bon lui semble et par un juridisme de mauvais aloi, considère chaque modification de la durée du mandat comme le début d’un nouveau mandat. A ce jeu là, il pourra se représenter indéfiniment jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Laurent Gbagbo est resté pris au piège du pouvoir, arguant avoir gagné les élections en se basant sur les décisions d’une Cour constitutionnelle à sa botte, substituant in fine son palais a la prison haute sécurité de la Haye dont le confort, selon lui, est meilleur que celui de sa résidence surveillée en Afrique. Tant mieux.

ATT est au bord du précipice et risque, en fin de mandat, de perdre son statut d’icône et d’être présenté à la Haute cour de justice, selon les vœux du Collectif  » Touche pas à ma Constitution ». Qu’a fait l’icône du 26 mars pour connaitre une telle fin de mandat chaotique ? On se rappelle les prédictions du premier président de l’Hémicycle sous Alpha, Ali N. Diallo, sur la difficulté d’être une icône et en même temps exercer le pouvoir qui par définition, donne naissance à des décisions impopulaires. En fait, la guerre au Nord du Mali est, entre autres, l’élément déclencheur du désamour entre ATT et son peuple.

Dans l’imagerie populaire, le Président, en dépit des coups de boutoir des rebelles, semble les ménager, voire même les protéger en recherchant la paix à tout prix, de préférence par la négociation. En effet ATT, dans une vie antérieure, était faiseur de paix dans les contrées chaudes du continent et se voit mal dans le rôle d’un godillot massacrant à nouveau les hommes bleus qui l’avaient affublé du nom (peu flatteur) Amadou Tueur de Touareg (A.T.T). Cela s’est passé il y a vingt ans. En parcourant les foyers de guerre du Continent, le Général a pu mesurer les ravages des guerres civiles, qui laissent exsangues les pays affectés par des rébellions.

De cette expérience de pompier, il tira la sagesse sublime de faire la paix à tout prix. La rébellion des Touaregs, nouvelle formule, ne laisse personne dans l’indifférence.

Les atrocités commises par les rebelles sur leurs prisonniers ont choqué l’opinion publique. Les épouses des soldats ont exprimé leurs inquiétudes sur le sort des hommes envoyés au front et accusé le président ATT de forfaiture et d’intelligence avec la rébellion.
Les informations faisant état de l’exécution de leurs époux et fils par leurs geôliers, en dépit de la Convention de Genève sur la protection des prisonniers de guerre, ont meurtri leurs cœurs.

Leurs ressentiments contre le Président ont crevé l’écran dans un face à face poignant. Le président ATT, abasourdi par de telles accusations, a failli fondre en larmes, n’eut été son rang de chef de la Nation. L’invocation du nom du prophète et d’Allah a attesté de sa sincérité et permis de comprendre, selon ses propos sibyllins, qu’il serait victime d’un plan monstrueux fomenté par des mains invisibles. Il fit comprendre que c’est une forme de lutte pour le pouvoir sans merci.

Le Président, dans cette situation, apparut très affaibli par rapport à la gestion du dossier du Nord. Il pût mesurer la détermination de ses adversaires sans visages à lui coller l’étiquette de chef suprême de la rébellion et qui le firent passer pour celui qui réunit les conditions du déclenchement d’un conflit, soit pour garder le pouvoir, soit pour le transmettre à un quarteron de généraux qui auraient la charge de couvrir ses arrières.

On fit remarquer qu’il truffa tous les ministères de colonels qui n’ont aucun profil pour l’emploi. Les modifications de la constitution rentreraient dans cette stratégie de prise du pouvoir par un homme fort à la barbe des civils empêtrés dans des querelles byzantines et de leadership.

ATT fut la coqueluche des acteurs du 26 mars 1991, cette date mémorable qui le vit destituer un homme qui avait une confiance aveugle en lui: Général Moussa Traoré (GMT). Ce général, aujourd’hui reclus et plus populaire que lui, a été trainé dans la boue alors qu’on aurait habillé des civils en militaires, selon d’autres thèses, pour massacrer à tour de bras les manifestants, créant le chaos et sa chute. ATT échappera- t-il au traquenard posé par ses adversaires irréductibles pour le déstabiliser ? Il joue gros. Lui qui usa de ruse pour dominer les événements dont il était l’instigateur.

Pourra-t-il contrer tous les plans machiavéliques de ses adversaires de l’ombre qui sont décidés à changer le cours de leur propre destin ? L’enjeu est de taille. Nous assistons, aux premières loges, au dénouement d’une séquence des pièges du pouvoir dont les personnages centraux sont deux généraux acteurs du 26 mars qui ont signé les accords dit d’Alger et qui pourraient leur valoir des ennuis, selon l’excellent confrère Toumani Djimé Diallo.

Selon lui, ces accords de la honte ont réduit le dispositif militaire à la portion congrue, en démilitarisant tout le grand Nord, ouvrant un boulevard à la rébellion, à AQMI et aux trafiquants de tous poils.
Les pièges du pouvoir vont-ils se refermer sur ATT et Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale, seuls acteurs du 26 mars 1991 occupant aujourd’hui des fonctions stratégiques au sommet de l’Etat?

ATT s’est fait beaucoup d’ennemis en dix ans de pouvoir. On ne gouverne pas impunément un pays construit sur les cendres des martyrs, dans lequel la lutte pour l’accession au pouvoir est féroce, parce que seule source d’enrichissement ultra rapide sans héritage familial avéré.

Tout comme, en Afrique, il est tout aussi difficile de conquérir le pouvoir que de le quitter en étant adulé. Ainsi va le Mali.

Gerald Dackouo

Le Prétoire du 13 Février 2012