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Mogotigui Blaise a fait de l’opposition sa marque de fabrique. Cela lui a réussi jusqu’ici. Mais, sa grande proximité avec IBK depuis la traversée du désert ne serait-elle pas un handicap dans son évolution ?

Mamadou Blaise Sangaré, le patron de la Convention démocrate-sociale (CDS/Mogotiguiya) est un tribun. Il usite un bambara châtié et a le sens des formules chocs, accrocheuses. Il a une répartie à nul autre pareil qui fait que, quel que soit le sujet, on ne s’ennuie pas avec lui.

Il garde une dent (de loup) contre l’Adéma et l’URD. On s’attendait à le voir sortir, pendant la campagne, tous les péchés d’Israël contre ces deux formations, mais Blaise n’a pas été très entendu. Il a évité les grandes agglomérations, pas par manque de sous, mais avec un argument massue : ne pas se faire battre chez soi.

Il aimait à le dire en confidence à la veille de la présidentielle dans un bambara qu’il sait manier, « je n’accepterai pas de me faire battre par n’importe qui dans mon fief ». Il faut entendre par là dans sa base politique dans la Commune rurale de Bladié dans la sous-préfecture de Garalo, située à une cinquantaine de kilomètres de Bougouni où il est élu conseiller national. Et cela lui a réussi. Il a engrangé un score plus que qu’honorable.

Ce natif de Garalo, dans la Commune urbaine de Bougouni, partage son fief avec des poids lourds de la politique malienne : Yoro Diakité, qui a été en son temps super ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau et qui, après bien de partis, est président fondateur du Bloc des alternatives pour le renouveau africain (Bara), mais aussi Tiémoko Sangaré, qui semble être celui qui assure actuellement l’intérim de la présidence de… l’Adéma/PASJ !

Après des propositions non tenues, des promesses oubliées de la part d’ATT, il s’est retrouvé dans le collimateur de celui-ci, qui l’a poussé jusque dans ses derniers retranchements, son fief de Bougouni, que personne n’a pu lui contester. Pendant deux législatives et au moins quatre municipales, Blaise a ravi les quatre sièges de députés à l’Assemblée de la circonscription de Bougouni et la majorité des sièges à la mairie de la Commune urbaine du Banimonotié (nom authentique de Bougouni signifiant entre le fleuve (ba) et la rivière (mono).

Défis personnels

Visiblement, au vu de ses récentes déclarations et de sa proximité avec Sébéninkoro, il n’y a pas l’ombre d’un doute : Blaise sera dans le camp d’IBK. Sa proximité avec le nouveau président de la République ne date pas d’aujourd’hui même si cela est ignoré de beaucoup de gens. Or, cette vie peut-elle lui réussir ? La CDS n’y laisserait-elle pas de plumes ? Le costume ne serait-il pas trop étroit pour lui qui est surtout connu pour sa liberté de parole et pour ses prises de positions souvent osées ?

Il est vrai aussi que Blaise semble épuisé par la vie d’opposant qui fait que son parti peine à quitter son bled natal. Mais, en même temps, peut-il continuer à revendiquer une certaine virginité, que peu lui admettent d’ailleurs ? En effet, dans ses analyses, le patron de la CDS s’accorde le beau rôle et se démarque d’une certaine pratique de ceux qui « ont eu la main à la patte ». « On ne gouverne pas impunément et il est facile de critiquer étant de l’autre côté », lui rétorquait un de ses ennemis intimes de l’Adéma.

Blaise a deux défis : il ne pourra certainement pas se dérober de la participation. Qu’il entre au gouvernement ou pas, il est avec IBK et sera comptable de ce qui se passera. Par ricochet, personne ne comprendrait ou son silence ou son changement de discours dans les jours et mois à venir. Il a donc un cap à tenir.

Son second défi sera au niveau du parti. Il a des jeunes loups qui ruent dans les brancards et qui, visiblement, rêvent d’être vite rois à la place du roi, faire du Blaise sans Blaise. Mais, comme tous les partis maliens, il y a une nouvelle phase de redistribution des cartes et ni Blaise ni « sa » CDS n’en sortiront indemnes.

Alexis Kalambry

22 Août 2013