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Quand on parle de 11 mai, la majorité des gens pensent automatiquement au décès de Robert Nesta Marley dit Bob. Peu de nos compatriotes savent que ce même 11 mai 1956, s’est éteint un grand intellectuel et patriote qui a mené une farouche lutte pour affranchir les peuples colonisés du joug colonial : Mamadou Konaté ! Comme si cette nation était devenue amnésique, cet anniversaire passe inaperçu, car même sa chapelle politique (Union soudanaise RDA), ne fait rien pour nous rappeler ce leader politique, 53 ans après sa disparition.

Mamadou Konaté (1897-1956) a été député du Soudan et vice-président de l’Assemblée nationale française. Né vers 1897 dans le village de Kati au Soudan français (actuellement au Mali) d’une famille très modeste, Mamadou Konaté fréquente l’Ecole normale de Gorée (Sénégal) où il remporte de brillants succès.

Nommé instituteur, il enseigne dans différents établissements du Soudan (Bafoulabé, Macina, Kolokani…) La renommée qu’il acquit dans ses fonctions et l’aptitude pédagogique dont il fit preuve lui valurent d’être appelé à la direction de la grande école régionale de Bamako, charge qu’il occupa pendant treize années consécutives.

Mais, son caractère généreux et avide de justice sociale, dans une Afrique française en première phase d’éveil national après le retour des tirailleurs sénégalais de la Première Guerre mondiale, le pousse vers d’autres horizons. Il crée alors le Syndicat des instituteurs de Bamako, dont il est longtemps le secrétaire général. Le cercle de sa renommée s’élargit et ses compatriotes le poussent bientôt à accepter d’autres responsabilités. D’abord au Conseil général de Bamako et au Grand conseil de l’Afrique occidentale française (AOF).

La Seconde Guerre mondiale ébranle une nouvelle fois les fondations du pouvoir colonial français (le Soudan fournit vivres, soldats, argent en quantité) et la montée du mouvement nationaliste se poursuit. Brillante élite occidentalisée, Mamadou Konaté est le prototype des nouveaux leaders de ce mouvement, à l’instar d’un autre enseignant plus jeune, Modibo Kéita, qui sera président de la République du Mali de 1960 jusqu’en 1968, date à laquelle il sera renversé par Moussa Traoré.

En 1945, Mamadou Konaté et Modibo Kéita fondent le Bloc soudanais. L’année suivante, ce mouvement devient, sous le nom d’Union soudanaise, une section d’un grand mouvement fédéral : le Rassemblement démocratique africain (RDA). Le congrès constitutif de ce mouvement, animé principalement par le leader ivoirien Houphouët-Boigny et par Modibo Kéita, se tient à Bamako le 18 octobre 1946 et rassemble 800 délégués venus de l’AOF et de l’AEF.

Un élu très engagé en faveur des colonies

Le mois suivant (après deux campagnes électorales infructueuses pour la Constituante en 1945 et 46), Mamadou Konaté se présente aux élections législatives comme tête de la liste d’Union soudanaise (RDA), qui remporte 27 653 des 94 803 suffrages exprimés, soit un siège sur les trois à pourvoir par le collège unique du Soudan, contre 60 759 pour la liste progressiste (proche des socialistes) qui remporte deux sièges.

Les grandes lignes de son programme sont et resteront pour les élections suivantes, celles du RDA : union de tous les Africains et de tous les Français sans distinction de conceptions philosophiques ou religieuses et lutte pour l’émancipation politique, économique et sociale de l’Afrique dans le cadre de l’Union française, fondée sur l’égalité des droits et des devoirs.

A l’Assemblée nationale, où Mamadou Konaté siège à l’UDSR, il est nommé membre de plusieurs commissions : celle de la marine marchande et des pêches et celle des moyens de communication, mais aussi à deux autres qui lui tiennent particulièrement à cœur : la commission des territoires d’outre-mer et celle de l’éducation nationale. En effet, la plus grande partie de son activité et de ses interventions est consacrée à l’organisation du travail et de l’enseignement dans les territoires d’outre-mer.

Il invite par exemple le gouvernement, en août 1947, à mettre fin à la constitution obligatoire de greniers de réserves en AOF. Le 23 février 1950, il dépose une proposition de loi tendant à instituer un code du travail dans les territoires d’outre-mer. Une législation qu’il défendra à la tribune à plusieurs reprises, y compris lors de la seconde législature. Quelques jours plus tard, il dépose une autre proposition de loi tendant à la création d’un « cadre unique » du personnel des chemins de fer d’AOF.

Il prend souvent la parole, sur ses sujets de prédilection comme la coordination de l’enseignement en AOF, le budget destiné à l’outre-mer. Il prend également position par rapport à la politique de la France dans ses colonies. Ce fut le cas lors des discussions relatives aux événements de Madagascar en mai 1947, ou lorsqu’il interpelle le gouvernement sur l’attitude de l’administration lors des élections au Soudan et au Niger et des événements sanglants de Boromo (26 juin 1948, Haute-Volta devenue Burkina Faso).

Le grand leader s’inquiète également de l’organisation politique qui convient à l’Union française. Pour l’élection des conseillers de la République outre-mer, il soutient par exemple l’unicité du collège et le scrutin proportionnel (18 août 1948). Mamadou Konaté soutient la création d’une assemblée représentative en Cochinchine (mars 1949), ainsi qu’en Côte française des Somalis (24 juillet 1950).

Mamadou Konaté ne vote pas la confiance au gouvernement le 4 mai 1947, vote à la suite duquel Paul Ramadier se sépare de ses ministres communistes. Il s’oppose aussi au projet de loi sur le statut de l’Algérie (27 août 1947). Tout comme il ne prend pas part au vote sur la loi instituant la possibilité d’apparentements, le 7 mai 1951. Il s’agit d’une loi modifiant les règles électorales en faveur de la troisième force…

Une ambition brisée par la mort

Le 2 janvier 1956, sur un collège unique qui a continué à croître (plus d’un million d’inscrits), la liste d’Union soudanaise de Mamadou Konaté, forte de 215 419 des 433 029 suffrages exprimés, remporte cette fois deux sièges sur les quatre à pourvoir. Modibo Kéita est alors élu aux côtés de Mamadou Konaté. Retrouvant le Palais-Bourbon, ce dernier connaît un moment de gloire, puisqu’il est nommé vice-président de l’Assemblée nationale.

Malheureusement, il n’aura pas le loisir d’exercer son troisième mandat très longtemps : nommé membre de plusieurs commissions, il a le temps de déposer le 20 mars 1956 une proposition de loi portant suppression des sociétés indigènes de prévoyance dans les territoires relevant du ministère de la France d’outre-mer, mais son état de santé décline soudainement. Il est soigné sans grand espoir à l’hôpital Saint-Antoine, puis rapatrié à Bamako où il décède le 11 mai 1956.

« Mamadou Konaté appartenait à ces élites que la France a su former partout où flotte son drapeau et sur lesquelles elle est en droit de compter pour réaliser une véritable Union française. Sa présence au fauteuil présidentiel, comme l’avait souligné si justement notre collègue M. le Chanoine Kir, était plus qu’un symbole » , a déclaré le président de l’Assemblée nationale française à l’annonce de son décès.

En dehors du stade, un boulevard et un établissement scolaire portent le nom de ce grand leader et homme d’Etat.

Alphaly

(avec Afrik.com)

13 Mai 2009