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Mamadou Keita, un expulsé de France représentant l’Association malienne des expulsés (AME), s’insurge contre la visite du ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire de la France Brice Hortefeux au Mali pour tenter d’obtenir la signature d’accord d’immigration concertée visant selon certains, à faire expulser des Maliens sans papiers. A ses yeux, la venue de Hortefeux est une provocation. Interview.

Les Echos : Quel commentaire faites-vous de la visite de M. Hortefeux ?

Mahamadou Keïta : Pour nous, c’est pour venir encore provoquer les Maliens et c’est clair que l’Association malienne des expulsés et tous les membres du collectif de soutien s’opposent à cette visite de provocation d’autant plus que son objectif est de signer un accord qui ne nous profite pas. Nous savons depuis longtemps que Bamako et Paris se concertent pour signer cet accord qui heureusement traîne un peu malgré les tractations entreprises par la France auprès de nos autorités qui, semble-t-il, mesurent les conséquences d’un tel accord. A notre niveau, nous regardons les autorités qui doivent résister aux pressions car c’est la quatrième tentative du ministre Hortefeux.


Les Echos : Au cas où le Mali signe l’accord que peuvent en être les conséquences immédiates ?

M. K. : En tant que représentant de l’association malienne à l’aéroport, j’assiste tous les jours à une moyenne de deux Maliens expulsés de la France ce qui fait à peu près 45 à 50 personnes expulsées. Si jamais cet accord est signé, c’est la voie ouverte à une expulsion massive et facile des Maliens de France.

Aussi, on a constaté l’expulsion d’autres nationalités vers le Mali, ce qui est susceptible d’occasionner des préjudices diplomatiques. Alors que l’accord n’est même pas signé, nous assistons à des expulsions de toutes sortes de nationalités vers notre pays qui est devenu un dépotoir. Quand on va accueillir nos compatriotes expulsés de France, il arrive de voir des Népalais, des Pakistanais…

Les Echos :Certaines informations révèlent que tous ceux qui détiennent le passeport malien ne sont pas forcément des nôtres. Autrement dit, les documents officiels du Mali sont à la disposition de tous. Qu’en dites-vous ?

M. K. : Je n’ai pas trop de commentaire sur ça parce que nous au sein de notre association travaillons sur la question des refoulés. Mais j’avoue que sur le terrain nous constatons que certaines nationalités possèdent certaines pièces du Mali. Vraiment on ne sait pas comment ils font pour avoir ces documents. Au sein de l’AME, nous avons estimé qu’en fourrant trop notre nez dans cette affaire, on risque de s’exposer. C’est déplorable mais il va falloir maîtriser ce phénomène car il porte trop de préjudice à l’image du Malien.

Les Echos : Au sujet de la visite du ministre Hortefeux, quelles sont les actions que vous avez entreprises pour exprimer votre désaccord ?

M. K. : Nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous organisons à chaque fois des manifestations, des sit-in. Mais, au Mali les manifestations de ce genre sont très difficiles, surtout en cette période. Nous allons essayer au cours de la visite du ministre français de mobiliser les Maliens et les défenseurs des droits de l’Homme. Nous avons organisé hier (Ndlr : jeudi 7 janvier 2008) au Centre Djoliba un débat public sur la question de l’immigration et d’expulsion.

Propos recueillis par


Amadou Waïgalo

09 Janvier 2009