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Le député fraîchement élu à Yélimané, Mamadou Hawa Gassama, vient de nous accorder une interview dans laquelle il revient sur les différentes péripéties qui ont émaillé la campagne électorale dans sa circonscription électorale. Appréciez son franc-parler !

Vous venez d’être élu à Yélimané, quelles ont été les difficultés rencontrées ?

Merci beaucoup, M. le journaliste. Je remercie tous les Maliens et toutes les Maliennes. Ça me fait plaisir et je vous remercie de m’avoir rapproché pour en savoir sur le déroulement des élections législatives à Yélimané. De fait, tout ce que je vous demande, c’est d’être fidèle à tous mes propos, de n’y rien ajouter. Car aujourd’hui, tout le monde se demande si Yélimané est devenu un autre Mali. Mais avant tout, je remercie le Tout-Puissant et mes deux parents. Dieu merci, lui qui m’a encore gardé en vie tout en me donnant aussi l’heureuse chance de profiter de ces moments de joie. Encore une fois, je remercie tous les Maliens. Notre pays était dans une crise profonde. Mais, il en est sorti grâce à l’aide de ses bons amis. Je commence par le coup d’Etat, là où tout a commencé. Puis, il y a eu l’intervention française et tchadienne. La transition a pris fin par l’organisation des 1er et 2ème de l’élection présidentielle à la suite de laquelle IBK a été élu.

Oui, IBK a été élu et je le félicite même si je n’ai pas voté pour lui. Je reconnais aujourd’hui qu’il est le chef de l’Etat, tout en demandant au Tout-Puissant de lui accorder la force pour relever tous les défis qui l’attendent. Car, il est élu dans un pays en crise et ce n’est pas aussi facile comme on le pense. Que Dieu nous garde tous ! Nous avons réussi les élections sans la moindre violence. Qu’on soit pour ou contre son élection, c’est Dieu qui a donné le pouvoir à IBK. Et je lui demande d’être un bon exemple si d’aventure le choix du Tout-Puissant se portait sur un autre lors de la prochaine élection présidentielle.

Le 24 novembre 2013, c’était le 1er tour des législatives. À Yélimané, il y avait huit listes, donc seize candidats. Nous étions à deux sur les listes. Nous sommes tous natifs de Yélimané. Qu’est-ce qui s’est passé à Yélimané ? Pour moi, les législatives à Yélimané étaient autres choses que de simples élections. On était dans un autre Mali. À Yélimané, c’était un autre Mali, je le répète.

À Yélimané, il y a plusieurs partis politiques comme partout au Mali, mais seulement 17 d’entre eux sont les plus connus. Et dès la veille des élections, il y avait un candidat du nom de Bassirou Diarra qui a voulu déstabiliser le cercle de Yélimané. Au lieu de chercher à réconcilier les différentes formations politiques, il a au contraire créé un climat de mésentente entre elles. Mais, le seul objectif recherché était de me barrer la route. Pour preuve, il a signé un pacte avec les 15 partis de la localité en excluant les deux autres que sont les nôtres, Adéma-URD. C’est le premier point. Je vais juste vous expliquer la tentative de «coup d’Etat» (Ndlr : tentative pour me barrer la route) qu’ils ont voulu me faire. D’abord, les 15 partis ont signé une alliance pour désigner Bassirou comme candidat. Puis, après, ils ont fait 47 sessions de réunion pour choisir le deuxième candidat de leur liste. Par la suite, il (Bassirou) a refusé ce choix et est parti lui-même choisir un autre candidat du nom de Madi Makandé Traoré, un simple interprète qui n’a jamais connu la politique. Il voulait avoir les deux députés UM-RDA. Quand le Rpm s’est manifesté, il a alors accepté d’aller sous les couleurs du Rpm. C’est alors qu’il y a eu des mésententes et le divorce a été consommé au sein de l’Alliance. C’est comme ça que les listes ont été créées. Voici la 1ère tentative de «coup d’Etat».

La deuxième tentative de «coup d’Etat», c’est la plainte contre notre liste pour dire que mon colistier, Hamadan Soukouna, a deux actes de naissance. Ils voulaient utiliser cet argument contre nous mais cela n’a pas marché. La 3ème tentative de «coup d’Etat» a été faite en France. Nos adversaires sont allés jusque chez les migrants. Il (Bassirou Diarra) leur a demandé de clamer le changement avec comme seul motif que je ne sois plus à l’hémicycle, parce que j’y ai passé 16 ans. Il leur a demandé d’insister sur mon départ auprès des anciens de Yélimané. Les migrants ont même fait des cotisations pour ce faire. Mais rien n’a encore changé. Puis, Bassirou Diarra est venu à Bamako pour regrouper les ressortissants de Yélimané. Il a ravivé les anciens conflits du village dans le seul but de me barrer la route. Il leur a également soutiré de l’argent, environ 150 millions Fcfa, pour mieux me combattre.

Quatrième action pour me barrer la route, ils (Bassirou et alliés) sont allés voir Sabati 2012 qui est aussi allé prôner le changement à Yélimané. Ainsi, Sabati 2012 demandait tout simplement de choisir un musulman. Alors qui n’est pas musulman ? Je le suis de père et de mère ! À Yélimané, j’ai financé la construction des mosquées et des centres Medersa. C’est pourquoi la population a tout simplement répondu à Sabati 2012 : « S’il ne s’agit que de l’Islam, Gassama est un bon musulman». Echec encore !

Cinquième action, ils sont allés voir le Chérif de Nioro. Pour rappel, je suis allé chez le chérif de Nioro pour lui demander pardon. J’ai fait la même chose chez Mahamoud Dicko, président du Haut conseil islamique du Mali, parce que j’avais appris qu’il était offensé par certains de mes propos. Le Chérif m’a accueilli comme Dicko et m’a signifié qu’il n’a rien entendu de mes propos, mais qu’on lui avait fait part de ce que j’aurais dit. De toute façon, il a accepté mes excuses puisque j’avais fait le déplacement pour cette seule cause. Et j’ai été pardonné. À mon retour, je n’ai rien dit ni à la presse ni à qui que ce soit. Alors qu’ils disaient que j’étais dans le coma, que mon véhicule avait été calciné. Mais, j’ai su garder le silence. Le président Dioncounda a été agressé, mais il a fini par pardonner, idem pour Soumaïla Cissé. Alors pourquoi pas moi ?

Malgré ce grand honneur, le Chérif ne s’est pas limité là. Quatre de ses fils ont sillonné tout le cercle de Yélimané avec des baffles et caméras pour dire que j’ai voté le code des personnes et de la famille. Je leur ai répondu que s’il s’agit du Code, Dioncounda l’a voté ; les députés de Nioro l’ont voté ; IBK aussi l’a voté. Echec encore !

Sixième action, ils ont regroupé tous les chefs de village du cercle de Yélimané pour leur demander de faire bloc contre moi et choisir leurs députés. Ces derniers ont répondu qu’ils ne sont pas dedans et qu’il n’y a aucun lien entre les élections et la gestion du village. Les chefs leur ont signifié que c’est la population qui choisit son député. Echec encore !

Septième action, le ministre des Maliens de l’extérieur, je citerai son nom, Abdramane Sylla, c’est mon collègue, il est parti deux à trois fois à Yélimané, surtout le dernier jour du 2ème tour. Il partait avec les moyens de l’Etat, les véhicules, avec l’argent de l’Etat, dans le seul but de me combattre sur le terrain.

Je lui ai répondu que c’est lui mon hôte, que je lui dois respect même s’il passe un mois à m’insulter. C’est lui Abdramane Sylla qui a dit sur les ondes de la Radio qu’il est l’envoyé d’IBK pour régler les comptes à Gassama. J’ai les CD comme preuve. Au nom d’IBK, Abdramane Sylla demandait aux populations de ne pas voter Gassama ou Yélimané n’aura rien du gouvernement dans les cinq ans à venir. Ici, je me pose la question s’il est vraiment intelligent. Même s’il était en mission pour IBK, en tant que ministre, diplomate, responsable, vrai ou faux, il ne devrait pas dire le nom d’IBK sur la Radio. Et je dis déjà que c’est faux parce que je connais IBK. De toute façon, j’ai les enregistrements sonores.

Après tout ça, il a mobilisé des gens contre ma Radio. À Yélimané, j’ai une radio depuis trois ans. Je l’ai mise en place pour la jeunesse ; j’ai tous les papiers légaux. Son nom est Benkan, 105.5 FM. C’est sur le net. La Radio fonctionnait, je n’ai aucun proche qui travaille au compte de cette Radio.

Deux jours avant la fermeture de la campagne électorale, une délégation composée de la gendarmerie et de la police, avec ordre de mission du ministre de la Communication, est venue dire qu’ils ont appris que la radio émettait en toute illégalité. En ce moment, j’étais en campagne dans les villages. Ils m’ont alerté par téléphone. J’ai répondu en demandant de leur montrer les certificats. Ce qui a été fait, mais les missionnaires ont riposté en avançant que nous n’avons aucune autorisation pour émettre. Et, immédiatement, ils ont demandé la fermeture de la Radio. Ce qui a été aussi fait sans avertissement, sans demande d’explication. Ce faisant, ils ont enlevé l’émetteur et le dipôle, avant de les acheminer sur Bamako.

Je vous assure, ce jour, sans mon intervention, Yélimané allait exploser suite à la manifestation de la jeunesse. Mais je leur ai demandé d’arrêter, même si les missionnaires emportaient le bâtiment avec eux.

En plus, le dernier jour des campagnes, les gens de Bassirou, un certain Checkina Konaté, un ancien migrant qui a quitté la France et un autre migrant du nom de Djadjè Doucouré sont allés jusqu’à insulter mes parents sur la Radio Dougoufana. J’ai les enregistrements pour preuve. Tout ceci avait pour but de provoquer Gassama, chercher une bonne occasion pour l’emprisonner. Ils ont insulté mon père et ma mère, mais la radio fonctionne encore, alors que la mienne est fermée.

Par ailleurs, je remercie l’administration, les préfets, les assesseurs, la CENI, les présidents des bureaux de vote, car Bassirou a essayé de les corrompre, mais ils ont tous refusé tout en lui signifiant que l’objectif visé était de faire des élections crédibles et transparentes. Ce qui a été fait. Encore une fois, je remercie l’Administration et la CENI, car il n’y a pas eu de fraude. Dixième action !

Onzième action, maintenant, ils disent qu’IBK leur a rassuré que la Cour constitutionnelle va contester ma victoire en leur faveur. Même aujourd’hui dans l’Assemblée nationale, il y a une femme très proche d’IBK qui est en train de dire ces propos : «IBK a dit que Gassama ne sera pas à l’Assemblée.»

Pour preuve, ils ont amené tous les huissiers à Yélimané pour faire des photos lors des législatives. Pour l’occasion, je salue les Maliens, car j’ai eu du soutien de partout. Je ne cite pas de nom mais je remercie tout le monde. Parce qu’on savait qu’ils m’en voulaient. Et ils voulaient même m’assassiner. Ils ont envoyé un camion-Benne pour m’attaquer sur un long pont très étroit, sur lequel il est impossible de reculer une fois monté. Heureusement, c’est une femme peulh qui m’a alerté. Elle m’a dit de ne pas monter sur le pont. C’était la nuit, je me suis alors garé à côté du pont tout en éteignant mes phares. Le camion-Benne est arrivé et sur son passage, il a écrasé 22 moutons sur le pont. Et si c’était moi alors ?

Tout ce que je demande, c’est qu’IBK prenne note de tous ces mots. C’est Abdramane Sylla qui a dit que c’est IBK qui l’a envoyé pour me combattre. Monsieur, le président de la République, je n’ai pas voté pour vous, mais vous avez gagné et tout le monde soutient que c’est la volonté de Dieu. Alors pourquoi contester la volonté de ce même Dieu. C’est la population de Yélimané qui a tranché. Merci, la population de Yélimané.

De toute façon, j’ai confiance en la Cour constitutionnelle, en la justice malienne. De toute façon, tout le monde est témoin de ce qu’on m’a fait subir à Yélimané.

Qu’est-ce que vous dites à vos adversaires et à la population de Yélimané ?

En ce qui concerne mes adversaires, il y avait des promesses entre nous en cas de victoire. Nous, nous avons promis d’accepter les résultats dans tous les cas. Et c’est ce que les autres ont aussi promis. Par ailleurs, nous félicitons les 16 candidats du cercle de Yélimané. Je demande à tous les autres candidats de nous rejoindre pour construire ensemble Yélimané. Ce ne sont que nos frères, ils ont l’expérience et de très bonnes idées. Qu’on se donne la main pour parachever ce mandat. Et après, on verra.

En ce qui concerne la population de Yélimané, je la remercie infiniment. Sur mon chemin de retour à Bamako, les ressortissants de Yélimané sont venus me rencontrer jusqu’à Kati. Ça m’a beaucoup émerveillé. Et, ils m’ont accompagné jusque chez moi à Doumanzana. Encore une fois, je remercie la population de Yélimané pour cet honneur qu’ils m’ont fait.

Propos recueillis par Sinaly KEITA

Le Reporter du 26 Décembre 2013