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Les ministres ouest-africains des Affaires étrangères et de la Défense se réuniront ce jeudi 12 avril à Abidjan pour débattre de la situation au Mali, dont le Nord est tombé aux mains de rebelles touaregs et de groupes islamistes armés. La Cédéao brandit toujours la menace d’une intervention militaire pour rétablir « l’intégrité territoriale » du Mali. Les ministres de la zone ont donc rendez-vous à Abidjan pour discuter du « mandat » d’une éventuelle force ouest-africaine.

Le précédent ivoirien incite à la prudence. L’an dernier, la Cédéao, Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest, avait déjà brandi la menace d’une intervention militaire pour déloger Laurent Gbagbo du pouvoir mais elle n’était jamais passée à l’action.

Cette année, la donne a changé et l’organisation ouest-africaine semble décidée à agir. « On a fait trop de battage médiatique pour ne rien faire », concède un officier de la région. Seulement des incertitudes demeurent sur un éventuel déploiement de soldats au Mali. Tout d’abord, il faut mobiliser les hommes, les équiper et leur apporter un soutien logistique via la France et les Etats-Unis. Selon plusieurs sources, ce défi n’est pas insurmontable mais il faudra plusieurs semaines avant de voir le premier casque blanc fouler le sol malien.

Beaucoup plus problématique, si jamais cette mission voit le jour, quel sera son rôle ? S’agira-t-il d’aider une armée malienne bien mal en point à reconquérir le nord du pays ? De déployer une force d’interposition pour contenir les rébellions ? La réunion d’aujourd’hui à Abidjan devrait permettre de se situer.

Si la menace djihadiste apparaît désormais comme la principale source d’inquiétude pour les voisins du Mali et les Occidentaux, jusqu’ici tous les pays ne partagent pas le même point de vue sur l’action à mener. A Paris, certains estiment que les rebelles touaregs sont les mieux placés pour faire la chasse à Aqmi.

A Niamey, la capitale la plus exposée, mais pas seulement, on considère cette solution comme intolérable et illusoire. Pour plusieurs officiels de la région, c’est à une armée malienne soutenue par l’extérieur que revient la charge de combattre les groupes djihadistes.

État des lieux des groupes armés dans le nord du Mali

Si certains responsables du MNLA, Mouvement national pour la libération de l’Azawad, parlent d’en découdre avec les groupes Ansar Dine et Aqmi, il n’est pas certain qu’ils en aient la capacité sur le terrain.

Schématiquement, le nord du Mali est partagé entre deux ensembles. D’un côté le MNLA, et de l’autre, une alliance forgée entre Aqmi, Ansar Dine, le Mujao, Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, et des membres de Boko Aram. On retrouve ces divers groupes dans toutes les grandes villes du Nord. Mais à Tombouctou, Gao et Kidal, il semble que le MNLA ait du céder le premier rôle à l’alliance Ansar Dine / Aqmi.

Tombouctou est sous le contrôle des katibas d’Aqmi et de Iad Ag Ali, le MNLA occupant des positions périphériques. A Gao, si le MNLA occupe les bâtiments du gouvernorat, Ansar Dine et Aqmi se sont installés à la direction des routes et à celle des douanes.

Selon un témoin , les groupes s’évitent soigneusement. Mais selon lui, les hommes d’Iyad Ag Ali paraissent mieux équipés et mieux organisés que ceux du MNLA. A Kidal les groupes cohabitent selon un responsable local qui précise cependant qu’Ansar Dine semble avoir fait de la ville sa base arrière.

Un autre facteur fait pencher la balance en faveur d’Ansar Dine, c’est son leader Yad ag Ali. Il est connu, puissant et influent. La preuve, il vient de contacter le Haut conseil islamique malien en vue d’une libération de prisonniers dans le Nord. Une délégation est actuellement à pied d’oeuvre pour cette opération. La puissance se mesure aussi à la capacité à ouvrir des canaux de négociation.

Article publié le : jeudi 12 avril 2012 – Dernière modification le : jeudi 12 avril 2012 par RFI.