Partager

La mise en place d’un vrai gouvernement d’union nationale, plus qu’une aspiration partagée par une grande partie de la population, est aujourd’hui une nécessité pour le Mali. C’est du moins, ce qui ressort du dernier sommet des chefs d’Etat de la CEDEAO ténu à Ouaga. Cette décision, émanant certainement du bilan du Docteur Cheick Modibo Diarra à la primature et de la volonté conjointe de la communauté internationale, la CEDEAO, la classe politique et des partenaires multilatéraux, est motivée par un impératif de réconciliation nationale et de réussite de la transition. Autrement dit, la reconquête des régions du Nord, l’organisation d’élections fiables et le retour à l’ordre démocratique. Cet immense défi pour le Mali devra consacrer l’ultime sacrifice pour l’ensemble des forces vives de la nation ou ouvrir la porte à un KO programmé par certains pyromanes et entretenu par tous.

Le bilan du Docteur Cheick Modibo Diarra est relatif. Des actions salutaires ont été entreprises, même si des erreurs ont été constatées. L’homme, depuis la mise en place de son gouvernement, s’est isolé. En croyant écarter la classe politique et se mettre à l’abri des controverses pour bien réussir sa mission, CMD s’est attiré la foudre de cette dernière. Des dossiers tels que l’audit des services publics et la question des faux diplômes de la fonction publique, jugés importants mais inopportuns, ont contribué à détériorer le climat social et ternir son bilan.

A ceux-ci, s’ajoutent le manque de résultats concrets sur la crise du nord, l’effilochage du débat national et du dialogue social, les incompréhensions répétées avec la CEDEAO sur certains dossiers…d’où l’impérieuse nécessité d’aller sur de nouvelles bases et d’ouvrir la transition à toutes les forces vives de la nation. Le débat d’élargir donc le gouvernement de transition ne souffre d’aucune contestation. Néanmoins, des inquiétudes perdurent.

Cette décision de la CEDEAO a ouverte de nouveaux appétits et réveillé les vieux démons. Des informations en ce qui concerne les tractations pour éjecter le Premier ministre font beaucoup de bruits dans les salons feutrés de la capitale. ‘’Humiliée, trahie, marginalisée et inquiétée’’, la grande muette s’est plongée dans un silence aussi inquiétant qu’interpellateur.

La course effrénée vers le pouvoir et les départements ministériels s’est déclenchée. Les coups bas et calculs politiciens sont d’ores et déjà décrétés. Les pouvoirs occultes et autres forces mystiques sont affûtés, de part et d’autre, en vue de l’optimisation des chances. Bref, nous sommes dans une phase où tous les coups sont permis et autorisés à condition d’arracher une part du gâteau. Ce remaniement gouvernemental devra donc aboutir à l’ultime sacrifice pour le Mali ou conduire la nation vers un KO.

Si nos leaders politiques n’ont jamais cessé de balancer des slogans du genre : ‘’le Mali au dessus de tout’’, ‘’Le Mali d’abord’’, ‘’Aucun sacrifice n’est de trop pour le Mali’’…il est important aujourd’hui de se demander s’ils décideront, enfin pour le pays et les populations meurtries du Nord, de passer à l’acte en transformant leurs paroles en actions concrètes.

Nos leaders politiques, pour l’intérêt suprême de la nation, vont-ils accepter de se réunir autour du Docteur Cheick Modibo Diarra (comme ministres) pour conduire ensemble et dans une union sacrée la transition avec comme missions fondamentales la reconquête des régions occupées et l’organisation d’élections libres et transparentes ? Les maliens, face à une communauté internationale impuissante et une CEDEAO aux abois, arriveront-ils à faire fi des clivages et sauver le pays ? Dioncounda Traoré, Cheick Modibo Diarra, l’armée malienne, le FDR, la COPAM, le MP 22, la société civile…aiment-ils le Mali au point de l’épargner d’une nouvelle crise en procédant à la mise en place, dans des conditions normales, de ce gouvernement d’union ?

Les ‘’mécontents de la république et autres aigris sociaux’’, accepterons t-ils, ne serait-ce que dans l’intérêt de la nation, de contenir leurs douleurs et prendre leurs souffrances en patience ? Les maitres actuels du pouvoir et autres bénéficiaires du régime en place auront-ils assez de modestie pour ne pas plonger dans la vengeance ou l’extravagance ?

Espérons, pour le Mali, que les maliens mettront la patrie au dessus de tout et se rassembleront autour d’un idéal commun pour sauvegarder le peu de dignité qui nous reste. Ce sera l’ultime sacrifice ou le KO programmé. Autrement dit, les affrontements internes, la loi de la jungle, les sanctions de la CEDEAO, les règlements de compte, le désespoir total pour les populations du Nord, le chômage pour des milliers de nos concitoyens, l’insécurité, la dépravation de nos valeurs sociétales, l’effondrement de nos ambitions de développement et de construction nationale …bref la désolation totale pour tous les maliens.

Entre le sacrifice ultime pour le pays et l’instabilité sociopolitique : les maliens ont le choix. Sauf que, quelque soit le choix que nous ferons, nous devrons tous l’assumer et répondre individuellement de nos actes devant le tribunal de l’histoire. A bon entendeur, salut !!!

FOUSSEYNI MAIGA

Le Flambeau du 11 Juillet 2012