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La cupidité d’Amadou Toumani Touré était grande qu’à tel point qu’il confondait les fonds de l’Etat à ses fonds personnels. Avec un soin maniaque, l’ancien président Amadou Toumani Touré s’était efforcé d’entretenir un mythe : celui du dirigeant au-dessus des vulgaires questions d’argent. Patatras ! Voilà que sa réputation qui en prend un coup sévère. Issu d’une famille pauvre, le héros du 26- Mars et l’orateur de «si tu bouffes, tu paies» qui voulait combattre la corruption était en réalité un voleur.

Avec ses parents et proches collaborateurs, pour la plupart issus de sa ville natale, Amadou Toumani Touré a constitué un clan appelé «Attcratie». Un clan qui a mis en coupe réglée l’économie malienne.

Le système ATT

ATT était un général commerçant, qui, en si peu de règne a transformé l’Etat et ses biens en marchandises. La «Société ATT» a vendu le patrimoine restant.
Au Mali, un étranger seul ne peut monter une société, il lui faut un «sponsor», c’est-à-dire un homme qui se porte garant de son honnêteté et de sa solvabilité. Les fils ou les proches des dignitaires du régime créent des sociétés pour rafler tous les marchés étatiques. Quelques marchés gagnés permettent à ces jeunes opérateurs économiques de circonstance d’accéder au club très fermé des jeunes milliardaires du pays. Toute l’économie de notre pays était en fait dans ses mains.

Le service Eau a été soustrait de la société EDM-SA en une autre appelée SOMAGEP-SA, à l’heure où l’eau devient un service amélioré pour ceux qui peuvent payer. A qui appartient la SOMAGEP-SA ? Qui encaisse les fonds ? Le système ATT est dangereux à terme, car il a affaibli l’Etat. Détruit le tissu économique, assassiner le sentiment national. Il a instruit à la jeunesse l’oisiveté qu’on pouvait devenir quelqu’un à partir de la politique et avoir tous les privilèges.

Des détournements évalués à 410 milliards de francs CFA

Selon les rapports du Vérificateur général, durant la période 2004-2011, le montant des manques à gagner par l’Etat au cours de différentes vérifications s’élevait à 410 milliards de francs CFA. Sous ATT, la délinquance financière a pris des allures inquiétantes à cause de la faiblesse de l’Etat (l’entourage d’ATT formé de cadres corrompus) ; absence de sentiment national (le clan, la tribu, la phratrie deviennent la référence identitaire) et enfin la précarité des partis politiques. Cette précarité des politiques qui a une influence sur les régimes politique accélère le phénomène de la corruption.
Tenez-vous bien : l’absence d’opposition rend la corruption sans risque immédiat (180 milliards, c’est le prix de la cession de la SOTELMA détourné par ATT). L’Adema, qui fut le parti majoritaire ayant porté Alpha Oumar Konaré au pouvoir en 1992- 2002, a refusé d’aller à l’opposition en 2002 pour des raisons d’une pratique de politique du tube digestif. Et depuis, les partis politiques ont failli à leur mission. On sert de politique pour se tailler une grosse fortune et devenir un propriétaire foncier.

Un ancien ministre de Modibo Keïta compare les systèmes ADEMA et ATT à la mafia : Libérateur des otages européens (6 millions d’euros), atterrissage de l’avion Air cocaïne dans le désert malien, etc.
ATT s’est substitué à l’Etat. Un ancien directeur du Cadastre disait que pour la seule ville de Bamako, le général Amadou Toumani Touré et son ancien ministre, le général Kafougouna Koné, possèdent 10% des titres fonciers. Dans les meilleurs quartiers de la capitale, ils (ATT et KK) possèdent beaucoup de villas. ATT ne se contentait pas de l’accaparement des parcelles, il achetait les immeubles de l’Etat (les anciens bâtiments de l’Etat du grand marché de Bamako) pour devenir l’un des grands propriétaires fonciers du Mali.

Fatou CISSE

L’Inter de Bamako du 4 Novembre 2014