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La transition malienne est dans son dernier virage. Pour partir avec les honneurs dans quelques semaines, ses autorités devront justifier certaines options dans une République où les moyens d’atteinte et les mécanismes de suivi des objectifs ne sont pas généralement clairs au sommet de l’Etat.

Le réaménagement gouvernemental intervenu le week-end dernier n’a pas fini de susciter des commentaires. Peu de Maliens arrivent à cerner les raisons profondes de ce « léger« changement. Nos compatriotes pensent que le pays pouvait se passer de ce rééchelonnement, minime soit-il, en ces moments où seule compte l’efficacité. Leur raison : les changements dans l’attelage gouvernemental, quel que soit leur degré, ont toujours donné lieu à des shows et à un éternel recommencement. D’ailleurs, le conseil des ministres de mercredi dernier ne leur a pas donné tord. Fraîchement débarqués dans certains départements, des ministres, sans ménagement, ont procédé au « toilettage« de leur ministère avec de nombreuses nominations.

Les promus devront se familiariser avec leur nouvel environnement avant de faire leurs preuves. Ce qui est perçu comme un retard pour un gouvernement et un système qui étaient en place depuis quelques mois. Et dire que dans quelques semaines, l’élection du futur président de la République offrira elle-aussi l’occasion d’autres changements dans ces mêmes ministères.

Toutefois, le chef de l’Etat juge le réaménagement ministériel pertinent. En introduisant le conseil des ministres de mercredi dernier, Dioncounda Traoré, cité par un confrère, a réitéré son approbation de la nouvelle configuration du gouvernement. « L’enfant de Nara« croit fermement que ce changement permettra une meilleure gestion des « défis« de l’heure. Dioncounda a-t-il raison dans son approche ? Les prochains jours nous édifieront.

Mais il est déjà clair que des dossiers chauds comme ceux de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), le scandale des recalés de la fonction publique, la gestion des fonds promis et alloués par les partenaires du Mali ne doivent être traités avec aucune complaisance, vu leur complexité.

Il serait donc intéressant de voir comment les ministres concernés par le réaménagement gouvernemental vont s’y prendre. Si les « déplacés« du gouvernement Django II peuvent donner raison à leur boss Dioncounda, ce dernier devra compter d’abord sur lui-même pour davantage convaincre de la convenance des accords de Ouagadougou.

Unité d’action

Sur ce registre, les contestations ne manquent pas aujourd’hui. Malgré les clarifications de Tiébilé Dramé et les consultations du président de la République avec les Forces vives de la nation, des voix s’élèvent contre le deal de Burkina. Dioncounda devra faire de sorte que l’accord ne crée pas de nouveaux clivages au sein des Forces vives de la nation. Ce qui est d’autant plus important que la nation doit demeurer unie derrière les dirigeants de la transition à l’orée du 1er tour du scrutin présidentiel.

L’accord de Ouagadougou constitue un point d’appui non-négligeable pour les responsables de l’organisation du joute électoral du 28 juillet prochain. Avec la libération programmée de Kidal, l’administration et le personnel électoral pourront rapidement se mettre au travail dans la région. Un pas de plus vers l’atteinte complète des objectifs de la transition.

Aussi, l’imminente arrivée des casques bleus de l’ONU est un signe précurseur de l’équilibre des forces en présence à Kidal. Les soldats de la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) dont le Conseil de sécurité de l’ONU a donné le mandat d’envoi mardi dernier ne feront aucun cadeau à des groupes séparatistes. Comme la France l’a fait avec le MNLA.

La Minusma veillera sur l’application des accords de Ouagadougou ainsi que sur la stabilisation du pays et la sécurisation des opérations électorales. Ce qui fera d’elle un atout de taille pour un Mali en reconstruction dans presque tous les secteurs. Cependant, il ne faudrait pas perdre de vue que pour les quelques semaines qui lui restent, le gouvernement de transition devra s’imposer un devoir de traçabilité de ses actes.

Cela passera d’abord par une énumération des objectifs à court terme et la mise en place d’un mécanisme de suivi fiable de l’action gouvernementale.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Échos du 29 Juin 2013