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Parlant de la menace de frappes militaires sur la Syrie, le pape François a dit que « la guerre est une défaite de l’humanité ». Ces propos du chef de l’Eglise catholique doivent impérativement inspirer les protagonistes de la crise du Nord-Mali. En effet, depuis le mercredi 11 septembre, des incidents s’enchaînent dans cette partie du pays. Des incidents qui sont de nature, s’ils ne sont pas bien gérés, à mettre de nouveau le feu aux poudres.

Il y a eu d’abord des accrochages entre l’armée malienne et les combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) dans la zone de Foïta, dans le Nord-Ouest du pays, tout près de la frontière avec la Mauritanie. Ces affrontements ont fait plusieurs morts et sont les premiers depuis la signature de l’accord de Ouagadougou en juin 2013.

Ensuite, le deuxième incident est la perturbation d’une visite gouvernementale à Kidal par des sympathisants du MNLA. Ces deux faits qui, par euphémisme, sont qualifiés d’incidents par les diplomates, sont susceptibles de servir d’éléments déclencheurs d’une déflagration dont le Mali pourrait avoir du mal à se relever. Une éventuelle guerre, dont les signes avant-coureurs sont en train de se produire, serait d’autant plus dommageable (et pour le Mali et pour la sous-région) que les protagonistes auraient eu le temps de se doter d’une forte puissance de feu. D’une part, nous avons le MNLA qui, en plus de la maîtrise de la géographie du Nord-Mali, a probablement renforcé ses capacités militaires, en récupérant l’important arsenal militaire abandonné par les djihadistes traqués, notamment par les forces tchadiennes et françaises.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad ne fait pas mystère d’ailleurs de sa capacité de nuisance, si l’on s’en tient au vocabulaire martial utilisé par son porte-parole, Mossa Ag Attaher. En effet, celui-ci, qui considère les opérations de l’armée malienne dans la zone de Foïta comme une violation de l’accord de Ouagadougou, menace « de riposter et d’anéantir ses agresseurs en cas de nouvelles attaques ».
Les mots employés sont suffisamment évocateurs pour qu’on ne prenne pas la menace du mouvement rebelle au sérieux.

D’autre part, il ne faut certainement pas perdre de vue que l’armée malienne, qui avait été mise en déroute au début de la crise par le même MNLA, a eu le temps de s’équiper militairement, pour remplir son rôle régalien de défense de l’intégrité du territoire du Mali. Il faut rappeler qu’une des raisons qui ont conduit les hommes du général Sanogo, à déloger le locataire du palais de Koulouba, est le manque de moyens militaires adéquats de l’armée malienne pour faire face à la rébellion armée du MNLA.

Il faut aussi signaler que des armes destinées à l’armée malienne et qui avaient été retenues au port de Conakry, en raison des sanctions qui frappaient la junte militaire, sont venues renforcer la puissance de feu des forces armées maliennes.

Nous sommes donc dans une situation d’équilibre de la terreur qui menace de replonger, à tout moment, le Mali dans la violence. Cette possibilité est d’autant plus envisageable que les rancœurs qui habitent les protagonistes sont réelles. L’on sait surtout que certaines composantes de l’armée malienne ont gardé, en travers de la gorge, les exécutions atroces de soldats maliens, en poste à Aguelock par le MNLA au début de la crise.

Cela dit, le nouveau président malien ne doit pas se laisser séduire par les velléités guerrières dont font aujourd’hui preuve des éléments extrémistes de l’armée malienne et des irrédentistes du MNLA. Ibrahim Boubacar Kéita doit impérativement avoir le doigté et la clairvoyance politiques nécessaires pour poser des actes forts en direction prioritairement de la réconciliation et de l’apaisement. Dans ce sens, la visite de l’équipe gouvernementale de ce dimanche 15 septembre dans ce qu’on pourrait appeler le « fief » du MNLA peut paraître inopportune.

Une telle visite, qui marque, de façon symbolique, la reprise en main, par l’Etat malien, de la gestion de l’ensemble de son territoire, peut être interprétée par le MNLA, comme un acte de provocation. En tous les cas, il importe de passer d’abord à la mise en œuvre de l’accord de Ouagadougou avant de poser des actes dans cette partie du Mali, susceptibles d’ouvrir la boîte de Pandore.

Il est vrai que cet accord de Ouagadougou qu’invoque le MNLA pour dénoncer les « actes de provocations » de l’armée, peut présenter des insuffisances, mais il a quand même le mérite d’avoir tracé les sillons de la paix et de la réconciliation nationale. La prochaine visite « de l’ami » François Hollande peut aussi justifier les gesticulations, du MNLA, comme pour rappeler à l’illustre hôte que la tenue des élections est une chose et que la normalisation de la situation qui passe par la concorde nationale en est une autre. En attendant, nous reprenons à notre compte, à l’attention de tous les Maliens, les propos du chef mondial de l’Église catholique : « la guerre est une défaite de l’humanité ».

Publié le mardi 17 septembre 2013

Source : « Le Pays »