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Le futur président malien, Ibrahim Boubacar Keïta dit IBK, va devoir s’atteler à relever et réconcilier un pays meurtri et divisé par 18 mois de crise politico-militaire, mais il est déjà assuré du soutien de la France, qui l’a félicité.

L’ex-ministre malien des Finances Soumaïla Cissé, qui était son adversaire au second tour de l’élection présidentielle organisé dimanche au Mali, a créé la surprise en reconnaissant lundi soir la victoire de M. Keïta, 68 ans et ancien Premier ministre, sans attendre la publication des résultats provisoires et officiels attendus d’ici à vendredi.

Le président français François Hollande, dont le pays et son armée ont largement contribué à libérer le nord du Mali de l’occupation islamiste, s’est « entretenu par téléphone avec Ibrahim Boubacar Keïta et l’a félicité pour sa victoire », lui assurant « que la France resterait au côté du Mali », a annoncé mardi la présidence française dans un communiqué.

Selon l’entourage de M. Hollande, le chef de l’Etat français ira au Mali pour l’investiture de M. Keïta, prévue en septembre. Il s’était déjà rendu quelques heures au Mali, le 2 février, trois semaines après le début de l’intervention des forces françaises dans ce pays. Les semaines suivantes, Paris avait poussé les autorités maliennes de transition pour la tenue de la présidentielle, en dépit de craintes notamment sécuritaires.

Lundi soir, Soumaïla Cissé est allé dans la discrétion, avec sa femme et ses enfants, au domicile de M. Keïta à Bamako pour « le féliciter et lui souhaiter bonne chance pour le Mali, » a-t-il expliqué à l’AFP juste après la rencontre.

Un déplacement qui est plus « dans la tradition malienne » qu’un simple appel téléphonique, a-t-il indiqué ensuite dans une déclaration à d’autres médias.

« L’heure n’est plus à la polémique », a-t-il affirmé, alors que son entourage avait dénoncé auparavant dans la journée « des fraudes massives » et une attitude « partisane » du régime de transition en place à Bamako depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012 qui avait renversé le président élu Amadou Toumani Touré.
Le camp d’Ibrahim Boubacar Keïta n’avait pas encore réagi mardi matin au geste de M. Cissé.

« Renforcer les institutions »

Après son investiture officielle, Ibrahim Boubacar Keïta, dont le parti, le Rassemblement du peuple du Mali (RPM), est membre de l’Internationale socialiste, va devoir très rapidement prendre des mesures concrètes pour redonner de la confiance à des Maliens traumatisés et divisés par la profonde crise politique et militaire qu’ils viennent de traverser.

Cette crise avait débuté en janvier 2012 par une offensive de rebelles touareg dans le nord du Mali, supplantés rapidement par des groupes criminels et islamistes armés liés à Al-Qaïda pour le contrôle de cette région, à la suite du coup d’Etat militaire du 22 mars 2012.

Les groupes jihadistes ont laminé la rébellion touareg et l’armée malienne, commis d’innombrables exactions, avant d’être en grande partie chassés par une intervention militaire franco-africaine toujours en cours.

Le conflit a plongé en 18 mois le Mali dans la récession, accentué la pauvreté, ravivé les tensions entre communautés touareg, arabes et noires, et provoqué un exode massif de population, environ 500.000 déplacés internes et réfugiés.

Ibrahim Boubacar Keïta souhaite mettre en place un gouvernement de large union pour faire face à ces immenses défis. A plusieurs reprises, il a indiqué que sa première tâche serait « la réconciliation », en particulier avec la minorité touareg qui se sent marginalisée.

Un accord intérimaire signé le 18 juin à Ouagadougou entre des représentants du régime malien de transition et les groupes armés rebelles touareg prévoit l’ouverture de « pourparlers de paix » dans les 60 jours suivant la mise en place du nouveau gouvernement.

Vivant essentiellement dans le nord du Mali qu’elle appelle l’Azawad, la communauté touareg – quelques centaines de milliers de personnes sur une population totale de 14 millions d’habitants – s’estime mise volontairement à l’écart du développement du reste du pays. Le Mali a déjà vécu plusieurs rébellions touareg depuis son indépendance en 1960.

Le nouveau président pourra compter sur l’appui de la communauté internationale qui a promis une aide massive de 3,2 milliards d’euros au Mali.

Pour Corinne Dufka, de l’organisation Human Rights Watch (HRW), la présidentielle malienne « a tenu ses promesses pour le peuple malien » ayant souffert de la crise, mais « il reste malgré tout beaucoup à faire ».

Elle exhorte les nouvelles autorités maliennes à ne plus tolérer d’abus des forces de défense et la corruption et à « renforcer les institutions qui garantissent l’Etat de droit ».

12:13 – 13/08/13

Bamako (AFP)


De Vous à Moi. IBK Président, pour quel règne ?

C’est finalement sans grande surprise, que le candidat de la Coalition pour le Mali, Ibrahim Boubacar Keita, étouffé à la limite par des ralliements opportunistes, est élu président de la république, face à son emblématique rival politique Soumaïla Cissé.

C’était dimanche dernier même si, fort de ce qui a été vécu, il se doit d’attendre la confirmation par la Cour Constitutionnelle. IBK, Président pour quel règne, la question vaut son pesant d’or car à l’entame même de ce mandat devant rouler aux allures de gros chantiers, le patron du RPM, candidat de la coalition pour le Mali, une constellation de partis et d’associations politiques, aura fort à faire avec tous ces candidats qui ont casqué 10 millions pour s’aligner avec comme seule et réelle ambition, la quête des postes qui rapporteront beaucoup plus que ce qu’ils ont perdu à l’occasion de ce scrutin.

Pour avoir crié leur soutien à tout vent avant et après la proclamation des résultats du 1er tour, ces candidats de villégiature devenus promptement d’inconditionnels soutiens, n’attendent de leur mentor, que la gestion consensuelle de son pouvoir. Un scénario que la plupart d’entre eux a encouragé avec ATT avant de disparaître dès que la mutinerie de Kati a éclaté, après l’avoir bien entendu aider à piller et tuer le pays.

Dieu seul sait, que le Président IBK n’avait besoin d’aucun soutien venant de qui que ce soi, après le formidable travail de terrain que, lui IBK, ses proches et les partis et associations qui étaient avec lui bien avant l’ouverture de scrutin, ont abattu. Ces amis sincères et convaincus, si IBK ne fait pas attention, risqueraient de ne rien voir dans le vent de poussière soulevé par ces nouveaux soutiens inconditionnels de la 25e heure.

Tétanisés par la seule participation à la gestion du pouvoir que, lui IBK et ses amis de la première heure, ont conquis à la sueur de leur front, nos royaux ralliés, déjà, racontent à qui veut entendre, qu’il est impossible pour IBK de prétendre gérer seul, comme si, IBK, n’avait pas avant leur invasion, des gens prêtes à relever à ses côtés l’immense challenge qui lui fera face,tout de suite après son investiture.

L’armée, la réhabilitation socio- économique des régions du nord, l’école, l’économie partie en fumée dans la veine du coup d’état du 22 mars, la santé, autant de chantiers prioritaires qui risqueraient de se faire bousculer par la furia consensuelle qui prend déjà forme.

Connu pour être un homme à poigne, prêt à tout dès lors qu’il est question du Mali, le futur Président de la république ne pourrait réellement dire merci aux maliens, qu’en demandant à tous ceux qui ne sont pas membres de la Coalition pour le Mali, d’accepter pour l’honneur et la dignité du Mali, de se constituer en force d’opposition constructive et responsable, au même titre que les partis du FDR qui ont accepté avec dignité, honneur et gloire de rester dans la case de la dignité et de l’honneur.

Une opposition que lui IBK acceptera et traitera avec dignité conformément aux lois et dispositions en vigueur dans tout pays républicain et démocrate. Mais, que Dieu le garde en lui évitant de vouloir faire comme ATT et son maudit consensus, chose que, lui IBK a souffert en 2007 à l’occasion de la présidentielle de cette année là. Pour tout lui dire, le meilleur des consensus, serait d’avoir une majorité conséquente face à une opposition responsable, constructive prête à jouer à fond la carte républicaine.

Sory de Motti

La Nouvelle Patrie du 13 Août 2013.