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Le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique œuvre pour un Mali fort, qui exerce sa souveraineté sur l’ensemble du territoire malien, et dont la défense nationale est assurée par une Armée malienne forte et non une milice ethnique. Ce message du gouvernement américain porté par l’Ambassadeur des Etats-Unis au Mali, Paul Folmsbee, a été accueilli à Bamako par un fou tollé. L’Ambassadeur a invité le gouvernement malien à « se concentrer sur l’extension de son autorité sur l’ensemble du Mali. Le gouvernement malien doit également mettre fin à tous liens à la fois publics et privés avec le GATIA, un groupe de milice armée qui ne contribue pas à ramener la paix dans le nord du Mali ». Pour avoir désiré « un Mali sûr, prospère et démocratique », qui en veut à l’Ambassadeur Paul Folmsbee ?
Qui doute de la sincérité du gouvernement des Etats-Unis et de son engagement pour un Mali fort ? On devrait plutôt mesurer le risque de privatisation de la sécurité et de la défense nationale de notre pays. On devrait également avoir peur de se cacher derrière des milices pour défendre des territoires sans avoir la certitude de cerner toutes les implications et les conséquences de tels actes inconstitutionnels.
Si le gouvernement des Etats-Unis tient tant à évoquer ce dossier brulant en prenant à témoin le peuple malien, c’est qu’il n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Il devrait également s’être entouré de garantie pour que cesse aussi, tous liens publics et privés avec la CMA, et de quelque provenance que cela puisse être, en termes d’appuis logistiques. « En plus du GATIA, tous les groupes armés du Mali doivent être en conformité avec leurs obligations sous l’Accord de paix. Le comportement belliciste continu des groupes armés rapproche encore plus le nord du Mali du combat ouvert, menaçant la vie de civils innocents. Un tel comportement doit cesser si nous voulons avoir la paix », rappelait Paul Folmsbee.
L’Ambassadeur américain n’ignore certainement pas que « un tel comportement » arrange bien de nombreux Maliens du nord parmi les groupes armés, comme il arrange d’autres dans la capitale malienne, tapis à l’ombre des immeubles ou hissés au sommet des étages construits avec l’argent de la drogue. Ils circulent nuitamment dans des véhicules dignes des stars américaines ou d’un Sénateur américain. Parler de la fin d’un « tel comportement » devrait sans doute susciter de tel tollé faussement livré dans un emballement de souverainiste chauvin. Insécurité, terrorisme, panique et tueries profitent aux trafiquants de drogues, et seul ce climat permet de financer des activités de crimes organisés transfrontaliers. « Seuls les voyous et les criminels profitent de l’insécurité actuelle alors que les civils en payent le prix. Le gouvernement malien et le peuple malien ne peuvent pas et ne doivent pas accepter un tel comportement. Il doit cesser » a déclaré l’Ambassadeur américain Paul Folmsbee. Et des Maliens s’en offusquent, comme certains se sont offusqué à vouloir nous lyncher le 17 mai 2014, lorsque nous avons écrit en éditorial, « IBK voulait sa guerre, il l’a eue », à l’occasion de la visite du Premier ministre Moussa Mara à Kidal. Arrêterons-nous un jour de voir dans l’autre son de cloche, l’offense de l’ennemi ou l’alarme de l’apatride ? Aurons-nous le courage de regarder un jour la réalité en face et d’arrêter la politique de l’autruche ? « Un tel comportement » ne fera que reporter la paix et profiter davantage aux narcotrafiquants pour faire régner le désordre et l’absence de souveraineté de l’Etat malien à Kidal et partout où l’Etat n’existe plus sur le territoire malien, depuis cette guerre impréparée du 21 mai 2014, suite à la visite hasardeuse du 17 mai à Kidal, pour en sortir sur la pointe des pieds.
Les Américains invitent notre gouvernement à plus de pragmatisme : assumer une plus grande responsabilité pour la mise en œuvre du processus de paix, prendre immédiatement certaines mesures de base de renforcement de la confiance, y compris des patrouilles mixtes composées des éléments de l’Armée malienne et des groupes signataires, aller au-delà de l’adoption de lois et de mise en place de commissions, et se concentrer sur l’extension de son autorité sur l’ensemble du Mali. Qui peut dire le contraire et se dire ami du Mali?

B. Daou

Le Républicain du 3 Octobre