Partager

Ce n’est certes pas «Prison break», ce feuilleton américain à succès qui retrace l’évasion spectaculaire de détenus : ceux-ci sont parvenus, à force de patience et d’ingéniosité, à se faire la belle dans le pénitencier de haute sécurité de Fox River dans l’Illinois aux USA.

A Bamako au Mali, on croirait assister à un remake de l’exploit de Michaël Scofield, le héros de la série américaine avec cette évasion digne d’un polar : le lundi 16 juin 2014, une vingtaine de détenus se sont fait la malle dans une prison de haute sécurité, tuant au passage un surveillant de cette maison d’arrêt. La question que l’on se pose naturellement est comment une telle chose a pu se produire.

Le voile commence à se lever au file des heures sur ce rocambolesque fait divers. Au cœur de ce coup digne d’un film hollywoodien, Mohamed Ali Ag Wassouden, ce jeune touareg de 25 ans, auteur présumé du rapt de deux ressortissants français à Hambori dans le nord du Mali, était détenu à Bamako en attente de son jugement. Après avoir préparé patiemment (2 mois) son évasion, à l’image des fugitifs de Fooc River, le jeune homme est passé à l’acte le 16 juin.

En effet, étant parvenu à se faire livrer une arme (1 pistolet automatique), l’ex-détenu de la prison de Bamako s’est fait la belle en tuant à bout portant un surveillant de cellule et en amenant au passage avec lui une vingtaine d’autres taulards. Cette évasion digne du Far-West nous oblige naturellement à nous interroger sur les complicités dont ce membre d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a pu bénéficier.

Comment a-t-il pu se procurer depuis sa cellule une arme et la forte somme d’argent avec laquelle il a soudoyé ces complices en interne ? Cette implication du geôlier contre espèces sonnantes et trébuchante n’est-elle pas symptomatique du degré de corruption dans lequel baignent l’administration publique en générale et les représentants de la loi en particulier ?

A force de côtoyer les brigands de tous genres, le garde-chiourme indélicat a-t-il fini par épouser leurs mœurs ? Que dire de cette véritable armée qui attendait le Michaël Scofield malien au portail de la prison ? Comment des hommes aussi lourdement armés ont-ils pu faire le guet devant ce lieu hautement sécurisé, situé au cœur de la capitale ?

C’est d’autant plus étonnant que nous nous trouvons au Sud et non dans la zone Nord, contrôlée par les groupes terroristes. Cela pose évidemment le problème de la défaillance du système sécuritaire de cet Etat de plus en plus exsangue ; surtout que ce pied de nez fait de nouveau au pouvoir de Bamako intervient après la débâcle de l’armée malienne du 17 à Kidal.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la terre de Soundiata Kéita n’avait pas besoin de cet énième affront. Gageons par ailleurs que des enquêtes diligentes et rigoureuses seront conduites afin de déceler toues les complicités à tous les niveaux. Que le palais de Koulouba puisse tirer de ce fait divers toutes les conséquences qui siéent.

On ne s’est pas encore remis du choc dû à la bérézina militaire à Kidal que le système pénitentiaire en ajoute à cette espèce de sinistrose qui règne depuis sur les bords du Djoliba.

Joseph Bambara

Mercredi, 18 Juin 2014 21:14

Source : L’observateur Palaaga