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Décidément, il n’y aura pas d’état de grâce pour Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Les événements s’enchaînent à un rythme si effréné qu’on a l’impression que les choses s’imposent toujours plus à lui.
En effet, à peine Bamako se félicitait-elle du retour des groupes armés à la table des négociations, il n’ y a pas longtemps, que ceux-ci viennent de jeter un autre pavé dans la mare, en remettant en cause le calendrier gouvernemental pour les différentes échéances à venir, à savoir les états généraux de la décentralisation prévus du 21 au 23 octobre prochain, le calendrier des élections législatives et locales dont le premier tour est prévu pour le 24 novembre prochain, et les assises du nord prévues dans le même laps de temps. Mais que veut réellement le MNLA ? Quels sont les dessous ou les intentions cachées d’une telle volte-face ?

Les choses piétinent et les signaux, aujourd’hui, n’augurent pas de lendemains paisibles pour le Mali

A l’analyse, le MNLA reste fortement attaché à sa volonté d’autogestion et n’a pas renoncé à ses visées indépendantistes.

Mais, Bamako ne l’entend pas de cette oreille et ne veut aucunement transiger, encore moins céder à la question de la partition du territoire malien. Du reste, beaucoup de Maliens du sud, qui ont élu IBK, voient en ces mouvements rebelles des gens qui ont pris les armes contre leur patrie et avec qui il n’est pas question de mener une quelconque négociation. Ils n’entendent donc céder ni à la pression, ni à l’intimidation, encore moins à la terreur. A ce propos, on a le sentiment que l’exécutif et l’armée maliens n’ont pas non plus la même lecture de la situation, ni la même perception des choses.

IBK ne veut pas d’une autre guerre ; mais en est-il vraiment de même pour l’armée malienne qui a envie de laver l’affront des revers qu’elle a subis, elle qui réclamait justement de l’armement pour en découdre avec ces rebelles et qui, aujourd’hui, pense être suffisamment équipée ? Rien n’est moins sûr. En cela donc, ils ne seraient pas sur la même longueur d’ondes, d’autant plus que la question de la réforme même de l’armée est un autre défi, et pas des moindres pour IBK.

Aussi a-t-on le sentiment de se retrouver dans un dialogue de sourds et de faire du surplace. Les choses piétinent et les signaux, aujourd’hui, n’augurent pas de lendemains paisibles pour le Mali.

A Bamako de trouver la parade et la bonne, pour éviter toute effusion inutile de sang

Dans cette atmosphère de tension latente, la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) doit, plus que jamais, veiller au grain et la France ne doit pas s’aviser de retirer ses troupes de si tôt. Car il faut éviter, à tout prix, qu’on en arrive à une radicalisation des positions, déjà que des groupes armés ne cessent de lancer des escarmouches pour maintenir la pression sur Bamako dans « cette guerre des tranchées » qui ne dit pas son nom.
Une fois de plus, le problème malien est une question de sincérité et de bonne foi.

La vraie question est de savoir si le MNLA peut se satisfaire d’une autonomie en renonçant à l’indépendance totale de l’Azawad, dans le contexte mondial actuel où certaines situations le confortent dans sa position comme les cas de l’Erythrée et du sud Soudan qui, à force de persévérance, ont fini par avoir leur indépendance. Il en est de même pour la Corse en France et l’Andalousie en Espagne qui mènent un combat de longue durée et de longue haleine dans l’espoir d’obtenir leur indépendance.

Cette question du Nord-Mali est donc un vieux problème que les régimes successifs à Bamako ont réussi, avec plus ou moins de bonheur, à traiter. Mais aujourd’hui, il se pose avec beaucoup plus d’acuité parce que c’est la première fois que ces groupes ont réussi à se faire un écho aussi large sur la question auprès de la communauté internationale, et ils veulent en profiter pour battre le fer pendant qu’il est encore chaud. A Bamako de trouver la parade et la bonne, pour éviter toute effusion inutile de sang et un retour à la case départ.

Outélé KEITA

Publié le mardi 15 octobre 2013

Source: Le pays.bf