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Venues pour gérer un intermède, le plus souvent musical, fait pour divertir comme dans un grand spectacle avant que les choses sérieuses ne commencent, nos autorités de la transition sont sur la voie d’outrepasser leur rôle par la place de héros nationaux qu’ils veulent se donner au sommet d’une impopularité que rarement un homme politique de ce pays a atteinte.

Le Mali en est maintenant à sa deuxième expérience de transition démocratique après celle de 1991-1992 survenue dans la foulée des graves événements de mars 1991 qui mirent fin à quelque 23 ans de dictature et de monolithisme politique. Tout comme la première, née d’un contexte de violence politique, la seconde fut issue d’un malheureux coup d’Etat contre un président démocratiquement élu et qui était à moins d’un mois de la fin de son dernier mandat.

La première se termina, chacun le sait, dans un désordre économique et financier si dommageable pour l’Etat et dans un contexte d’incompatibilité d’humeur si exécrable entre ses deux têtes que son président, le tombeur du général Moussa Traoré, fut pressé de rendre le tablier et de s’éloigner du champ politique pour longtemps avant d’être rappelé au service par l’ancien président américain, Jimmy Carter pour s’occuper de la lutte contre la dracunculose.

Globalement considérée, en dépit d’une certaine cacophonie financière et économique en fin de mandat, son œuvre fut positive en maints endroits. On ne peut pas en dire autant de la deuxième. Celle-ci au contraire, se débrouille de plus en plus mal et semble ne plus être pressée d’en finir, cherchant maintenant, derrière une bonhomie et une courtoisie de façade, à jouer les prolongations dans le but inavoué de grignoter davantage dans les finances publiques et de léguer une situation budgétaire chaotique à ses successeurs.

Par cette manœuvre presque suicidaire qui en dit long sur le manque de patriotisme de ses acteurs, elle donne la triste impression de déraper et de s’écarter des objectifs déclarés de sa mission qui au départ étaient de reconquérir les régions occupées du Nord par des mercenaires et d’organiser des élections libres et crédibles.

Autant la première fut pressée de se débarrasser d’un pouvoir qu’elle jugeait illégal, autant la seconde fait maintenant de la résistance pour s’y accrocher et déploie des trésors d’astuces pour aboutir au report de l’élection présidentielle du 28 juillet 2013, censée les mettre au chômage politique.

Si le débarquement des forces de l’opération Serval apparut comme une bouée de sauvetage pour le peuple de ce pays en janvier-février 2013, la détermination de la France et de la communauté internationale pour la tenue du scrutin présidentiel du 28 juillet 2013 l’est encore plus aujourd’hui par la pression qu’elle exerce sur les autorités de la transition qui traînent maintenant les pieds pour son organisation et entretiennent le flou artistique sur sa tenue.

La récente sortie du président de la Céni clamant son improbabilité et même son impossibilité doit être comprise comme une contribution militant en faveur du report de la date du 28 juillet prochain. Les consultations à l’extérieur et à l’intérieur du Premier ministre ne visent en réalité que le même but parce qu’ayant pris goût au pouvoir en l’espace de quelques mois, ces messieurs et ces dames de la transition ne veulent plus le lâcher ou du moins cherchent à en tirer le maximum d’avantages avant de se retirer.

Une course aux prébendes

Venues pour gérer un intermède, le plus souvent musical, fait pour divertir comme dans un grand spectacle avant que les choses sérieuses ne commencent, nos autorités de la transition sont sur la voie d’outrepasser leur rôle par la place de héros nationaux qu’ils veulent se donner au sommet d’une impopularité que rarement un homme politique de ce pays a atteinte.

Même l’attitude du président de la République par intérim n’est pas exempte de reproche quand il cautionne par sa signature des nominations abusives de camarades et de copains de bahut dans le but exclusif, non pas de servir le pays, mais de leur faire profiter de ce système où tout est permis, y compris les détournements massifs de deniers publics et les enrichissements illicites spectaculaires.

La récente mise à l’écart de l’homme le plus intègre de l’équipe gouvernementale, le ministre des Finances Tiéna Coulibaly, peut s’analyser comme la neutralisation ou la défaite d’un empêcheur de tourner en rond, tellement cet homme tenait à l’orthodoxie financière et budgétaire.

Cette deuxième expérience de transition aura au moins permis de comprendre que la classe politique de ce pays, en plus d’être championne de la prédation, est l’une des moins patriotiques de la sous-région malgré tous ses grands discours sur l’état de la nation qui puent à plein nez le populisme et la démagogie, sans parler de la vénalité qu’elle nous a fait voir du début de cette crise à ce jour.

Au plus fort de la tragédie, vers les mois de janvier et février 2013, quand les jihadistes menaçaient de prendre Bamako et de rendre esclave tout son peuple, des partis politiques d’une immaturité politique certaine, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de battre les pavés et de réclamer des postes ministériels, des rangs et des honneurs indus. Le carriérisme est donc apparu comme le dénominateur commun de tous les hommes politiques, y compris de ceux que l’on classait habituellement parmi les plus propres.

La course aux prébendes ne se fit donc plus secrètement mais au grand jour, si bien que la boulimie du pouvoir et de l’argent s’étala dans toute sa laideur pendant des mois sur la place publique. Le peuple a eu comme l’impression que ces hommes et ces femmes de la politique, quoi qu’ayant son nom à la bouche à chaque instant, grenouillaient réellement sur l’arène politique pour eux-mêmes d’abord, la Médina après.

Les uns, se croyant choisis par les dieux, réclament la fin de la transition tout de suite parce qu’ils sont sûrs de remporter l’élection présidentielle à venir cependant que les autres, encore pas préparés pour affronter cette échéance, souhaitent secrètement son report, faisant ainsi le jeu des autorités transitionnelles qui, sans le dire publiquement, font des pieds et des mains pour faire reculer l’échéance.

Mais au regard de ce qui se fait et que nous voyons, il y a urgence que ce balancement politique de tous les dangers, ce pouvoir de personne assez proche de l’anarchie, prenne fin pour que le Mali entre dans une nouvelle ère dont on espère qu’elle sera celle d’une nouvelle race d’hommes publics et de citoyens.

Yiriba

Les Échos du 07 Juillet 2013