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L’attaque de l’armée régulière par les bandits armés, le jeudi 20 mars, remet à jour le problème de l’honnêteté de l’Algérie avec notre pays. Mais c’est surtout la communauté internationale qui doit réfléchir, sur les agissements de ce pays dans toute la bande sahelo-saharienne.

Encore des victimes du banditisme aveugle dans le septentrion de notre pays. Huit citoyens innocents lâchement assassinés par les sbires de la bande d’Ibrahim Ag Bahanga opérant en libre criminalité dans la zone de Tinzawaten, localité à la lisière de la frontière algérienne, à 320 km de Kidal. Les desperados qui, pour perpétrer leur sanglante forfaiture ont préalablement posé des mines, ont réussi à détruire deux BRDM de l’armée régulière et cinq véhicules de liaison, puis à réduire en captivité 33 soldats blessés.

Mais au-delà, que faut-il retenir, en toute particularité, de l’embuscade tendue à nos troupes le jeudi, 20 mars ? La première hypothèse, qui sonne comme une alerte maximale, est que les bandits armés sont suffisamment renseignés sur notre armée et sont donc au courant de ses moindres intentions et de ses déplacements.

Ils doivent donc bénéficier de complicités fort bien nichées. Si ce n’est dans l’armée elle-même, c’est sans doute dans la commission de suivi des accords d’Alger qui comprend des Algériens. Dans tous les cas, il incombe à la hiérarchie militaire, et à elle seule, de dénouer cette énigme.

La deuxième hypothèse, naturellement, s’ouvre sur l’Algérie dont le rôle crapuleux dans l’affaire ne fait plus de doute. Le doyen Seydou Badian disait, il n’y a guère que deux mois, « ne jamais pouvoir comprendre l’attitude de l’Algérie à notre égard ». Parole d’ancien qui sait d’où nous (Algériens et Maliens) venons et qui ne manque pas d’informations inédites sur la guerre de libération de l’Algérie à laquelle les forces progressistes du monde, de Cuba et des jeunes Etats indépendants d’Afrique, ont pris une part active faite de privations et de sacrifices.

Le premier président algérien, Ahmed Ben Bella qui n’a pas la mémoire courte et qui est d’une honnêteté intellectuelle et historique sans faille, a toujours loué le rôle déterminant des soldats maliens dans la libération de son pays. Les anciens se souviennent que pendant la rébellion touarègue du début des années 60, il avait permis à l’armée malienne de traquer les bandits armés partout sur le sol algérien, fût-ce jusque dans son bureau.

Solidarité pour solidarité, les autorités du Mali, dans un passé très récent, ont autorisé les forces armées algériennes à poursuivre les activistes du GSPC sur le sol malien. Cependant, la courte mémoire et l’inconscience d’Etat font que les dirigeants actuels de l’Algérie servent plutôt les bandits. Les problèmes récurrents des rébellions touaregs au Mali et au Niger, à quelque péripétie que l’on remonte, retombent toujours sur le comportement de l’Algérie à l’égard de ses voisins.

Tout se passe comme si le pays de Bouteflika ne peut assurer la quiétude à ses frontières sud qu’en entretenant l’insécurité chez les Maliens et les Nigériens. Il s’y ajoute que certains milieux militaires algériens assurent la tranquillité de leurs trafics, d’armes, de drogues et de cigarettes grâce aux groupes armés. D’où la lancinante impression que les solutions, dans cette partie du Sahara, servent de levain aux problèmes.

Certes Maliens et Nigériens subissent de plein fouet le banditisme des rebelles touaregs. Mais la communauté internationale, Etats-Unis d’Amérique et Union européenne en tête, n’est pas non plus à l’abri. Elle gagnera à ouvrir le plus tôt un œil sur le comportement voyou de l’Etat d’Algérie. De toute évidence, s’ils sont traqués par les forces régulières, les bandits armés n’ont d’issue de secours que l’Algérie. Qui les protège malheureusement, au vu et au su de tout le monde.

Il est aussi évident que le banditisme transfrontalier, qui s’aguerrit au fil des jours, en mettant à rude épreuve les pays de la bande sahélo-saharienne, menace en même temps à court et long termes la stabilité même de l’Afrique de l’ouest, du Magrheb, voire de l’Europe. Les enlèvements de touristes européens, avec tout ce qu’ils impliquent, en annoncent les prémices.

Amadou N’Fa Diallo

27 mars 2008.