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Il n’y a plus de rébellion touareg au Mali, celle-ci a pris fin depuis la défaite du Mnla par les groupes djihadistes, mais il y a des conflits intercommunautaires perlés dont l’accord d’Alger est loin d’être une solution. Derrière les rideaux de la mise en place des autorités intérimaires, nombre de Maliens voient en filigrane, la préfiguration de l’Etat de l’Azawad qui passe par une expérimentation de la cogestion des territoires concernés. La menace terroriste, quant à elle, est instrumentalisée pour justifier de l’Etat du Mali, son reniement de toutes ses responsabilités dans le domaine de la sécurité et de la défense de l’intégrité territoriale du Pays. Tel me semble être le tableau de la situation présente au Mali, an après la signature de l’accord d’Alger.

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Il n’est pas question de nier le caractère international et régional du terrorisme, mais il est de reconnaître que chaque pays a sa part de responsabilité dans la lutte efficace contre le phénomène dans ses frontières. Appelons cela «un effort/pays» qui constitue une contribution majeure à la lutte régionale, voire mondiale. Dans ce rôle, le gouvernement du Mali se révèle complètement impotent et il n’a qu’une prédilection en la matière pour l’incantation. Les autorités maliennes donnent l’impression de ne rien voir venir, c’est à peine si elles réalisent la gravité de l’heure.
Dans notre pays aujourd’hui, le discours sur la détérioration de la situation sécuritaire, du terrorisme sert d’opération gouvernementale de blanchiment de la mauvaise gouvernance, de détournements de toutes sortes. Tout semble avoir été dit sur la mauvaise gouvernance du pays, dont la cupidité du clan en est l’expression la plus achevée. Chacun a pu remarquer que sur ce point, le pouvoir est sans égard pour son peuple qui se réveille chaque jour avec son lot de scandales financier, moral et politique. Aussi, l’insécurité dans le pays est-elle à la mesure du temps que les dirigeants du pays ont mis à piller les ressources de l’armée et des forces de sécurité, à livrer à la mort sans raison les jeunes soldats sans préparation, les agents de l’administration territoriale et des policiers sans défense. C’est peu dire que la gouvernance IBK a méthodiquement organisé la faillite du Mali, conduit le pays dans un cul-de-sac.
IBK n’a pas de projet, pas de vision, donc pas d’architecture adéquate comme réponse à la crise du pays, car une vision conduit toujours à une architecture capable de la matérialiser. Il n’avait que la disqualification des politiques passées, des petites phrases confortant ses électeurs dans leur ignorance du contexte national et international. Au Mali, sous IBK, on est vite passé du pouvoir personnel à l’immobilisme institutionnel. Les cercles de pouvoirs occultes se créent en dehors des institutions et s’imposent à celles-ci. Les institutions sociales ne sont pas en meilleur état de leur fonctionnement. Le pouvoir IBK a ruiné bien d’héritage historique de notre nation en trois ans d’exercice, il n’y a qu’à regarder comment le centre du pays s’abîme dans des conflits inter et/ou intracommunautaires.

Pendant ce temps, le parti présidentiel et les partis politiques qui l’accompagnent dans la majorité présidentielle sont plus occupées à se faire des baisers de Judas, et n’ont de priorités qu’aux chamailleries internes. Pour la faillite nationale en cours, on avisera le moment venu. Il restera toujours la bonne vieille diversion du «péril national», la lutte contre le terrorisme et les soutiens qu’elle apporte. Efficace. Sûre. Garantie. Que personne ne se méprenne, le terrorisme remaquillé pour les besoins d’une gouvernance en faillite, non seulement arpente les couloirs du Palais Koulouba/Sébénicoro, mais également rend des services inespérés à un pouvoir familial.
Personne n’ignore que la connivence des groupes armés et le principal groupe terroriste est une donnée politique à équation simple : le contrôle du chemin de la drogue. Il s’y ajoute que la lutte contre le terrorisme pour les sympathies supposées qu’elles confèrent, s’inscrit en bonne place dans l’agenda électoral du président IBK. C’est le cas lorsque le gouvernement, à travers le ministère des Affaires religieuses et du Culte, invite les imams à sensibiliser durant les prêches de vendredi, les citoyens aux menaces qui pèsent sur le pays, à les inciter au rassemblement autour du pouvoir personnel au nom de l’unité nationale, et à rester unis derrière notre direction nationale, il escompte bien utiliser le vieil artifice du «péril national».
Pourtant, quand sous nos pieds tout se dérobe, les communautés se dressent les unes contres les autres, l’Etat détourne le regard. Par son absence organisée, tous les orgueils communautaires sont chatouillés, les esprits chauvins se réveillent, les dirigeants n’anticipent rien, pas même les suites à donner à la mise en place des nouvelles régions érigées par une loi comme soupapes de sécurité. Pendant ce temps, en présence d’une armée totalement démoralisée, la bête de l’irrédentisme se cache derrière tous les prétextes possibles et suit sa marche inexorable, menace d’embrasser l’ensemble du pays. Devant la paralysie du pouvoir IBK, la colère monte dans le pays et l’exaspération de cette colère laisse à penser que le Mali se prépare à un affrontement majeur aux conséquences terribles pour la région entière.

En définitive, à la lecture du discours du président de la République à l’occasion du premier anniversaire de l’Accord d’Alger et de celui du Premier ministre devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, à l’approche du renouvellement du mandat de la Minusma, le seul message qui sort de la bouche du Duo Keita est que la paix dans le pays, le redéploiement de l’armée et de l’administration sur l’ensemble du Mali, ne dépendent, tout compte fait, que de l’engagement direct de la Minusma sur le théâtre des opérations militaires. Sous ce rapport, il n’y a donc rien de nouveau dans le discours qui n’est qu’un constat d’échec, et nous revenons à la case-départ.

Souleymane KONE

Le Reporter du 28 Juin 2016