Partager

Après la signature de l’Accord-cadre, véritable référentiel pour la remise en route des institutions républicaines maliennes, intervenue le vendredi saint, entre la CEDEAO et la junte, il s’agit maintenant de mettre en musique le modus vivendi.

Tout comme avec les Togolais en 2006, ou avec les Ivoiriens et les Guinéens après eux, la méthode Compaoré est en laboratoire, et la salle polyvalente du palais présidentiel de Kosyam est depuis ce 14 avril 2012 le centre névralgique d’intenses tractations entre fils d’un même pays, le Mali.

Justement, c’est à un vrai contingent, 88 Maliens, pas moins, que Blaise Compaoré devra faire face, les écouter, arbitrer et trancher. Un nombre qui n’est pas sans rappeler celui des Guinéens, dont l’accès à la salle de conclave avait été refusé à l’époque à certains, non mandatés. Leur surnombre en son temps avait passablement affecté l’atmosphère des échanges.

Peut-on véritablement discuter avec près d’une centaine de personnes ? Le risque d’aboutir à une cacophonie en lieu et place d’une polyphonie est grand.

Ainsi, à ce dialogue entre Maliens, on a beaucoup pinaillé sur l’intérim présidentiel. La junte reste arc-boutée au départ pur et simple de Dioncounda Traoré après les 40 jours constitutionnels qui lui sont impartis. Et son remplacement par une structure secondée par un Premier ministre qui conduiront la transition. Un intérimaire qui a déjà « grignoté » une semaine, il lui reste grosso modo un mois pour organiser une présidentielle qu’on sait impossible.

D’autres sont partisans du maintien de l’ex-patron de l’Assemblée nationale après l’échéance, et une transition chapeautée par lui et un chef de gouvernement fort.

Encore faut-il que cet Exécutif bécéphale parle d’une même voix. L’aboutissement à un compromis historique est donc un impératif catégorique dans les présentes négociations intermaliennes.

Négocier, encore négocier et toujours négocier, tel doit être le leitmotiv pour un dénouement heureux de cette crise malienne.

Une négociation qui devra d’ailleurs s’étendre avec les rébellions du Nord, car l’option de la guerre, même si elle n’est pas à écarter, semble de plus en plus être battue en brèche.

Les chefs d’état-major des armées de la CEDEAO ont beau peaufiner des plans d’interventions pour le septentrion malien, et les 3 000 militaires, avoir l’arme en bandoulière, la palabre autour d’une table pourrait prospérer avec le MNLA, ANSAR DINE et Cie. Une position que semble avoir privilégié le médiateur burkinabè qui n’écarte toutefois pas la manière forte au cas où. Visiblement, sur le terrain, les choses sont plus compliquées, et il va falloir négocier et renégocier parce qu’à l’évidence, avec ces rébellions derrière chaque dune, on s’inscrit dans la durée et ce n’est pas par une simple expédition militaire qu’on pourrait régler en un temps, trois mouvements, ces velléités sécessionnistes, vieilles de 4 décennies.

On a peur pour ce pays frère, mais peut-être qu’à l’heure où on lira cet écrit, un consensus relatif à cette transition aura été trouvée. C’est le souhait des Maliens et de la sous-région.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga

16 Avril 2012

Source : Lefaso.net