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Au championnat du monde des mythes et mystifications, le Mali est hors cadre. Nous avons construit depuis des décennies des échafaudages de mensonges, de fausses croyances que nous avons fini par croire réels et intangibles.

Il a suffi d’une semaine de razzia au nord et d’un après-midi de fête foraine dans les flancs de la colline de Koulouba pour que la baudruche gonflée à l’hélium éclate et révèle ses entrailles creuses, vides et putrides. Nous avons vécu sur le mensonge, il nous faut en payer le prix. Un Premier ministre vient d’être nommé avec les pleins pouvoirs. Cheick Modibo a les avantages de son handicap.

Le chef de gouvernement ne connaît pas la gestion d’un Etat, il est un néophyte de l’assainissement classique, il ignore la classe gouailleuse et mafieuse, polluée et profiteuse des « cadres » maliens aussi bien civils que militaires. On peut donc supposer qu’il n’est pas l’otage d’un clan et que son regard sera de neutralité et d’objectivité scientifique.

Sa stature intellectuelle (et mieux physique !) permet de croire qu’il ne s’en laissera pas imposer. Ce dont nous avons besoin, c’est qu’il creuse la fondation d’un Mali nouveau, qu’il lave la forfaiture et le sceau de l’infamie et qu’il rende à notre peuple un peu de son honneur perdu et de sa dignité bafouée.

Il le peut s’il n’a pas d’autre ambition que d’entrer dans l’Histoire de notre pays avec le sceau en rédempteur. Il le peut s’il s’arme du courage mâle pour affronter les coteries, les clans, les groupes d’intérêt divers qui vont grenouiller autour de lui et recommencer à magouiller comme demain la veille.

Il faut reconstruire l’administration et gérer la place de la société « civile », donner sens et valeur aux grands crédos et aux slogans du Mali grandiose.

Il faut, comme pour un grand baobab vert de l’extérieur mais dont le tronc est creux et vermoulu, élaguer l’armée malienne. Faire cesser cette vaste fumisterie qui nous a présenté l’armée malienne comme l’une des plus puissantes, des mieux armées, entraînées, disciplinées du continent africain.

Vaste blague qui n’a pas résisté plus d’une semaine à 300 hommes venus des fonds de notre Sahara. Et les parades du 22 septembre avec fusée sol-sol, orgues de Staline, chars, avions de chasse et j’en passe. Mythe et mystification.

Ces généraux pléthoriques aux bedaines de femmes enceintes, ces colonels-majors ornements de bureaux dans les départements ministériels et les chancelleries mais aussi ces béjaunes qui ne voient dans l’uniforme militaire que l’occasion de piller des maisons et des bureaux, de se procurer des i-phones un peu ou beaucoup d’argent (selon) de se shooter au hash ou au yamba et de se pinter la gueule à la Flag, à la Castel.

Cette administration de prétendus « cadres » qui vivent de prébendes, de surfacturations dont l’ambition est de garer dans la cour de leur maison deux Prado et 3 Land-Cruiser. Les Maliens n’attendent pas de miracle mais ça, quand même, il serait juste et bon que cela leur soit offert. Le temps est court ? Alors donnons au temps le temps pour ce faire. Afin que naisse le Mali nouveau et que le bateau, ayant bien tangué, ne sombre pas.

C’est ce qu’ont dit nos anciens et c’est ce en quoi, je crois.

Cheick Mouctary Diarra