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Depuis le mercredi 11 août 2010, les travailleurs d’Air France au Mali observent une grève illimitée. Et pour cause, le personnel de la compagnie française proteste contre la discrimination et les inégalités de traitement dont il est victime vis-à-vis de leurs homologues du Sénégal.

Pourtant, dans son préavis de grève déposé à la direction de Air France au Mali, le syndicat des travailleurs n’avait rien demandé d’extraordinaire. Les revendications du syndicat se résumaient à 4 points essentiels, à savoir la revalorisation de point de valeur indiciaire, un alignement de l’avancement catégoriel sur Dakar, une revalorisation de prime de panier (prime de repas) et une revalorisation de la prime locale annuelle.

Pour rappel, la délégation de Air France au Mali et celle du Sénégal relève d’une même entité et forment la direction régionale de la compagnie française. Les travailleurs des deux délégations sont soumis aux mêmes obligations de résultats et assurent les mêmes fréquences de vols hebdomadaires, 7/7 malgré le nombre inférieur de travailleurs pour le Mali (29 employés) contre pour le Sénégal (144 employés). Pourtant lors de la signature de l’accord social, la direction régionale des ressources humaines de la compagnie avait affirmé et soutenu que l’accord de Bamako était identique à celui de Dakar.

Cinq ans après, le personnel découvre le mensonge et le leurre dont il a été victime. En somme, le personnel malien ne bénéficie d’aucunes conditions similaires à celles accordées à leurs collègues du Sénégal aussi bien sur le déroulement de la carrière, sur le régime indemnitaire, sur les primes que sur les avantages sociaux.

Et les exemples ne manquent pas. Au niveau du déroulement de la carrière, pendant que deux ans suffisent à un agent de Air France à Dakar pour passer de la catégorie A à la catégorie B, il en faut 4, voire 6 ans à un agent malien (même poste, même compétence). Concernant les avantages sociaux, lorsque l’enfant ou le conjoint de l’agent est hospitalisé, à Dakar, il a droit à un jour de congé spécial et celui de Bamako doit puiser sur ses congés annuels. Que dire de la grille salariale. Pendant que la valeur du point est à 1030 à Dakar, il n’est que de 970 à Bamako. Mieux, lorsqu’un agent se marie, il a droit, à Dakar, à 4 jours de congé pendant qu’il n’a droit qu’à 3 jours à Bamako. Aussi, lorsque le conjoint ou l’enfant d’un agent décède, il a droit à Dakar à 4 jours de congé, pendant qu’à Bamako il faut se contenter de 2 jours.

C’est contre cette situation, à la limite, méprisante que les travailleurs de Air France au Mali n’entendent plus se laisser faire. Cependant, pour la Secrétaire générale du syndicat, Augustine Diallo, ils restent toujours ouverts au dialogue et se disent prêts à entamer des négociations. Aux dires d’Augustine Diallo, l’objectif de la grève est déjà atteint. Car selon elle, l’avion de Air France a décollé le mercredi avec 2 heures de retard et le jeudi avec 3 heures. Elle se réjouit également du fait que la grève ait été observée par tous les travailleurs.

Au même moment, on apprend que la compagnie avait fait venir des Français de Paris pour remplacer des grévistes au niveau de l’aéroport. En procédant de la sorte, la compagnie Air France, n’est-il pas entrain d’entretenir la colère des travailleurs maliens ? Mais très vite la compagnie s’est rendu compte qu’elle risquait gros. Car, cela constitue une violation flagrante de la législation internationale de travail du BIT.

Youssouf Diallo / 22 Septembre du 16 aout 2010


Grève du personnel d’Air France de Bamako : Le differend persiste

Face à des grévistes qui dénoncent de fortes inégalités de salaires et de traitement, le transporteur argue un manque de moyens pour satisfaire les exigences de ses agents.

Le personnel d’Air France à Bamako est en grève illimitée depuis mardi car un différend oppose le comité syndical à la direction locale ainsi qu’à la direction régionale basée à Dakar. Les grévistes s’estiment victimes d’une « injustice » et dans un document remis à la direction depuis février 2009, réclament la satisfaction de quatre revendications majeures : la révision de la valeur de leur point indiciaire de 987,78 à 1030, l’alignement de leur avancement catégoriel sur la délégation locale de Dakar, la révision de la prime de panier ou repas de 1500 à 4000 Fcfa et l’alignement de la prime locale annuelle de 90 000 à 400 000 Fcfa.

jpg_greve-airfrance.jpgLa révision de l’accord d’établissement de 2004 qui lie la compagnie au personnel fait également partie des points de revendication. Mercredi, les négociations entre les deux parties ont débuté sous l’égide de l’UNTM. Mais elles n’ont pas abouti. Depuis, c’est le blocage. « Nous dénonçons avec vigueur les termes de l’accord d’établissement signé en 2004. Lors de sa signature, la direction régionale des ressources humaines avait affirmé et soutenu que l’accord de Bamako était identique à celui de Dakar. 5 ans après, nous avons découvert la supercherie et le leurre dont nous sommes victimes », explique la secrétaire générale du bureau syndical de Air France Bamako, Mme Diallo Augustine Sangaré.

Les agents de Bamako, déplore-t-elle, ne bénéficient pas de conditions similaires à celles accordées à leurs collègues du Sénégal aussi bien sur le déroulement de leur carrière, le régime indemnitaire, les primes que sur les avantages sociaux. « Le personnel malien, compte tenu de son effectif réduit souffre de conditions de travail difficiles à l’heure où les exigences des passagers deviennent de plus en plus grandes », souligne la syndicaliste.

« Pour une obligation de résultats identiques à nos collègues du Sénégal et pour une fréquence de 7 vols hebdomadaires, exactement comme au Sénégal, l’effectif du personnel malien ne compte que 29 personnes pour 144 au Sénégal. Les prestations de services existantes ne sauraient en aucun cas justifier ce type de traitement à notre égard. Nous sommes tout simplement victimes de mépris et de discrimination », dénonce Mme Diallo Augustine Sangaré.

Dans le détail, les inégalités pointées par les grévistes par rapport au statut en vigueur au Sénégal, touchent d’abord la grille salariale. La valeur du point qui est de 1030 à Dakar, tombe à 970 à Bamako. Les agents de Dakar bénéficient d’un 14è mois tandis que ceux de Bamako ne perçoivent rien.

La prime de panier ou de repas est de 4 000 Fcfa à Dakar et de 1500 à Bamako. Une prime locale annuelle étant allouée à tout agent Air France, elle se chiffre à 400 000 Fcfa à Dakar et à 90 000 à Bamako. Tandis qu’à Bamako, on n’a droit à aucune indemnité de départ à la retraite, celle-ci s’élève à un million de Fcfa à Dakar. A ces écarts pécuniaires conséquents, s’ajoutent des inégalités de traitement « injustifiées », indique le personnel bamakois du transporteur. Deux ans, constate-t-il ainsi, suffisent à un agent d’Air France à Dakar pour passer de la catégorie A à la catégorie B.

Il en faut 4 voire 6 ans à son homologue malien à poste et compétence identiques. Chez le voisin sénégalais, notent aussi les grévistes, l’agent d’Air France a droit à un jour de congé spécial lorsque son enfant ou son conjoint est hospitalisé. Dans le même cas de figure, celui de Bamako doit puiser sur ses congés réguliers. « Nous sommes des employés de la compagnie Air France au même titre que nos collègues sénégalais, nous avons les mêmes obligations de pré requis et de résultats, nous ne sommes les seuls qui devions supporter la crise. Nous demandons réparation », a résumé Mme Diallo. « Le problème du personnel de Air France est très complexe. La Guinée, le Sénégal, la Mauritanie et le Mali relèvent d’une même direction.

Nous avons des agents qui sont recrutés sur les mêmes critères et avec les mêmes diplômes mais qui ont une différence salariale qui va du simple au quintuple », constate Yaya Mallé de l’UNTM qui estime qu’Air France a signé des accords pays discriminatoires. « On dit à travail égal, salaire égal. Mais les agents de Bamako sont très lésés par rapport à leurs collègues de Dakar pour le même rendement. Nous n’avons pas dit d’aligner tout de suite nos camarades sur Dakar, mais compte tenu de l’écart trop grand, nous avons souhaité qu’Air France fasse un effort », précise Yaya Mallé.

Les proposions faites jusque là par la compagnie sont « insignifiantes » au regard des objectifs du personnel, juge-t-il.  » Quand la direction locale de Air France va jusqu’à dire qu’il a une relation particulière avec Dakar, cela témoigne de son mépris pour notre pays. C’est très grave. Pire, Air France a fait venir du personnel étranger pour expédier, pendant la grève, les affaires courantes. Cela est une violation des dispositions des conventions », accuse le syndicaliste.

Tout en reconnaissant la légitimité des revendications des grévistes, le directeur régional pour l’Afrique de l’ouest d’Air France, Jean Raul Tauzin, assure que sa compagnie n’a pas les moyens de faire face à la charge des revendications en raison de facteurs endogènes et exogènes. « Nous n’avons pas les recettes pour continuer de progresser. Il faut donc que nous soyons vigilants sur les coûts. Nous sentons un rebond mais cela est insuffisant face à la progression des coûts », argumente notre interlocuteur.

« L’alignement n’est pas une référence. Car chaque pays à ses réalités et spécificités. Nous nous positionnons par rapport à la situation intérieure du pays », précise Jean Raul Tauzin qui souhaite le report des négociations à octobre, vu le niveau des exigences du comité syndical.

En attendant, le service offert par le transporteur a baissé en qualité et son image est écornée dans une opinion sensible aux arguments des grévistes. Affaire assurément à suivre, surtout par des clients sérieusement inquiets de la situation.

Baye Coulibaly

L’Essor du 13 Août 2010.

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Pour contourner la grève illimitée de son personnel malien : Air France débarque des agents à Bamako en violation du Code du travail et de la convention du BIT

La compagnie Air France vient de prouver son comportement discriminatoire et de mépris à l’égard de son personnel malien, voire de la nation malienne. En effet, pour contourner la grève illimitée de ses agents de Bamako, Air France s’est permis d’amener trois de ses agents de Paris pour travailler à leur place.

jpg_tauzin-france.jpgUn comportement qui jure avec la législation sur le travail et la convention internationale du BIT et qui atteste la mauvaise foi du Directeur régional d’Air France de trouver une solution aux revendications du personnel de Bamako dont la grève a perturbé le départ du vol du mercredi qui a quitté Sénou à 2 heures du matin au lieu de 22 heures 40.

Mme Delattre Emmanuelle, M. Gagnard Jening et Maillefer Jean-Louis sont les trois agents amenés de Paris par le Directeur régional d’Air France, Jean Raoul Tauzin, basé à Dakar avec compétence sur l’escale, malienne. Ce dernier, venu expressément de Dakar pour prendre langue avec le comité syndical du personnel du Mali dirigé par Mme Diallo Augustine Sangaré a formulé des propositions jugées insignifiantes par rapport aux points de revendications.

En effet, le personnel malien exige un alignement, pur et simple sur le même niveau que leurs homologues du Sénégal, les conditions du déroulement de leur carrière, des primes et au régime indemnitaire et des avantages sociaux.

Il faut signaler que les personnels de Dakar et de Bamako relèvent de la direction régionale, ils ont pratiquement le même volume de travail avec un vol chaque jour, les mêmes niveaux de diplôme et de responsabilité. Les deux pays ont pratiquement le même niveau de vie, appartiennent à la même zone monétaire.

Cependant, pour des raisons que la raison elle-même ignore, Air France trouve le moyen de fixer le point de la grille indiciaire de Dakar à 1030 (où elle emploie 144 agents) alors qu’ à Bamako l’indice est à 970 (pour ses 30 agents). Aussi un 14ème mois est accordé aux agents de Dakar et rien à ceux de Bamako.

En terme de prime de panier, 4 000 FCFA sont accordés aux travailleurs de Dakar, contre 1500 FCFA à ceux de Bamako, une prime locale annuelle de 400 000 FCFA est donnée à Dakar contre 90 000 FCFA pour Bamako. Une indemnité de départ à la retraite d’un million de FCFA est payée aux agents de Dakar alors que ceux du Mali ne reçoivent rien du tout à ce titre.

Voilà des écarts discriminatoires parmi tant d’autres qui motivent la grève illimitée du personnel de notre pays contre leur employeur Air France. Celui-ci, à travers son Directeur régional, au cours d’une rencontre avec les représentants du ministère des transports et de la direction nationale du travail, s’est permis de dire que ce niveau de salaire est déjà le plus élevé du secteur au Mali et que ses agents n’ont pas à prendre Dakar comme référence.

Comme si le Sénégal faisait partie de la France. Acculé, il a proposé aux syndicalistes une augmentation de 10% de la prime de panier (soit 150 F CFA de plus par jour) et de 10% de la prime locale annuelle. Et cela, avec effet à compter d’octobre prochain.

Des propositions jugées dérisoires et rejetées en bloc par la partie malienne. Devant les mêmes officiels, le responsable d’Air France ne s’est pas empêché de dire que sa compagnie a dépêché trois agents de Paris pour venir travailler en lieu et place du personnel malien. Curieusement, ces officiels représentants de l’Etat malien n’ont pas réagi à cette violation de la législation malienne sur le travail et même de l’article 87 de la convention du BIT.

Ces agents ci-dessus cités sont arrivés le mardi soir et la police spéciale de l’aéroport avait reçu instruction de les laisser travailler. Le mercredi, premier jour de la grève, le syndicat avait commis un huissier de justice pour constater à l’aéroport de Bamako Sénou cette violation flagrante de la loi. Sur place, Me Hamadoun Sangaré de l’étude de Me Moussa Sidibé ainsi que notre équipe de reportage ont constaté, avec les grévistes, que les trois étrangers n’étaient pas à l’aéroport pour procéder à l’enregistrement des passagers convoqués à 18 h 30 pour un le départ de l’avion à 22 h 40.

Cependant, le chef d’escale d’Air France, Frédéric De Marty a bien confirmé que les trois personnes sont à Bamako et qu’elles sont logées dans un hôtel Laïco, mais qu’elles doivent retourner le jeudi soir. Il a ajouté qu’elles n’ont pas travaillé pour ne pas envenimer la situation. En fait, c’est sous la pression du syndicat que le chef d’escale a eu peur d’amener ces agents à l’aéroport.

Par contre les responsables du syndicat de rétorquer qu’une fois ces trois agents à Bamako, ils n’ont pas besoin de se rendre physiquement à l’aéroport pour travailler. Depuis leur hôtel avec un ordinateur portable doté du système internet d’Air France, ils peuvent enregistrer les passagers. Un fait qu’on pouvait constater à l’aéroport où les passagers n’avaient qu’à déposer leurs bagages et recevoir leurs tickets d’embarquement.

Pour accélérer ce processus, le chef d’escale avait fait appel aux agents de la société Assistance aéroportuaire du Mali (ASAM) même à ceux qui étaient en repos ce mercredi. Voila un ensemble de dispositif mis en place par Air France en violation de la loi. Des passagers d’Air France du mercredi dernier informés par les grévistes ont été sensibles à leur combat et l’ont trouvé juste.

Certaines indiscrétions révèlent même que la direction d’Air France a étendue les compétences des agences de voyage pour effectuer le travail de son personnel et que le schéma envisagé est de licencier encore des agents maliens et de les faire remplacer par des sénégalais qui sont bien payés pour moins de travail. En fait, Air France sait qu’il lui sera plus facile de se débarrasser des Maliens que des Sénégalais. Cette situation interpelle les plus hautes autorités de notre pays qui doivent soutenir leurs concitoyens dans ce combat qui peut se retourner contre les agents de toutes les sociétés françaises au Mali.

En tout cas, les grévistes n’entendent pas lâcher facilement prise ils sont décidés à aller, cette fois-ci, jusqu’au bout.

Youssouf CAMARA

L’Indépendant du 13 Août 2010.