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Le putsch militaire du 22 mars dernier, en venant comme un cheveu dans la soupe nationale, prit au dépourvu notre classe politique connue pour son manque du sens de l’anticipation et balèze seulement dans le carriérisme.

Il est vrai que les mutins de Kati, partis seulement pour dénoncer la situation militaire chaotique sur les fronts du Nord, tombèrent à bras raccourcis sur le régime pourri du satrape ATT et n’eurent plus d’autre choix que de s’installer dans le palais vide.

Une telle accélération de l’Histoire en si peu de temps installa dans notre pays une régence inédite qui fut diversement appréciée par nos acteurs politiques et même par la société civile. Le fait que le régime déchu avait dangereusement creusé l’écart entre les citoyens, en faisant d’une minorité des princes et de la majorité des bagnards, fit que le coup d’Etat fut favorablement accueilli à seulement moins de deux mois de l’élection présidentielle.

Le désarroi dans lequel la classe politique se trouva suite à la révolte des militaires, s’explique en partie par le fait que beaucoup pensaient que l’on avait définitivement vaincu le signe indien du putsch dans ce pays et que la classe politique s’apprêtait à s’accorder un nouveau bail de corruption et de clientélisme à la faveur de l’élection présidentielle d’avril 2012.

Tous les signaux semblaient au vert pour servir encore à notre pays (comme si celui-ci leur était donné en héritage), à la faveur du tripatouillage des résultats et des bourrages d’urnes, le régime dupliqué du sortant avec ses cortèges de fermetures d’usines et donc de chômage, de mensonges politiques et militaires, sans compter les enrichissements illicites et autres gabegies d’Etat.

Cacophonies

Si le coup de force du capitaine Sanogo servit à quelque chose, ce fut certainement pour mettre un frein à cette chienlit organisée et permettre à une autre race d’hommes politiques d’avoir accès au trône. La plupart des partis politiques cependant, les premiers moments de frayeur et de stupeur passés, se ressaisissent et eurent le réflexe républicain de condamner l’acte des prétoriens à cause de son caractère violent et anticonstitutionnel.

Mais il s’en trouva malheureusement pour l’applaudir des deux mains et l’accueillir avec une fanfare tellement mauvaise que l’on crut qu’elle n’était pas l’œuvre de gens qui se déclarent patriotes et républicains pour avoir mis à la porte, quelques années auparavant, avec la manière que l’on sait, l’ancien régime de Moussa Traoré. Ils ont été très mal inspirés de s’acoquiner avec des putschistes qui, d’ailleurs, n’avaient pas cherché cela et se sont vus contraints de gérer un vide politique qu’ils avaient involontairement contribué à créer.

L’Histoire s’est un peu répétée pour eux comme en 1991, mais en bégayant parce que manifestement leur but n’était pas de renverser leur supérieur hiérarchique mais de se dédouaner aux yeux de l’opinion nationale de la débandade survenue au nord. La démocratie malienne n’ayant pas, jusqu’à ce jour, imaginé des mécanismes légaux permettant à l’opposition politique et parlementaire de s’assumer dignement, a donné naissance à une classe d’hommes politiques nécessiteux et pressés d’arriver aux affaires, histoire de s’en mettre un peu dans les poches et d’avoir la tête hors de l’eau.

Gauchisme, anarchie et… puis patatras !

L’ancien chef de l’Etat a été certes pire que le diable, mais il fallait le laisser aller jusqu’au terme de son mandat et le balayer comme fétu de paille. Si au contraire de cela, on a préféré le complot politique, aucune partie de la classe politique ne devait se montrer solidaire de cette aventure et laisser ses auteurs nettoyer eux-mêmes leurs écuries, ce qui ne signifiait point qu’on était de mèche avec le je-m’en-foutiste issu de la caserne.

Les hommes politiques, parce qu’on les connaît, qui soutinrent le CNRDRE, le firent certainement par calcul politique et non par convictions politiques. Si c’était le cas, ce serait à désespérer d’eux parce qu’ils savent bien que c’est par la lutte et non par des combines politiques que l’on accède au pouvoir d’Etat après une analyse froide et lucide du contexte politique.

La dèche consécutive à leur séjour dans l’opposition n’est certainement pas étrangère au fait qu’ils ont cru leur heure arrivée et n’ont pas hésité à apporter leur soutien aux mutins devenus hommes d’Etat malgré eux-mêmes. L’exercice démocratique, du reste, fait rarement bon ménage avec la pyromanie qui consiste à faire feu de tout bois et avec le gauchisme qui, comme l’anarchie et l’extrémisme, n’arrange rien et éloigne du pouvoir politique.

Yiriba

30 Avril 2012