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Il y a une semaine, lors d’une manifestation consacrée au monde paysan, dans un petit village du cercle de Kati, le président Amadou Toumani Touré a fait une déclaration qui devrait, franchement, inquiéter plus d’un Malien sur l’état de déliquescence du pays.

Le 5 juillet 2008, dans un accès de sincérité dont il est seul à avoir le secret, le responsable suprême du Mali a dit ceci et je résume : « L’Initiative riz est venue un peu tard et c’est l’année dernière que nous aurions dû la lancer ».

Puis, il a enchaîné en expliquant que ses ministres, principalement celui des Finances et celui de l’Agriculture ne jouent pas la même partition, plus prosaïquement, au lieu de collaborer, ils se mettent des bâtons dans les roues.

Puis, le général ATT de conclure en disant qu’il allait convoquer dans son bureau tous les ministres responsables de ce dossier (certainement avec le premier d’entre eux, Modibo Sidibé) et qu’ils n’en sortiront qu’après avoir trouvé un consensus.

La déclaration n’est pas banale. Loin s’en faut. Elle est même grave, inquiétante. Car, ATT vient de dire publiquement que ses ministres, du moins certains parmi eux, n’obéissent pas à ses ordres.

Encore une fois, franchement ! Mais dans quel pays sommes-nous donc pour que de simples ministres, nommés par un simple décret présidentiel, osent défier le président de la République ?
Quelle est cette idée de négocier avec ses propres ministres ? Je n’en reviens tout simplement pas.

La Constitution du Mali est claire : ni le Premier ministre ni les ministres ne sont détenteurs d’une quelconque légitimité populaire. Le seul élu est le président de la République. C’est la loi suprême qui lui donne le droit de nommer ou de démettre le PM et les membres de son gouvernement.

Qu’y a-t-il alors à négocier avec des ministres récalcitrants ? Quand un ministre n’obéit pas aux directives, ordres ou consignes du président de la République, on le met à la porte. Point barre ! Congédié. Licencié. Viré. Dégommé. Dégagé.


Aveu d’impuissance

Il n’y a strictement rien à négocier avec lui. Il me semble qu’on ne peut être plus clair. Même dans les pays les plus démocratiques du monde, le président ne discute pas avec un ministre quand il s’agit de l’exécution d’une politique nationale. Pour quelle raison devrait-on garder en poste un ministre rétif ? Aucune. Absolument aucune.

Toutefois, la déclaration d’ATT qui a valeur d’aveu révèle au moins une chose : le président de la République ne plaisante pas quand il se dit dépassé par l’anarchie qui règne dans son pays. Tranquillement, l’autorité s’érode même si l’autoritarisme semble plus vivace que jamais.
Dans un pays qui fonctionne normalement, certains actes de délinquance sont impossibles à imaginer.

Telle cette histoire de voiture offerte au Parlement des enfants. ATT offre une auto à cette structure, la voiture est détournée à d’autres fins. Et le président se contente de tancer les responsables. « Rendez-leur la voiture, j’irai vérifier si c’est fait ».

Non, M. le président. Des hauts fonctionnaires qui commettent un tel acte de rébellion contre votre autorité, un détournement de bien, sont limogés sur-le-champ, sans autre forme d’explications. C’est à ce genre de mesures fermes et porteuses de message qu’un Etat affirme son autorité.

Le président de la République est l’autorité suprême du pays. Si les ministres se moquent de ses directives, qui vont-ils respecter ? Personne ! Chacun peut donc faire à sa tête, en étant sûr qu’une petite séance de pourparler dans le bureau présidentiel permettra de passer l’éponge.

C’est dommage. Surtout triste pour cette « Initiative riz » qui, au moins, donnait l’impression que les plus hautes autorités du pays ont pris conscience de l’importance de l’agriculture et de l’autosuffisance alimentaire.

Avec cet aveu d’ATT, on comprend surtout mieux la raison pour laquelle de petits fonctionnaires rient de leurs chefs quand ils sont menacés de sanctions.

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

17 Juillet 2008