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Devant la Bourse du travail, les banderoles sont sans ambiguïté: « Nous exigeons le retour à l’ordre constitutionnel », « A bas les putschistes, vive la démocratie et vive le Mali ».

Créé dimanche, le « Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FUDR) », qui compte une soixantaine de partis et d’organisations de la société civile, fait son galop d’essai.

Dans la cour du bâtiment où flotte un drapeau malien, on commence par chanter l’hymne national, certains lèvent le poing.
Bien vite, la foule entonne d’autres refrains: « Sanogo, dégage! », à l’attention du capitaine Amadou Sanogo, chef de la junte qui a renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré (« ATT »), et « libérez l’ORTM », la radio-télévision publique tenue par les mutins.

La foule – hommes, femmes et beaucoup de jeunes – n’a pas de mots assez durs pour des militaires vus comme des « voyous » qui « pillent » l’Etat et devraient plutôt « aller se battre au Nord » contre la rébellion touareg.
Monté au balcon avec des compagnons, micro en main, le secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), Siaka Diakité, harangue: « Nous ne tolérons pas aujourd’hui qu’on hypothèque la démocratie si chèrement acquise ».

Car, quelques jours après le putsch, ce rassemblement a une résonance particulière: en ce 26 mars, on commémore comme chaque année le coup d’Etat militaire du 26 mars 1991, conduit par « ATT », qui a mis fin à plus de deux décennies de pouvoir sans partage du général Moussa Traoré, après un soulèvement populaire réprimé dans le sang.

Pas de mot d’ordre

Une minute de silence est d’ailleurs observée pour les « martyrs » de 1991.
« A la mémoire de nos martyrs, battons-nous pour que les militaires rentrent dans les casernes! », enchaîne un leader étudiant.
En 1991, « il y a eu 107 morts. Cette fois, il peut y avoir plusieurs milliers de morts. On s’en fout, on agit! », assure à l’AFP Abdul Wahab Touré, président d’une association.

Après les orateurs, les discussions sont animées dans l’assistance qui se disperse. « Il faut faire un plan d’actions », lance Baber Touré, juriste d’une trentaine d’années, qui s’est noué une banderole autour du cou.
Il reste sur sa faim. « Les dirigeants sont partis sans donner de mot d’ordre », et d’ailleurs la marche promise n’a pas eu lieu. Pour lui, « chacun a peur d’engager sa responsabilité en appelant à une marche », mais « la révolution ne peut pas se faire avec la peur ».

« Il faut s’organiser davantage, beaucoup de gens n’étaient pas informés du meeting », juge Idrissa Maïga, journaliste, qui se veut cependant confiant: « la lutte ne fait que commencer ».

Mais par où commencer? Certains proposent de marcher sur l’ORTM, la radio télévision officielle, s’enhardissent avec quelques cris, avant de renoncer.

Soumaïla Cissé, l’un des principaux candidats à la présidentielle qui était prévue le 29 avril, fait alors son entrée, acclamé par quelques dizaines de jeunes encore sur place.

« Je viens de Kati (camp militaire près de Bamako et quartier général de la junte), j’ai dit au capitaine qu’on n’est pas d’accord, qu’il faut respecter la Constitution et que les militaires doivent rester dans les casernes », raconte-t-il sous les vivats.

« Restez mobilisés », exhorte-t-il, avant de s’éclipser.

17:19 – 26/03/12