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BAMAKO (AFP) – (AFP) – La crise malienne a pris mercredi une nouvelle dimension internationale, avec une prise d’otages massive sur un site gazier en Algérie, organisée en représailles à l’intervention, dans les airs puis au sol, des soldats français contre les bastions islamistes au Mali.

jpg_une-1374.jpgDes combattants liés à Al-Qaïda ont attaqué à l’aube le site d’In Amenas, dans le centre-est de l’Algérie, près de la frontière libyenne, à environ 1.300 kilomètres d’Alger, exploité par le groupe britannique BP, le norvégien Statoil et l’algérien Sonatrach.

Un Britannique et un Algérien ont été tués et six personnes ont été blessées, selon les autorités algériennes. Des Occidentaux ont été pris en otage et 150 employés algériens du groupe français CIS Catering sont également retenus sur le site.

L’attaque a été revendiquée par un groupe islamiste armé, les « Signataires par le sang », en « réaction à la croisade menée par les forces françaises au Mali », selon un communiqué publié par le site mauritanien privé Alakhbar, qui publie régulièrement les communiqués de jihadistes.

C’est le nom que l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, dit « le borgne », un des chefs historiques d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), récemment destitué, a donné à sa katiba (unité combattante).jpg_une-1376.jpg

« Nous affirmons que les otages sont plus de 40 Croisés, dont 7 Américains et 2 Britanniques, parmi d’autres nationalités », poursuit l’organisation, dont la « première condition » est « l’arrêt de cette agression contre les nôtres au Mali ».

Les troupes françaises progressent mercredi vers le nord du Mali, avec des combats au sol qui constituent une nouvelle étape dans l’engagement militaire de Paris, après des raids aériens menés depuis le 11 janvier dans le centre et le nord du pays pour empêcher une avancée des islamistes vers la capitale Bamako (sud).

A Washington, le département d’Etat a confirmé que des Américains figuraient parmi les otages. Un Irlandais et un Norvégien sont également pris en otage, d’après Dublin et la presse norvégienne.

Combats au « corps à corps »

Selon le communiqué, l’Algérie a été choisie comme cible car les jihadistes n’acceptent pas « l’humiliation de l’honneur du peuple algérien », avec la décision du président Abdelaziz Bouteflika d’autoriser les avions français en route pour le Mali à traverser l’espace aérien algérien.

jpg_une-1377.jpg« Les ravisseurs réclament la libération de 100 terroristes détenus en Algérie pour relâcher leurs otages », exigeant que ces islamistes soient conduits dans le nord du Mali, a indiqué à l’AFP par téléphone un employé du site, ayant requis l’anonymat, qui a pu écouter des échanges entre Algériens et ravisseurs.

Mais le ministre algérien de l’Intérieur Dahou Ould Kablia a affirmé que les autorités « ne répondront pas aux revendications des terroristes et refusent toute négociation ».

« Nous sommes des membres d’Al-Qaïda et nous sommes venus du nord du Mali », a assuré l’un des combattants, joint par téléphone, à l’AFP, ce qu’a démenti le ministre Ould Kablia, affirmant qu’il s’agissait d’un groupe d' »une vingtaine d’hommes issus de la région ».

Au Mali même, les forces spéciales françaises ont combattu « au corps à corps » avec les islamistes à Diabali (ouest) où l’armée malienne était également présente, selon des sources de sécurité régionales.

Diabali, à 400 km au nord de Bamako, a été prise lundi par les islamistes, qui y seraient dirigés par l’Algérien Abou Zeid, un des chefs d’Aqmi. C’est là que se situent « les groupes les plus durs, les plus fanatiques, les mieux organisés, les plus déterminés et les mieux armés », selon le ministre français de la Défense.

Plus de 800 soldats français sont d’ores et déjà déployés au Mali, et leur nombre devrait à terme s’élever à 2.500.

« Effort international »jpg_une-1378.jpg

Une centaine de soldats français circulant dans une quinzaine de blindés qui avaient quitté Bamako mardi, sont par ailleurs arrivés mercredi à Markala, près de Ségou, à 235 km au nord-est de Bamako, afin d’y sécuriser un pont sur le fleuve Niger, a constaté un journaliste de l’AFP.

Dans la zone de Konna (centre), à 700 km au nord-est de Bamako, les islamistes qui avaient pris la ville le 10 janvier, déclenchant l’intervention française, sont toujours présents, contrairement aux affirmations de l’armée malienne. Des soldats français ont pris position près de la ville, selon une source de sécurité malienne.

A La Haye, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête sur les crimes de guerre présumés commis depuis janvier 2012 au Mali par « divers groupes armés ».

Les groupes islamistes armés ont notamment procédé à des lapidations et des amputations dans les territoires qu’ils contrôlent. Ils ont également été accusés d’utiliser des enfants soldats, selon des témoins et l’organisation Human Rights Watch (HRW).

Mais l’armée malienne a aussi été accusée d’exactions, notamment à l’encontre des communautés touareg et arabes.

Le secrétaire d’Etat américain à la Défense Leon Panetta a jugé mercredi que les opérations au Mali ne constituaient pas une guerre française et exigent « un effort international » qui devra être confirmé par l’ONU, selon l’agence italienne Ansa.

Les chefs d’état-major de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se sont réunis mardi et mercredi à Bamako pour étudier l’engagement militaire pour « libérer » le nord du Mali.

Quelque 2.000 soldats de la force d’intervention ouest-africaine au Mali sont attendus d’ici au 26 janvier à Bamako, avec l’arrivée jeudi d’un premier contingent nigérian, a-t-on appris mercredi auprès d’un officier malien et selon un document officiel.

© AFP – le 16/01/2013 – 22:49

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Guerre au Mali: les soldats français s’engagent pour la 1ere fois au sol

BAMAKO (AFP) – (AFP) – La France a pour la première fois engagé mardi des troupes au sol au Mali, pour reprendre une localité de l’Ouest tombée la veille aux mains des islamistes, un tournant après une campagne de bombardements aériens menée depuis le 11 janvier.

jpg_une-1359.jpgLes forces terrestres françaises engagées au Mali « sont en train de remonter vers le nord » du pays, a annoncé mercredi matin le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

« Jusqu’à présent, nous avions fait en sorte qu’il y ait quelques forces terrestres à Bamako, pour sécuriser d’abord nos populations, nos ressortissants, les ressortissants européens et la ville de Bamako. Maintenant les forces terrestres françaises sont en train de remonter vers le nord », a-t-il déclaré sur RTL.

Dans l’attente de l’arrivée de la force ouest-africaine, la France a également poursuivi mardi ses frappes aériennes contre les combattants islamistes et annoncé le déploiement à terme de 2.500 soldats au Mali.

« Plusieurs centaines de militaires maliens et français ont quitté Niono (environ 50 km au sud de Diabali) pour prendre Diabali », a déclaré un élu de Niono, ce qu’ont confirmé un habitant de cette ville et une source de sécurité malienne, qui a précisé: « D’ici à demain, nous allons reprendre Diabali avec les Français ».

Et à Bamako, un vidéaste de l’AFP a vu en fin d’après-midi une trentaine de véhicules blindés français quitter la capitale en direction du Nord.

Diabali – 400 km au nord de Bamako – est tombée mardi aux mains de jihadistes, qui seraient commandés par un émir algérien d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Abou Zeid. Autre résistance inattendue, celle des islamistes dans la ville de Konna (centre, 700 km de Bamako) dont ils ont pris le contrôle le 10 janvier.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a reconnu mardi que Konna n’avait pas encore été reprise par l’armée malienne, contrairement aux affirmations maliennes. La zone n’est pas accessible à des observateurs indépendants.jpg_une-1360.jpg

La chute de Konna avait déclenché l’intervention de la France, qui redoutait une percée vers Bamako des jihadistes.

Un porte-parole d’Ansar Dine (défenseurs de l’islam), Aboul Habib Sidi Mohamed, a confirmé que les jihadistes contrôlaient toujours Konna, dans une vidéo datée de lundi et mise en ligne mardi sur le site mauritanien Sahara Media. Il a apporté une justification à l’offensive surprise des combattants islamistes à Konna, alors que le front entre armée malienne et groupes jihadistes était gelé depuis des mois.

« C’est après avoir échoué à convaincre le gouvernement malien à négocier et dialoguer pour une solution pacifique négociée que nous avons pris notre initiative, qui n’a de but que le devoir de protéger les populations », assure en arabe Aboul Habib Sidi Mohamed, barbu et portant un chèche.

jpg_une-1361.jpgUn habitant de Konna qui a fui lundi la ville a précisé que l’armée malienne se trouvait « à une vingtaine de km de Konna » et que les islamistes, cachés dans les environs, « viennent souvent se ravitailler en nourriture à Konna ».

« Pas vocation à rester au Mali »

Plus de 800 soldats français sont d’ores et déjà déployés au Mali. L’intervention militaire française a trois objectifs: « Arrêter l’agression terroriste », « sécuriser Bamako » et permettre au Mali de préserver son « intégrité territoriale », a déclaré François Hollande, le président français, en déplacement à Dubaï. « La France n’a pas vocation à rester au Mali, mais nous avons un objectif, c’est de faire en sorte que lorsque nous partirons il y ait une sécurité au Mali, des autorités légitimes, un processus électoral et plus de terroristes », a-t-il souligné.jpg_une-1362.jpg

De leur côté, les chefs d’état-major ouest-africains se sont réunis mardi à Bamako pour préparer la « libération » du nord du Mali en formant une force internationale africaine. Ils poursuivront leur réunion mercredi matin, afin de procéder aux « réglages de dernière minute », selon un participant.

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) doit préparer une force d’intervention de 3.300 soldats contre les islamistes du Nord, conformément à une résolution de l’ONU. Baptisée Misma (Mission internationale de soutien au Mali), cette unité sera dirigée par un général nigérian, Shehu Abdulkadir.

Le Nigeria doit fournir 900 hommes, et les premiers arriveront « dans les prochaines 24 heures », selon Abuja. Le Niger, le Burkina Faso, le Togo et le Sénégal ont également annoncé l’envoi d’environ 500 hommes, le Bénin 300, la Guinée et le Ghana une centaine chacun.

Bébés « Hollande » et drapeaux français

Dans le nord du Mali, contrôlé depuis plus de neuf mois par les jihadistes, ceux-ci ont largement abandonné leurs fiefs, comme à Tombouctou: « Les moujahidine sont partis, ils ont vraiment peur », a noté un résident de cette ville-phare de la culture musulmane en Afrique, où les jihadistes avaient détruit de nombreux mausolées.

Les jihadistes évoquent pour leur part un simple « retrait tactique ». Et à Gao (1.200 km au nord de Bamako), ils ont coupé les télécommunications fixes et portables, afin d’éviter que les habitants ne donnent des informations aux militaires maliens et français, a-t-on appris auprès d’habitants.

Plusieurs positions de combattants islamistes dans le centre de Gao et sa périphérie ont été la cible dimanche de bombardements d’avions de combat Rafale, qui ont notamment détruit des camps d’entraînement et des dépôts logistiques.

jpg_une-1363.jpgL’intervention française a suscité l’enthousiasme à Bamako, où les commerçants ont même signalé mardi une « pénurie » de drapeaux français. Plusieurs médias maliens ont même rapporté que des enfants nés ces derniers jours ont été prénommés « Hollande ».

Mais le secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) Ekmeleddin Ihsanoglu a appelé mardi à un « cessez-le-feu immédiat » au Mali, membre de l’organisation, et à un retour aux négociations avec les islamistes.

Près de 150.000 personnes fuyant le conflit se sont réfugiées dans les pays voisins et le nombre de personnes déplacées dans le pays est proche de 230.000, selon l’ONU.

Une réunion sur la situation humanitaire et des droits de l’homme au Mali est prévue jeudi au Centre de crise du Quai d’Orsay à Paris en présence d’ONG, a indiqué mardi le ministère des Affaires étrangères au moment où plusieurs d’entre elles exprimaient des inquiétudes.

A Bamako, l’ambassadeur de France Christian Rouyer devait aussi réunir des ONG à l’ambassade, a indiqué Philippe Lalliot, porte-parole du ministre français des Affaires étrangères dans un point-presse, sans préciser de date.

Les réunions de Paris et Bamako sont annoncées alors que plusieurs ONG ont fait état de leurs préoccupations en matière de défense des droits de l’homme et de risques d’exactions accrus.

© AFP – le 16/01/2013 – 08:26