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Dans tout autre pays, en dépit de son rôle de pompier et non de sauveur dans les événements de mars 1991, ATT n’aurait pu revenir une 2e fois à la suite de l’abaissement qu’il a fait du pays sur la scène internationale de 2002 à 2007.

Bien que persuadé que les élections ne servent à rien et coûtent inutilement cher au pays, sauf à faire remplacer une bourgeoisie par une autre, le peuple de ce pays a le regard tourné vers l’échéance électorale de 2012. En total déphasage avec son peuple, le pouvoir exécutif, sans doute pas trop pressé de rendre le tablier, traîne les pieds et, au lieu de prendre à bras le corps la préparation des consultations électorales prochaines, propose des réformes constitutionnelles qui ne sont d’aucune urgence.

Il est vrai que nous avons été quelque peu secourus par le contexte international et sous-régional qui a sonné le glas des dictatures et des présidents à vie au Niger, en Côte d’Ivoire et même au Burkina Faso où Blaise Compaoré a perdu de sa superbe et n’assure plus qu’un régime sursitaire.

Le soutien plus que mou d’ATT à Alassane Dramane Ouattara, le président ivoirien démocratiquement élu et reconnu par la communauté internationale et ses clins d’œil à Laurent Gbagbo, le dictateur de la lagune Ebrié, ont été suffisamment remarqués par les observateurs étrangers pour conclure que le général malien jouait sur la division de la classe politique pour se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat constitutionnel.

Dans tout autre pays, en dépit de son rôle de pompier et non de sauveur dans les événements de mars 1991, ATT n’aurait pu revenir une 2e fois à la suite de l’abaissement qu’il a fait du pays sur la scène internationale de 2002 à 2007. Si donc il a pu le faire et mater la classe politique de la manière que l’on sait, ce fut en partie grâce à l’immaturité politique de celle-ci.

Ayant réussi à installer le monolithisme sur aucune idéologie à par l’affairisme, il n’eut aucune peine, dans la moitié de son 2e mandat, à asseoir la restauration parce qu’on voit aujourd’hui que presque tous les anciens dignitaires de l’UDPM sont relogés aux affaires et que tous les vieux chevaux de retour sont installés à nouveau aux commandes de l’Etat.

Tout ce beau travail (immonde en réalité) fut accompli avec des politiciens de la 25e heure qui n’ont appris cet art ni à l’école où cela n’est pas enseigné ni dans les rangs d’un parti politique où habituellement cette formation est assurée. Au sein de cette classe politique se réclamant du général, nombreux sont ceux qui prennent leurs concitoyens, au mieux pour du bétail électoral, au pire pour un peuple archaïque d’ignares juste bon pour l’exploitation économique.

Mais ce faisant, étant issus eux-mêmes de ce même peuple, ils n’en démontrent pas moins leur propre inculture parce que seule l’ancienne scolastique par laquelle certains sont passés en trichant leur permet, en utilisant une langue étrangère, de spolier leurs propres frères et de les étouffer.

Trahisons

Par des calcules diaboliques ils sont arrivés à mettre dans la tête du président qu’il faut revenir sur les institutions de 1992 sans doute parce que des têtes bien pensantes de ce cercle ont flirté avec l’ancien régime et ont en horreur la Constitution de février 1992. Sur les fameuses réformes constitutionnelles envisagées par la Commission Daba Diawara et que les membres de celle-ci éprouvent toute la peine du monde à argumenter, il y a tromperie sur la marchandise sur au moins les 2/3. Si ladite Commission a fait un travail de professionnels, ses conclusions sont diamétralement opposées aux aspirations légitimes du peuple qui, du reste, n’est pas demandeur.

L’augmentation du nombre des régions est pratiquement un faux problème pour la simple raison que 8 régions pour un pays aussi vaste que le nôtre, mais qui n’a pas de gros moyens, c’est juste la bonne moyenne au moins pour des raisons budgétaires. Mais si le gouvernement décide d’en augmenter le nombre, c’est probablement pour faire plaisir à certains dignitaires du régime actuel dont les localités sont défavorisées par la configuration actuelle.

En 1996, lors de la création des communes, des hommes du pouvoir avaient posé les mêmes exigences et des communes artificielles, taillées sur mesure, avaient vu le jour, qui sont maintenant quasiment sous perfusion ou sous tutelle par manque de moyens pour fonctionner.

Mais le plus gros problème de la réforme sera sans nul doute la transformation de notre monocaméralisme en bicaméralisme avec l’avènement d’un Sénat en lieu et place du Haut conseil des collectivités territoriales. Si les gens en sont inquiets, c’est à cause de son coût financier exclusivement.

Il faut savoir que les conseillers territoriaux sont élus au suffrage universel et remplissent bien leur rôle en dépit de ce qu’on leur impute comme manque d’initiative et de mutisme. Mais les fameux sénateurs ne seront pas élus au suffrage universel mais bien au suffrage indirect par les députés. Nous aurons donc une chambre pleine d’anciennes personnalités politiques et de vieux dignitaires de toutes les Républiques : ex-chefs d’Etat (pourquoi pas ?) ex-ministres, ex-gouverneurs, ex-directeurs nationaux et généraux… Bref le refuge de tous les retraités politiques et des professionnels de hautes fonctions de l’Etat qui seront à la charge du contribuable malien pour un travail qui n’a pas été forcément visible.

Il ne faut pas se voiler la face : les sénateurs, qui ne seront que des parasites politiques, coûteront au peuple les yeux de la tête pour leur entretien très très onéreux.

Yiriba

02 Août 2011.