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Il n’y a plus de doute que le Mali doit inéluctablement faire la guerre aux jihadistes, en attendant l’arrivée probable de forces étrangères. Les récents affrontements sur la ligne de démarcation entre le Sud et le Nord attestent que le dialogue n’a plus sa place avec des belligérants indignes de foi comme Ançar Eddine.

En remettant mardi dernier le drapeau national aux Aigles du Mali, le président de la République les a envoyés en « mission commandée » en Afrique du Sud. Pr. Dioncounda Traoré voulait dire aux protégés du technicien Français Patrice Carteron qu’ils ont le devoir de laver sportivement, au pays de Nelson Mandela, l’affront fait à notre pays ces temps-ci.

La mission des Aigles est identique à celle de l’armée, car les deux se distinguent par une obligation de résultats. Comme les Aigles, tout l’espoir du peuple repose aujourd’hui sur son armée ; une Grande muette qui a eu suffisamment de temps pour panser beaucoup de ses plaies de l’avant et de l’après ATT.

Les islamistes d’Ançar Eddine et leurs complices d’Aqmi et du Mujao viennent de lancer un autre défi au Mali, celui de la sauvegarde du Sud après la chute. Sur les plans technique et tactique, l’on dispose de peu d’informations fiables sur notre armée. Une situation que l’on comprend aisément vu la sensibilité des renseignements en de circonstances similaires.

Contre tous ses engagements antérieurs, Ançar Eddine vient de déclarer la guerre au Mali. Iyad Ag Ghali a donné raison à ceux qui avaient émis des doutes sur sa sincérité dans les négociations avec Bamako sur la base que son groupe est indissociable des jihadistes d’Aqmi et du Mujao. C’est d’ailleurs ces trois mouvements qui occupent les premières lignes de l’offensive contre les positions de notre armée.

Procédés obscurs

Maintenant, il appartient aux autorités maliennes de transition d’en tirer les conséquences avec le déclenchement effectif d’une guerre désormais inévitable. Surtout que le président du CMSRFDS a, lors d’une visite le 3 décembre 2012 au Groupement mobile de sécurité (GMS) et au Camp des gardes de N’Tomikorobougou, assuré que l’armée malienne était prête à s’acquitter de son devoir avec ou sans l’appui de forces étrangères. Amadou Haya Sanogo doit donc prouver aux Maliens que ses propos n’étaient pas vains et qu’en tant que militaire, il est utile à sa patrie.

Cependant, Bamako doit faire attention au double jeu de la médiation de la Cédéao conduite par le Burkina Faso. Blaise Compaoré a toujours émis le vœu de « récupérer » Ançar Eddine, un « groupe malien » différent des autres mouvements terroristes qui sévissent au nord. Ce qui suppose l’intensification des négociations avec Iyad Ag Ghali et ses compagnons. N’ayant jamais fait mystère de son souhait de voir le Mali réunifié, le président Compaoré reste toujours sur sa position, du moins si l’on s’en tient aux propos de son émissaire au président Dioncounda Traoré.

En visite mercredi dernier à Bamako, Djibrill Bassolé, ministre burkinabé des Affaires étrangères, a invité les « parties belligérantes » à la retenue et à la création de « conditions de confiance et de sérénité propices à la tenue d’un dialogue constructif de paix ». Mais le président Compaoré oublie au passage que l’on ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Les négociations avec Iyad Ag Ghali ne contribueront pas à la libération du Nord. A travers ce nième revirement, Ançar Eddine a démontré que seule la force armée peut lui faire entendre raison.

Quid de l’Algérie ? Il y a seulement quelques semaines que les Maliens ont décrié la médiation parallèle d’Alger. Dans une très grande atmosphère de suspicion, le régime du président Bouteflika avait tenté de convaincre Ançar Eddine de renoncer à la violence alors que la Cédéao s’était engagée dans la même démarche. Cette méthode d’Alger a elle-aussi fini par produire le résultat que l’on connaît aujourd’hui. Que faut-il donc faire ?

Pour l’heure, les Maliens doivent faire l’union sacrée autour de la Grande muette et des autorités de la transition au lieu des mouvements de colère inutiles. Nous devons compter sur nous-mêmes d’abord et sur notre armée, qui doit faire face à nos ennemis, en attendant probablement l’arrivée de troupes étrangères. En réalité, les autres ne nous viendront en aide que si nous commençons nous-mêmes le travail.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Echos du 11 Janvier 2013