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Face aux rumeurs les plus folles, justifiées ou non, qui circulent sur la situation actuelle de la ville de Kidal, il est temps, me semble-t-il, grand temps, pour le gouvernement, de communiquer pour rassurer l’ensemble des populations maliennes.

Communiquer pour rassurer, mais aussi pour éviter des coups de sang chez le peuple et son armée, coups de sang ardemment recherchés par le MNLA et ses complices, mais susceptibles de remettre en cause beaucoup de nos acquis majeurs, car il ne faut pas se faire d’illusions, notre situation est très précaire. Il suffit d’une étincelle pour remettre le compteur à zéro, y compris celui en cours du processus de normalisation politique.

Mieux communiquer et apaiser pour plusieurs raisons. La première est d’éviter à notre pays de tomber dans les multiples pièges que le MNLA, de sa création à nos jours, n’arrête de lui tendre, et ce dans le seul but de parvenir à ses fins, à tout prix : la division de la nation malienne.

En effet, honni, banni par ceux-là mêmes qu’il prétend défendre (les populations « blanches » des régions Nord du Mali), ayant échoué sur tous les fronts (militaire, diplomatique), le MNLA, revenu de ses cendres à la faveur de l’intervention française (la réponse revient aux Français), le MNLA donc veut maintenant imposer une guerre ethnique et raciale au Mali.

Toute chose que notre histoire multiséculaire n’avait auparavant jamais connue. De mémoire d’homme, il n’y a jamais eu, depuis la chute de l’Empire du Ghana, sur cette terre du Mali, une guerre opposant exclusivement une ethnie à une autre, une race à une autre. Il y a certes eu des affrontements sporadiques entre éleveurs et sédentaires, mais sans que cela ait pris l’ampleur d’une guerre ethnique ou raciale. Même les guerres à caractère religieux que notre pays a connues de par le passé comme celles d’El hadj Omar Tall et de l’Almamy Samory Touré, n’ont jamais opposé, de façon exclusive, une race ou une ethnie à une autre.

Les descendants d’esclaves dont on parle peu, les Bellah et autres populations noires du Sahara, originaires du Sud du pays, n’ont jamais été pris lors de batailles rangées opposant les populations noires aux populations blanches. Leurs ancêtres ont été soient enlevés lors de razzias sur les villages sédentaires ou vendus, tout comme le fut Kunta Kinté dans Racines et tant d’autres.

Il y a certes eu des guerres de religions (guerres omariennes contre les Bambara et autres peuples animistes, guerre de la naissance du royaume du Macina, les guerres samoriennes…), mais aucune de ces guerres, de mon point de vue, n’a opposé une ethnie à une autre, une race à une autre.

Par exemple, il y avait des officiers bambaras dans l’armée d’El hadj Omar Tall, des officiers bambaras dans l’armée de Cheikou Ahmadou Barry lors de la fameuse bataille de Nakuma, officiers et soldats sans doute convertis à l’islamisme. Le fameux Djadjiri, héro des batailles de Woïtala et de Ségou (que chantent de nos jours encore les griots) était un Bambara Massassi, les mêmes Massassis qui avaient vaillamment combattu El hadj Omar Tall dans le Kaarta…

C’est pour dire que par ses provocations verbales et les actes qu’il pose ces derniers temps dans la ville de Kidal, le MNLA et ses complices veulent pousser le peuple malien et son armée dans leur piège diabolique : à bout de nerfs, pousser l’armée à se soustraire du contrôle des politiques pour réagir – agir à sa tête -, d’une part et d’autre part, pousser les populations noires à commettre des exactions sur les populations blanches.

L’une comme l’autre, ces éventualités pourraient nous mener droit dans le mur, car nous avons face à nous des gens qui n’ont rien à perdre, ayant déjà tout perdu, à commencer par l’estime de leur propre communauté, qu’ils veulent sacrifier sur l’autel de leurs ambitions folles. De telles personnes ne reculeront devant rien, rien que pour sauver leur tête face à la justice malienne et internationale auxquelles elles rendront compte si un accord politique ne les met pas à l’abri.

Pièges machiavéliques

Il faut que nous gardions à l’esprit que malgré toutes les tares du régime d’ATT, la démocratie malienne aurait tant bien que mal continué son bonhomme de chemin sans le coup de boutoir bien calculé que le même MNLA et ses alliées d’Aqmi, Mujao et autres lui ont assené en déclenchant, en janvier 2012, leur rébellion armée.

Il faut tout aussi que nous gardions à l’esprit qu’à chaque tournant décisif de l’Histoire du Mali indépendant, le même problème, comme par hasard, se reproduit : la rébellion de 1962-1963, comme par hasard, s’est déclenché dans le sillage de la création du franc malien. Celle de 1990, dans la foulée des luttes du Mouvement démocratique pour l’instauration du multipartisme. La rébellion de 2006 visait à tirer parti des élections générales de 2007.

Enfin, ce n’est pas par hasard que le MNLA ait lancé ses hostilités en janvier 2012, à la veille d’autres élections générales où l’incertitude planait sur la tête d’un Etat de surcroît très fragilisé par la corruption et la gabegie, où l’armée ne représentait plus que son ombre. Une situation d’anomie généralisée…

Il n’est un secret pour personne que malgré les boucans, il n’y a pas, ou presque pas à Kidal, de combattants MNLA capables de faire face aux troupes maliennes. C’est donc la population civile que ce dernier veut utiliser comme bouclier humain afin de brandir, comme il est de coutume chez lui « ses preuves matérielles d’un génocide programmé » contre ce qu’il appelle « les populations azawadiennes », entendez « blanches ». Et vouloir démontrer ainsi que « nous ne pouvons pas vivre ensemble sur le même territoire ».

Si cela arrivait, par malheur, non seulement l’armée malienne serait « éclaboussée », mais aussi la France en tant que puissance ayant appuyé le Mali dans la reconquête de son territoire. Toute chose qui remettrait en cause les immenses sacrifices que le peuple malien a déjà consentis pour le recouvrement de son intégrité territoriale.

Il ne faudrait donc pas que notre armée tombe dans le piège de la provocation. Quand on a un dessein plus élevé et qu’on fait face à des gens sans foi ni loi, qui n’ont aucune honte à mentir, à dire et à se dédire du jour au lendemain, il faut savoir faire preuve de sang-froid et laisser les se prendre dans leurs propres pièges machiavéliques.

Par ces mêmes actes de provocations, des crimes innommables pour tout dire, le MNLA veut pousser les populations noires du Mali à commettre des exactions contre leurs compatriotes à peau blanche. Dans l’un comme dans l’autre cas, c’est le même objectif qui est visé : prouver au monde entier que le problème du Mali est un problème de race, et du coup exiger la scission du pays sous l’égide de la communauté internationale.

Je donne ma main à couper que c’est dans le même dessein que le MNLA s’est allié aux terroristes : obtenir par tous les moyens une intervention internationale au Mali, laquelle, quelle qu’elle soit, allait leur donner voix au chapitre, leur donner la légitimité qu’ils n’ont jamais eue.

Dans la situation actuelle, surtout concernant la ville de Kidal, il faudrait aussi, s’ils ne veulent pas voir tous les efforts qu’ils ont déjà fournis pour la stabilité de notre pays, il faudrait que la France et le médiateur mettent la pression sur le MNLA afin de l’obliger à mettre fin à ses surenchères et ses actes de provocation. Car, comme le dit si bien un adage du Mali, le cœur n’est pas comme le genou pour se plier à tous les coups. Tout peut échapper aux politiques, la population comme l’armée, surtout que nous sommes dans une transition.

Bassakoro Diarra

(écrivain)

Les Échos du 05 Juin 2013