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Le président de la République semble généreux dans l’effort, mais IBK a besoin d’ajuster ses approches pour ne pas rater ses cibles. Cela l’aiderait certainement à éviter les pièges et répondre aux attentes des Maliens.

jpg_une-2285.jpgLe président de la République fait face à des défis énormes. A en croire son entourage, l’homme verse constamment dans la réflexion sur la façon dont il doit surmonter les multiples obstacles qui se dressent sur son chemin. En février 1994, quand le président Konaré a jeté son dévolu sur lui pour conduire les destinées du gouvernement, le chantier était immense, mais IBK avait tenu bon.

En août 2013, le peuple malien se confie à lui en l’élisant à la magistrature suprême. La charge cette fois-ci est plus lourde avec des challenges transfrontaliers à un moment critique dans la vie du Mali. Seulement deux mois se sont écoulés depuis sa prise de fonction, mais pendant ce temps, les événements n’ont pas épargné le Mali. Ce qui fait ressortir des indicateurs plus ou mois évocateurs de ce l’on pourrait voir dans les mois à venir.

La fermeté doit être l’une des ritournelles du Mali d’aujourd’hui. IBK en a fait preuve lors de la mutinerie du 30 septembre dernier au camp militaire de Kati, l’ancien camp des ex-mutins. Contraint d’écourter sa visite dans l’Hexagone, le chef de l’Etat, dès son retour au pays, a, dans une adresse à la nation, lancé un message fort aux soldats frondeurs et à la hiérarchie militaire.

Le chef suprême des armées semble avoir été entendu parce que les autorités ont rapidement freiné cette mutinerie même s’il y a des zones d’ombre sur lesquelles les Maliens souhaitent savoir. Idem pour tous les événements malheureux qui ont secoué l’armée malienne de mars 2012 à aujourd’hui. C’est à ce niveau que le régime IBK semble traîner un peu les pieds. Ce qui est d’autant plus vrai que les accusations de connivence entre Koulouba et l’ex-junte sont légions sans que le pouvoir les démente formellement à travers des mots ou des actes.

Quand des milliers de nos compatriotes sont convaincus que le général Sanogo bénéficie d’avantages « illégaux », il est de la responsabilité de l’Etat de fournir des arguments contraires. Il ne faudrait négliger aucun détail ou laisser les problèmes s’amplifier avant de réagir.

Car la situation actuelle du Mali est l’une des résultantes de la légèreté coupable du défunt régime ATT et du sentiment de délaissement des citoyens par les autorités de l’époque. Il serait dangereux de donner l’impression au peuple qu’on lui met de la poudre aux yeux. D’ailleurs, les échanges doivent permanents entre les autorités et les forces vives de la nation, particulièrement les partis politiques.

Contraindre le MNLA et alliés

Comme l’a récemment avoué l’ancienne ministre et militante politique Mme Sy Kadiatou Sow, « IBK gagnerait à consulter davantage les forces politiques maliennes ». Un avis partagé par le leader de l’Union pour la République et la démocratie (URD), Soumaïla Cissé.

Nous sommes à quelques jours des élections législatives et il faudrait dès maintenant établir un cadre de dialogue fécond avec tous les acteurs politiques pour qu’au sortir de ce scrutin, le pays puisse amorcer une nouvelle phase de sa reconstruction avec des idées et propositions novatrices. Etre dans l’opposition ne serait aucunement synonyme d’animosité, mais de débats constructifs autour des maux de notre pays, qui n’a nullement besoin du genre de « majorité présidentielle » que nous avons connue durant les dix dernières années.

En quête d’ascension sociale, beaucoup d’hommes politiques se sont naturellement rangés derrière IBK. Toutefois, ce dernier devrait les écouter au même titre que ceux qui ne partagent pas sa vision des choses. Ce qui renforcerait notre démocratie et nous éloignerait d’un autre syndrome ATT.

Cependant, le dialogue entre Bamako et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et ses associés n’est pas des plus fructueux. L’Etat a fait beaucoup de concessions aux groupes rebelles, y compris la libération de prisonniers coupables de crimes. Mais il est évident que la situation ne s’améliore pas.

Kidal est devenu un territoire contrôlé par le MNLA, qui y règne en maître absolu. Et l’Etat du Mali assiste impuissant aux supercheries du MNLA et de ses soutiens externes. Selon l’accord signé la semaine dernière à Ouagadougou entre les rebelles et le gouvernement malien, le MNLA doit passer le témoin à l’Etat à Kidal, en vidant d’abord les locaux du gouvernement et de l’ORTM.

Un changement plus que nécessaire à un pas des élections législatives. Mais, le retour de Kidal sous tutelle du Mali est plus ou moins probable en ce sens que ces mouvements rebelles se sont toujours joués de Bamako, avec l’appui inavoué de puissances extérieures. Dans ces conditions, Bamako doit avoir ses propres plans avant de solliciter l’accompagnement des partenaires de bonne foi.

Si la présidentielle a été symbolique à Kidal par la faute de ces mêmes fossoyeurs de la nation, le scrutin législatif doit être exemplaire dans le but de donner toute la légitimité requise non seulement aux élus qui en sortiront mais aussi au futur parlement. C’est pourquoi, IBK doit hausser le ton. L’expression du ras-le-bol de nos autorités pousserait la France à revoir sa position vis-à-vis du MNLA.

Surtout que les enquêtes sur l’assassinat des deux envoyés spéciaux de RFI accablent clairement le groupe rebelle. Aussi, la communauté internationale prendra plus conscience de la nécessité de boucler rapidement l’installation des forces de la Minusma, qui est dans un besoin cruel d’hommes et d’équipements.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Echos du 15 Novembre 2013