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Aujourd’hui, il recevra les clés du palais de Koulouba, auréolé de sa large victoire au second tour de la présidentielle. Devant un parterre d’invités, il prêtera serment devant les hauts magistrats de la Cour suprême, les verres clairs des ses lunettes sans doute un peu embués par les larmes de l’émotion. Les convives applaudiront à tout rompre, s’ensuivront de chaudes accolades de privilégiés qui s’accrocheront aux épaules qui viennent de recevoir une charge encore plus lourde.

L’exultation passé, il pourrait se sentir bien seul pour reconstruire la maison-Mali car, nous ne cesserons jamais de le répéter, ce seront des travaux d’Hercule qui attendent le nouveau président malien. Et en sont conscients ses compatriotes, à commencer par le président intérimaire Dioncounda Traoré qui, lors de son dernier séjour à Ouagadougou, semblait afficher le net souci de lui baliser le terrain afin qu’il y ait moins d’embûches sur son parcours.

«…C’est un devoir pour moi de régler certains problèmes avant l’arrivée d’Ibrahim Boubacar Kéita. Je ne veux pas qu’une fois investi, il ait à s’occuper de problèmes qui, à mon avis, devraient relever du passé. Son agenda sera extrêmement chargé et il aura à régler des questions d’autre nature», confessait-il pour justifier, entre autres, l’élévation du capitaine Sanogo au grade de général.

Gérer la question sécuritaire et relancer l’économie seront les principales priorités du nouvel impétrant. Et pour cela, la contribution de la communauté internationale sera d’un grand recours. Qu’elle ne l’abandonne surtout pas au milieu du gué et que le mécanisme de décaissement des trois millions d’euros promis par Bruxelles se mette vite en mouvement.

La convalescence d’un Etat exsangue par la guerre prenant du temps, il sied aussi que se fasse au plus vite le déploiement des 12 000 casques bleus de la MINUSMA, cette force onusienne ayant pour mandat de stabiliser la situation dans les principales agglomérations et de contribuer au rétablissement de l’autorité de l’Etat dans tout le pays. L’idéal sera d’accompagner ce président démocratiquement élu tout au long de son mandat.

Ibrahim Boubacar Kéita doit également faire de la question touarègue une affaire d’Etat, cette épine du désert qui a toujours mis à mal l’intégrité territoriale, avec certainement une stratégie de négociation plus hardie. En effet, l’on a beau s’étriper longtemps, arrivera forcément un jour où il faille s’asseoir pour beaucoup discuter, surtout devant une incompréhension vieille de plus d’un demi-siècle. L’autre grand chantier de celui qui est né en 1946 à Koutiala dans la région de Sikasso, c’est la réforme de l’armée.

Difficile à manœuvrer est cette grande muette aux généraux pléthoriques qu’il faut former et discipliner. Pour les relations de bon voisinage et les rapports cordiaux avec l’Etranger, souhaitons que la maîtrise d’Histoire et le diplôme d’études approfondies en Politique et Relations internationales du nouveau président malien lui soient d’un grand secours.

Déjà, dans ce registre, il commencé à tracer les sillons à travers une visite au Tchad, pour remercier Idriss Déby de son soutien militaire, au Burkina Faso où il est passé dire également «Merci !» au président Blaise Compaoré pour sa médiation. Si le parcours classique est respecté, ce sera bientôt un voyage d’Etat en France. «Un président africain comme les autres!», peuvent bien railler ses contempteurs qui feraient dans le chauvinisme de mauvais aloi, feignant d’oublier que si le Mali est débout aujourd’hui, c’est surtout grâce à la communauté internationale.

Voilà donc IBK à l’épreuve et au pied de la colline du pouvoir.

Issa K. Barry

Mardi, 03 Septembre 2013 20:28

Source : L’Obseravateur Palaaga