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Serait-ce la fin de l’idylle à peine naissante entre le Mali et la France ? Les événements de ces derniers jours inclinent fortement à le croire. A la proposition du président français François Hollande de laisser l’administration entrer à Kidal avant l’armée, le gouvernement malien réplique : « la présence de l’armée à Kidal n’est pas négociable ».

Paris et Bamako ne souffleraient-ils plus dans la même trompette ? C’est évident. Et la complaisance de la France à l’égard du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), de plus en plus visible comme un nez au milieu d’un visage, y est pour beaucoup.

La hardiesse dont font montre les séparatistes du MNLA à l’égard de l’Etat malien s’adosse sur le soutien des Français. Il n’y a qu’à observer le traitement de l’information dans les médias français pour s’en rendre compte. Pour évoquer la situation de Kidal, RFI utilise ce que les politiques appellent les « éléments de langage ».

Les auditeurs de cette radio française l’ont sans doute remarqué. La formule est serinée à chaque édition d’information : « le MNLA refuse la présence de l’armée malienne à Kidal ». Histoire de faire croire que la France n’y est pour rien. Mais ce mensonge ne saurait prospérer.

Surtout que les Maliens ont bien compris qu’il y a deux poids deux mesures dans le traitement de l’information sur le Mali. Quand il s’agit des agissements pendables des groupes armés touaregs, RFI fait le minimum syndical. On trouve des explications « logiques ».

On oublie le mot exaction. Christine Muratet, sa grande spécialiste des exactions, perd sa langue. Les violences ont des noms différents selon qu’elles soient perpétrées par l’armée malienne et par les groupes armés touareg.

RFI est la partie visible de l’iceberg de la médisance à l’égard du Mali dans la presse française depuis le déclenchement de cette crise. Chercher dans les médias français un article ou une émission qui critique les velléités irrédentistes des groupes armés, revient à trouver une aiguille dans une botte de foin.

Manichéisme

Rien ne semble gêner nos excellents confrères français dans le comportement des indépendantistes touareg. Pas même leur versatilité, leurs accointances avec les jihadistes. Par contre, ils n’épargnent le Mali d’aucun dénigrement. A les entendre, les Maliens sont des corrompus, incapables de défendre leur territoire.

Il faut dire que la presse occidentale est coutumière du manichéisme dans le traitement des foyers de tension à travers le monde. Les protagonistes sont blancs ou noirs selon le sens de la sympathie occidentale. Au Mali, les groupes armés touareg sont des anges ; l’armée malienne est un ramassis de sauvages qui massacrent des populations civiles.

C’est dans la détresse que le Mali a été obligé de faire appel à la France. Nous étions comme des naufragés à qui l’on tendait une perche chauffée à blanc. Cette situation peut arriver à tous les pays. Ce n’est pas la France qui dira le contraire. Elle qui a bénéficié du sacrifice des millions de soldats de tous les continents pour la délivrer du joug allemand.

Personne n’a taxé les Français à l’époque de pleutres ayant laissé envahir leur territoire. Qu’en penseraient les Français si les Anglo-américains qui dirigeaient les opérations militaires durant la Seconde Guerre mondiale en France, avaient favorisé l’irrédentisme en Alsace-Loraine ?

Nos amis français sont sensibles aux idées indépendantistes quand elles ne proviennent pas de chez eux.

Les officines qui s’activent au Mali pour sauver « les Hommes bleus, une race en voie de disparition du fait de l’envahissement des hordes des Noirs », sont étonnamment sourdes aux aspirations à l’autodétermination des peuples corses, basques, kanaks de la Nouvelle-Calédonie. Les protestations françaises n’ont échappé à personne quand l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 17 mai dernier une résolution plaçant la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser.

Pourtant la France est championne dans le soutien aux séparatistes dans le monde. Dans les années 1960, elle était très active dans le soutien aux indépendantistes biafrais au Nigeria. De même qu’en RD Congo à la même époque.

Plus récemment, que n’a-t-elle fait pour soutenir les rebelles du Darfour contre le gouvernement soudanais ? Elle a été pour beaucoup – aux côté des Américains – dans la création d’un Etat au sud Soudan. Que dire de la légende fabriquée par la presse française sur le commandant Marcos au Mexique, prétendument présenté comme le porte-étendard de la lutte du petit peuple rural oppressé.

Les Maliens sont gênés de devoir ravaler si tôt l’amour qu’ils éprouvent pour la France. Dommage que ce formidable capital de sympathie s’érode par les vents du désert de Kidal. Le prix Houphouët-Boigny de François Hollande aurait dû être décerné dans un contexte moins tendu. Mais le soutien aux indépendantistes est peut-être plus important que tout ça pour nos sauveurs.

Bréhima Touré

Les Échos du 05 Juin 2013