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Depuis le lundi 20 août 2012, le Mali, pays en proie à une crise sociopolitique sans précédent, a un nouveau gouvernement. Ce gouvernement « d’union nationale » est composé de 31 membres dont quatre femmes. Cette nouvelle équipe, qui intègre la quasi-totalité des regroupements politiques du pays, est toujours dirigée par le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, maintenu à son poste en dépit des contestations. La plupart des 24 membres du précédent gouvernement ont été reconduits et de nouvelles têtes aussi ont fait leur entrée au sein de la nouvelle équipe. Des représentants de la classe politique, de la société civile et des partisans du chef de l’ex-junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo y sont présents.. Les ministères de la Défense, de la Sécurité intérieure et de l’Administration sont toujours aux mains des forces armées.

Toutefois, quelques changements ont été opérés : certains départements ministériels ont été scindés à l’image du ministère de la Poste et de la Communication et des Nouvelles technologies qui devient celui de la communication, d’une part et la Poste et des Nouvelles technologies d’autre part. Aussi un ministère des Affaires religieuses et du Culte a été créé.

A la vérité, et c’est connu de tous, le nouveau gouvernement d’ « union nationale » malien est une exigence de la Communauté économoque des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Face à la cacophonie et aux incertitudes qui régnaient à Bamako, l’institution avait brandit des menaces, imposant même un ultimatum aux autorités maliennes, pour obtenir la formation d’un gouvernement « d’union nationale ». La date butoir du 31 juillet avait été imposée au président par intérim du Mali, Dioncouda Traoré, par les dirigeants de l’Afrique de l’Ouest, avant d’être prolongée de 10 jours. La CEDEAO entendait ainsi en finir (définitivement ?) avec le rétablissement de l’ordre constitutionnel à Bamako, condition première à la reconquête de la partie Nord du Mali, occupée par des groupes islamistes armés, suite au coup d’Etat du 22 mars 2012.

Avec la formation de la nouvelle équipe gouvernementale, et on est en droit de l’espérer, les autorités maliennes ne devraient plus tergiverser à Bamako, mais plutôt consacrer leurs énergies pour reprendre le Nord. Et c’est ce à quoi le nouveau gouvernement entend s’atteler, à la satisfaction de la CEDEAO qui n’en peut plus de constater les exactions commises dans le Nord.

Il ne faut pas se voiler la face, on a trop perdu du temps à « normaliser » la situation à Bamako que la formation du nouveau gouvernement, reflétant toutes les sensibilités politiques, est à saluer à sa juste valeur. En toute logique, c’est une démarche qui permettra aux autorités maliennes de mieux s’organiser pour casser du rebelle au Nord. Et c’est sur ce terrain qu’elles sont fortement attendues.

Là-dessus, elles ont pleinement conscience et savent à quoi s’en tenir. Seulement, une inquiétude se pose, en ce sens que les autorités maliennes ne veulent pas d’une intervention de la CEDEAO sur leur territoire, alors que l’armée nationale est désorganisée, pour ne pas dire divisée et sans grand moyens logistiques.

Elles ne veulent visiblement pas le déploiement des 3 000 éléments de la CEDEAO au Mali, pour la sécurisation des institutions dans la capitale et éventuellement la reconquête du Nord, aux mains des intégristes, partisans de la charia (loi islamique). Même s’il admet que son pays pourrait bénéficier de l’expertise de la CEDEAO et de l’appui des pays occidentaux en terme d’aviation et de logistique, le chef d’Etat-major de l’armée malienne, le colonel-major Ibrahima Dembélé reste convaincu que « personne ne fera la guerre à la place des Maliens ».

On comprend bien l’orgueil de militaire de ce haut gradé de l’armée malienne, mais l’assise des islamistes dans le Nord, vaste zone désertique et leurs moyens de combat non négligeables ont de quoi nourrir le scepticisme. L’armée malienne est souveraine, et c’est incontestable, mais elle a besoin d’hommes et de moyens logistiques en quantité importante pour réunifier le pays. Cette donne doit être placée au dessus du patriotisme pour la reconquête du Nord, tâche qui peut être envisagée maintenant avec sérénité par le gouvernement d’union nationale.

Kader Patrick KARANTAO (Stkaderonline@yahoo.fr)

Sidwaya

22 Août 2012
Source : Lefaso.net