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Bamako (AFP) – Des représentants de rebelles touareg reçus à Bamako ont parlé de paix avec le président, dans un contexte de tensions sécuritaires dans la région de Kidal (nord-est) où une bombe artisanale a été découverte et des agents électoraux retenus otages pendant plusieurs heures.

jpg_une-1942.jpgDes groupes armés touareg et noirs se sont engagés par ailleurs engagés à permettre la tenue dans de bonnes conditions de l’élection présidentielle de dimanche dans l’ensemble du pays.

Avec le président Dioncounda Traoré, « nous avons parlé de la paix, nous avons parlé de la réconciliation », « j’appelle à tous les fils de ce pays (…) à oeuvrer à trouver une solution aux rébellions récurrentes », avait auparavant déclaré au nom des délégués touareg Ibrahim Ag Mahmoud Assaleh à l’issue de l’audience à la résidence présidentielle.

Une grande discrétion a entouré jusqu’à la dernière minute cette rencontre, à laquelle ont participé sept membres du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), signataires d’un accord de paix avec le gouvernement malien le 18 juin à Ouagadougou.

Les représentants des groupes rebelles touareg sont généralement basés dans le nord du Mali, notamment leur fief de Kidal ou à l’étranger.

Les discussions de dimanche doivent être suivies lundi à Bamako d' »une réunion de suivi-évaluation des accords de Ouagadougou », selon leur porte-parole.

Le MNLA avait pris le contrôle de Kidal en février 2013, à la faveur de l’intervention de l’armée française en janvier 2013 qui avait permis de chasser ses anciens alliés jihadistes.

Les rebelles touareg ont refusé la présence de l’armée et de l’administration maliennes à Kidal jusqu’à la signature de l’accord de Ouagadougou, qui a permis le cantonnement dans la ville de ses hommes, en parallèle avec l’arrivée début juillet de 150 soldats maliens, puis du retour de l’Administration.jpg_une-1943.jpg

L’audience présidentielle s’est déroulée dans un contexte de tensions sécuritaires dans la région de Kidal et à une semaine de l’élection présidentielle du 28 juillet jugée cruciale pour le Mali après 18 mois de crise politique marquée par un coup d?État militaire (mars 2012) et la guerre contre des groupes jihadistes.

A Kidal, une bombe artisanale a été découverte en plein centre-ville dimanche matin. Deux jours auparavant, la ville avait connu des violences meurtrières entre Touareg et des membres d’autres communautés.

Un cortège de campagne empêché de circuler

Et samedi, cinq agents électoraux et un élu local qui préparaient le scrutin avaient été enlevés à Tessalit, au nord de Kidal, par des hommes armés soupçonnés d’être du MNLA. Ils ont été libérés dimanche et « se portent bien », selon un responsable au gouvernorat de Kidal.

« C’est Baye Ag Diknane, un responsable du MNLA, qui a commandité le coup. Il est actuellement entendu par les forces internationales à Tessalit. Il est arrêté », a précisé cette source administrative.

A Bamako dimanche soir, le porte-parole des rebelles touareg a nié toute implication du MNLA dans ces rapts. « Nous ignorons » les auteurs de ces enlèvements, « il y a beaucoup de règlements de comptes dans cette zone. (…) Ce sont les forces armées du MNLA qui ont poursuivi » les kidnappeurs « pour pouvoir libérer » les otages, a-t-il assuré.

D’après des résidents joints sur place, le calme a régné dimanche à Tessalit ainsi qu’à Kidal, ville où l’inquiétude est cependant montée d’un cran avec la découverte de la bombe artisanale, qui a créé un mouvement de panique.

Ces derniers développements font planer le doute sur la possibilité d’organiser la présidentielle à Kidal.

Un des 28 candidats dont les dossiers ont été validés, Tiébilé Dramé, a annoncé le 17 juillet son retrait de la course en dénonçant les conditions de préparation du scrutin, particulièrement à Kidal.

Lors d’un meeting samedi à Bamako, Soumaïla Cissé, un des candidats donnés favoris, s’est dit inquiet face à « des risques de fraudes généralisées » à l’élection.

Dimanche, selon son entourage, son cortège de campagne a été contraint par des militaires de changer d’itinéraire à proximité d’un camp de l’armée à Kati, près de Bamako, où réside le chef des auteurs du putsch de mars 2012, le capitaine Amadou Sanogo. M. Cissé s’était farouchement opposé à ce coup d’Etat.

Pour de nombreux observateurs, le Mali a fait la guerre contre les jihadistes avec l’appui déterminant de la France et son opération Serval, ainsi que d’autres troupes étrangères.

Mais, en dépit d’une « dynamique de succès militaires répétés », il n’est pas « complètement stabilisé », a reconnu le général Grégoire de Saint-Quentin, qui a dirigé l’opération Serval, dans un entretien à l’hebdomadaire français Le Journal du Dimanche.

© AFP – 22/07/13 – 19:50

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Le Mali à une semaine d’une présidentielle déjà contestée

Bamako (AFP) – Eprouvés par 18 mois de crise politique et une guerre contre les jihadistes menée aux côtés d’armées étrangères, près de sept millions de Maliens sont appelés à élire dans une semaine leur nouveau président, un scrutin censé ramener paix et stabilité, mais déjà contesté.

jpg_une-1944.jpgLe président malien par intérim, Dioncounda Traoré, et même le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ont prévenu d’avance que cette élection présidentielle dont le premier tour a lieu dimanche prochain, serait « imparfaite », mais qu’il faudrait néanmoins en « accepter » les résultats.

Les violences de jeudi et vendredi qui ont fait quatre morts à Kidal (1.500 km de Bamako) et les enlèvements samedi d’agents électoraux et d’un élu plus au nord, à Tessalit, font planer de très sérieux doutes sur la tenue du scrutin dans cette région du nord-est du Mali, berceau des Touareg et de leur rébellion.

Déjà mauvaises avant le début du conflit au Mali dont tout le Nord a été occupé en 2012 par des jihadistes un temps alliés à la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), les relations entre communautés noires, majoritaires, et les « peaux claires », essentiellement Arabes et Touareg, se sont depuis considérablement dégradées.

Les « peaux claires » sont assimilés aux groupes jihadistes et au MNLA, considérés comme les responsables des malheurs du pays. Et l’arrivée de soldats maliens à Kidal début juillet a attisé les haines.

Si le vote n’avait pas lieu à Kidal, l’impact serait presque insignifiant sur les résultats, vu le peu d’électeurs dans la zone. « Mais cela exposera l’incohérence de l’approche qui consistait à faire de la participation de toutes les régions du Mali une condition sine qua non de la tenue du scrutin présidentiel » sans se donner le temps d’une « organisation sereine dans la région de Kidal », a déclaré à l’AFP Gilles Yabi, d’International Crisis Group (ICG).jpg_une-1945.jpg

La tenue de cette élection – six mois après le début d’une intervention armée internationale initiée par la France pour chasser les jihadistes qui occupaient le Nord et menaçaient d’avancer vers le Sud – est prévue pour mettre fin à la plus grave crise de l’histoire récente du pays.

Mais des analystes, dont Gilles Yabi, et un des 28 présidentiables, Tiébilé Dramé, qui a décidé de retirer sa candidature, ont vainement demandé le report d’un scrutin « bâclé » et dont les résultats risquent d’être « contestés ».

ICG a listé fin juin les obstacles au bon déroulement du scrutin: la distribution à temps de nouvelles cartes à 6,9 millions d’électeurs, le redéploiement inachevé de l’administration centrale dans le Nord, l’absence de retour chez eux de 500.000 réfugiés et déplacés ayant fui le conflit et dont la plupart risquent de ne pas pouvoir voter.

Un scrutin préparé « à la hâte »

Quant à Tiébilé Dramé, artisan d’un accord de paix signé en juin à Ouagadougou avec la rébellion touareg, il s’est retiré parce que, selon lui, « les conditions d’une élection régulière ne sont pas réunies ». Il a mis en avant le cas de Kidal où le scrutin est préparé « à la hâte » par le gouverneur rentré dans sa région il y a moins d’une semaine.

Il s’est aussi montré très critique à l’égard de la France qui a exercé une forte pression pour que la présidentielle ait lieu en juillet. Dès avril, le président français François Hollande avait dit qu’il serait « intraitable » sur le respect d’un calendrier qu’il a lui-même fixé.

« Nous sommes reconnaissants à la France pour ce qu’elle a fait pour nous, mais on peut aider un pays à se libérer sans toucher à sa dignité », a affirmé Tiébilé Dramé.

jpg_une-1946.jpgLa présidentielle doit sceller la « réconciliation » d’un Mali divisé et rétablir l’ordre constitutionnel interrompu par le coup d’Etat militaire du 22 mars 2012 qui avait renversé le président élu Amadou Toumani Touré.

Le putsch avait précipité la chute du nord du Mali aux mains du MNLA et de jihadistes qui y ont commis pendant neuf mois d’innombrables exactions, qui ont pris fin grâce à l’intervention de l’armée française à partir du 11 janvier, aux côtés d’une armée malienne humiliée par sa débâcle de 2012 et d’autres armées africaines.

Ces troupes africaines ont été intégrées depuis le 1er juillet à une mission de stabilisation de l’ONU au Mali, la Minusma, actuellement composée de 6.300 hommes qui assureront la sécurité du scrutin, avec l’éventuel soutien des 3.200 soldats français toujours présents au Mali.
Des éléments jihadistes dits « résiduels » restent actifs et pourraient saisir l’occasion pour commettre un coup d’éclat, en particulier dans le Nord.

Vingt-sept candidats, dont une seule femme, demeurent en lice pour le premier tour après le retrait de Tiébilé Dramé. Ibrahim Boubacar Keïta, 69 ans, cacique de la vie politique, et Soumaïla Cissé, ingénieur de 63 ans, ancien responsable de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), sont considérés comme favoris.

Un second tour aura lieu le 11 août si aucun candidat n’obtient la majorité absolue le 28 juillet. Le scrutin sera surveillé par de nombreux observateurs internationaux, dont 90 de l’Union européenne (UE).

© AFP – Le 21/07/13 – 09:54