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L’ambassadeur chinois au Mali, Zhang Guoqing, a annoncé vendredi dernier, la décision de la République populaire d’offrir un nouvel hôpital à notre pays. Selon les déclarations du diplomate chinois, ce projet est frappé du sceau « Priorité », et son exécution devrait démarrer d’ici la fin de l’année 2008. On applaudirait des deux mains, si l’on savait que c’était par altruisme, ou par solidarité « sud-sud ».

La Chine, qui se cache de plus en plus derrière son statut oublié de pays du Sud et de camarade, a su tirer du capitalisme ce qu’il a de pervers : l’exploitation des misères du monde.

Nous nous sommes fait l’écho depuis un certain temps de l’impuissance des populations de Kita qui voient des Chinois venir dévaster leur forêt, coupant l’ébène, ce bois précieux et dévastant la forêt, l’unique rempart du Mali contre la désertification.

Du coup s’explique cet empressement du grand camarade chinois d’offrir cet hôpital sans demander de notre part.

« Pour des miettes, nos dirigeants laissent les Chinois faire ce qu’ils veulent dans notre pays ! Ils n’ont pas encore compris que la Chine actuelle n’a rien à voir avec la Chine tiers-mondiste des années 60 et 70 du siècle passé ! Et qu’il faut négocier, secteur par secteur, dossier par dossier, économie de marché oblige », écrit Dialla Konaté que nous citons ici.


Autorisation présidentielle ?

« Il y a de cela quelques années, le ministère chargé de l’écologie avait interdit toute coupe du bois d’ébène dans la forêt de Kita, (ce qui mit fin à un projet de scierie industrielle basée à Bamako et exploitant exclusivement le bois d’ébène), aujourd’hui, les Chinois prétextant d’une autorisation présidentielle, sont en train de dévaster la forêt de Kita par des coupes sauvages, piétinant toutes les autres essences de bois et ne récoltant que l’ébène, qu’ils envoient sur Dakar par camions entiers !

Un nouvel hôpital vaut-il mieux que la sauvegarde d’un des derniers massifs forestiers du pays ? Le président sait-il que les premières auréoles de désertification sont venues de l’exploitation du Dakar-Niger, du temps où les locomotives fonctionnaient à la vapeur et au bois ? Que c’est face à l’extension en largeur du couloir de déboisement, le long des rails, extension jugée dangereuse par l’administration coloniale, que celle-ci mit en œuvre la politique des forêts classées ? Que la région de Kayes constitue une zone où l’écosystème est parmi les plus fragiles du pays et que la biodiversité y est largement entamée ? Que la forêt galerie qui borde la Falémé demeure un sanctuaire où l’on retrouve encore quelques essences d’arbres et d’espèces animales, dans le pays ? Que si le verrou de la forêt de Kita saute, il y a beaucoup de souci à se faire quant à l’avenir de tout l’écosystème de la zone ? Que même la Falémé ne serait pas épargnée et que cela pourrait avoir des conséquences sur le débit du barrage de Manantali ?
», s’interroge Dialla Konaté.

Alexis Kalambry

12 mars 2008.