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A cause du cafouillage monstre à Bamako, le Mali est très mal parti pour faire front commun à ses ennemis de l’heure. Le salut viendra de la dissolution du CNRDRE et de l’appui militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Les combats de cette semaine entre les bérets rouges et les bérets verts attestent de l’extrême tension qui existe au sein des Forces armées maliennes. La Grande muette n’a jamais été aussi mal en point qu’aujourd’hui. La corruption et le clientélisme au sein de nos troupes ont été beaucoup dénoncés sous ATT.

Se fendant de la mauvaise gestion de l’armée par le régime déchu des généraux, particulièrement la question du Nord, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) a renversé le 22 mars dernier les institutions de la République. Mais, au lieu de s’attaquer aux vraies plaies de cette même armée, le CNRDRE s’illustre maintenant plus dans les discours que dans les faits. A la longue liste des maux qui minent la Grande muette depuis dix ans s’y ajoutent l’amateurisme et la division.

Le capitaine Sanogo et ses camarades du CNRDRE auront du mal à nier leur culpabilité dans ce que vit le Mali, notamment le spectacle auquel se livrent des militaires de notre armée. La tentative d’explication du chef de l’ex-junte sur les raisons de la révolte des bérets rouges est en sa défaveur. S’exprimant sur une radio locale pendant que la télévision nationale était entre les mains des commandos parachutistes, il a révélé que sa décision de dépêcher une équipe auprès du lieutenant-colonel Abidine Guindo et sa troupe était à l’origine de l’ire des bérets rouges.

L’on ignore pour quels motifs le capitaine Sanogo s’arroge des prérogatives quand bien même le pays a un gouvernement avec un ministre chargé des questions militaires. Si dialogue il doit y avoir entre militaires ou les différentes composantes de l’armée, cela devrait l’être sous la tutelle du ministère de la Défense.

Le CNRDRE n’est ni une institution, encore moins un gouvernement bis. Comme l’a admis Ibrahima Ndiaye, le 1er vice-président de l’Adema, « le CNRDRE n’a pas d’existence légale« et devra s’effacer au profit des institutions républicaines. En décidant d’envoyer donc des émissaires au camp des commandos parachutistes, le capitaine Sanogo était une fois de plus hors-jeu.

Soif du pouvoir

L’opinion nationale et internationale est consciente que c’est le CNRDRE qui contrôle les ministères clés de la Défense, de la Sécurité intérieure et de l’Administration territoriale à travers ses hommes de confiance, mais il est du ressort du gouvernement de Cheick Modibo Diarra d’initier des actions impliquant ces différents départements et non un « illégal« comité militaire.

Malheureusement, la nouvelle équipe gouvernementale semble déjà reléguée au second plan à cause des effractions des ex-putschistes. L’ex-junte qui se bat seulement pour le contrôle du pouvoir à Bamako, a décidé de monter sur les grands chevaux depuis les « décisions courageuses« des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Mécontent de l’organisation sous-régionale, qui a le soutien de la communauté internationale sans exclusive, le CNRDRE veut réaffirmer sa puissance en neutralisant toutes les unités militaires et les sensibilités sociales et politiques susceptibles de contrarier son désir de se maintenir au sommet de l’Etat. Et cela même au prix de la cohésion au sein de nos forces armées.

C’est d’ailleurs à ce niveau que se trouverait la vraie raison des combats contre les bérets rouges que l’on dit toujours fidèles à ATT. Cette raison est d’autant plus plausible que comme pour prouver sa suprématie et sa place dans le jeu politique malgré la restauration des institutions démocratiques, l’ex-junte avait unilatéralement et arbitrairement procédé à l’arrestation de personnalités politiques et militaires quelques jours seulement après l’investiture du président de la République par intérim.

Vu l’évolution de la situation dans le pays et les antécédents peu propices à une transition réussie, la décision de la Cédéao d’envoyer une force d’interposition pour protéger les organes de la transition pourrait être la solution. Car tant que le CNRDRE continuera à se battre pour le pouvoir et à s’immiscer dans les affaires politiques, le Mali n’enregistrera aucune avancée et n’abordera pas dans les meilleures dispositions le combat contre ses ennemis de l’heure : MNLA, Aqmi, Ançar Eddine, Boko-Haram…

Or plus le temps passe, plus nos antagonistes au nord ancreront leurs marques sur notre territoire. Et il sera naturellement plus difficile à leur faire revenir à la raison. C’est pourquoi, les batailles de leadership doivent prendre fin à Bamako pour qu’à l’unisson le Mali, avec l’appui de la Cédéao, enclenche l’offensive contre les renégats, les islamistes et les narcotrafiquants au nord.

Bien que décriée par l’ex-junte, l’organisation sous-régionale reste indispensable au Mali, qui a besoin d’elle pour se réunifier, retrouver sa démocratie et redonner fière allure à ses citoyens. Et la Cédéao a déjà fait ses preuves en contraignant les jeunes ex-putschistes à permettre l’arrivée du président de l’Assemblée nationale aux commandes de l’Etat, conformément à la Constitution.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

04 Mai 2012