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Dans la course aux maroquins, les dernières barrières de la décence tombent.

Ainsi donc, il y aurait au royaume de Paris et Navarre, blottie entre les lambris dorés du palais de Versailles et la glauque place de la Bastille, une Marie-Antoinette Malienne, Sidibé de son nom de famille, autoproclamée « intellectuelle » sans retenue, partisane de la présidence à vie. Alléluia ! Cette Marie-Antoinette est une fascinante sinon fascisante intellectuelle malienne de France.

Vraiment. Franchement. Défense de rire ! Pas de Prozac !
Elle est tellement intellectuelle la belle dame aux pétales délicats, tellement instruite d’intention anticipative, tellement infatuée de sa personne, qu’elle ne propose rien moins que la reconduction éternelle du président malien.

Car, voyez-vous, Marie-Antoinette qui vit en France en a assez de la limitation de mandats au Mali. Dix ans au sommet, c’est du divertissement. Trop peu pour travailler, trop peu pour s’occuper du bien-être de son peuple.

Et Marie-Antoinette, intellectuelle sans pareille sur la terre d’Allah, propose même des exemples au pauvre peuple abruti du Mali qui ne sait pas ce qu’il perdra quand ATT s’en ira en 2012.

Sortez les mouchoirs et essuyez vos larmes, pauvres primitifs ! Ses spécimens à elle, l’intellectuelle Sidibé au niveau jupitérien de réflexion, sont Omar Bongo du Gabon, président depuis 41 ans, Paul Biya (24 ans), Ben Ali de Tunis (21 ans bientôt) et d’autres exemples de grands démocrates, leaders éclairés, timoniers, génies des Carpates et petits pères des peuples.

Des bâtisseurs de nations prospères dont les peuples repus et bourrus refusent de se séparer. Elle est vraiment forte notre intellectuelle de comptoir ! Ah, nostalgie de l’UDPM, creuset de l’unité nationale, vivier de cadres et moteur du développement économique, comment avons-nous pu nous en débarrasser !

Oh Marie-Antoinette ! Hou Marie-Antoinette ! N’est-ce donc pas peu la simple modification de la Constitution qui permettrait à ton président adoré de diriger ad vitam aeternam ce cher Mali que tu aimes tant. Oh, non ! brave intellectuelle de la rive gauche si pétrie de valeur démocratique et républicaine.

Non, madame, ce n’est certainement pas la piétaille qui chialait à la Conférence nationale de 1991 qui t’impressionne. Mais fais quand même attention : à force de jouer la bouffonne de la plume, tu te mues en saltimbanque du raisonnement.

As-tu oublié que la plèbe qui vociférait sa soif de changement, de liberté et de démocratie, celle qui a imposé la limitation du mandat présidentiel avait un chef.

Eh oui, madame, tu aimes d’un amour féroce ATT, tu méprises les conférenciers nationaux, dans ta précipitation à vomir sur la multitude, tu éclabousses ton poulain : ATT était le chef de la Conférence nationale ! Oserais-tu donc insulter la masse et épargner le chef ? Aussi, me ferai-je un devoir, pour la suite, de sombrer dans le saint abîme du vouvoiement.

Marie-Antoinette : au pied de l’échafaud, n’avez-vous donc tant vécu que pour cet avilissement ? Non, ATT ne mérite certes pas seulement un troisième mandat.

Il a surtout besoin d’une intellectuelle d’envergure, comme vous, Altesse, doctorante de la masturbation intellectuelle, naturellement partisane de la couronne royale du Mali. N’est-ce pas mieux, madame la théoricienne du chaos refondateur ? Big bang et badaboum pour le Mali éternel ! N’avez-vous donc pas songé à intituler votre mémoire ou thèse, sur la chaire de la Sorbonne « Une couronne impériale pour ATT » ?

« Bi yooo, bi kadi… »

Je vous suggère de vous y mettre. Sinon, faites-nous un bilan des « Réalisations de l’UDPM ». Vous qui croyez, chère intellectuelle au pied de la science de Nanterre et Centrale, que l’Histoire s’écrit à rebrousse-plume, perpétuel recommencement des niaiseries qu’une inextinguible soif d’honneur ne peut changer, avez-vous pensé à la légende de Hérémankono.

Sûrement, non ! N’avez-vous donc pas senti, boulevard des Champs Élysées, la pestilence de la corruption qui tue votre patrie ? Que faites-vous des miasmes de la concussion qui chuinte sur les bords du Djoliba ? Allah kama, kana dibi bô tlé fè, m’balima mousso.

Marie-Antoinette, Lady Sidibé, pendant qu’on y est, pourquoi ne tasserez-vous Lobbo pour prendre logis au palais de Koulouba, admirant de votre superbe, la déliquescence du bas-peuple de Médina Coura et Kalaban.

Je vous vois fardée du mascara d’Inde, portant les diadèmes royaux, éminente aux côtés du souverain, majestueux spectre royal à la main. Marie-Antoinette, souffrez-donc que je fasse don de ma personne un Raspoutine contemporain qui comblera vos intrigues de palais, tranchant dans le vif entre courtisans et valets. Quand l’écuyère se fera Cendrillon, quand la roturière se muera en princesse des cœurs, vous ferez de vos serfs le tapis de vos augustes pieds.

Marie-Antoinette, intellectuelle malienne résidant en France : avez-vous pris le parti de Gargantua qui toise Paris privé de Chicorée ?

Marie-Antoinette, princesse du Mandé au palais de Kourakanfougan, Ka’aba et Nianiba réduits en détritus, que ne présiderai-je à la résurrection de Balla Fasséké, ngoni et xylophone grinçant, cacophonique mélodie de la majesté de ce Mali éternel.

Votre roi sera alors l’héritier de Soundjata et Soumaoro, de Ba Bemba et Samory, de Firhoun et Banzani, de Sékou Ahmadou et Al Hadji Oumarou. A votre roi échoira le sabre de Biton et de l’épée de Gueladjo qui, une après-midi, fit de Déra, une nécropole. Alexandre le Grand sur Bucéphale, fendant le désert de Kidal, à la recherche d’Ibrahim Ag Bahanga.

Ah, Marie-Antoinette, Bazoumana Sissoko disait : « Bi yooo, bi kadi… Massa Allah ma bi gnogon da… » Oh oui, madame l’intellectuelle, je vous offre gracieusement la lignée des Bourbon. Je vois la verve de Talleyrand ensevelie sous les flots de la Seine.

Danton et Marat au garde-à-vous ; tandis que Robespierre, mué en traître, passe à la guillotine la canaille excédée qui avait osé crier au roi « Ça suffit ! » Le peuple debout ne mérite que matraque et mitraillettes. Qu’il reste assis et subisse sans murmures le sort de la défaite qui se vautre dans la fatalité.

Marie-Antoinette, que ferez-vous donc des Martyrs de mars 1991 ? Bien entendu, ceux de mars. Non, ce ne sont pas des souverains anonymes. Qu’il vous plûtes et vous épatâtes d’en parler, princesse dédaigneuse qui jette à la meute négationniste la mémoire du champ d’honneur. Oh, non : « Ayé bô, ayé bô, moussolo ayé bô, Soundjata tamana… Mandé tièbaw ni Mandé moussow ayé bô, Sogolon Djata tamana… » Hey, Hey, Sidibé ! soudou baba doupi !

Seriez-vous du parti de la garde royale qui charge les gavroches de la Bastille ? Ignorez-vous la misère du peuple qui ne peut plus se payer le pain garni de mie infecte ? Ne voyez-vous pas ces mines déconfites sombrant de désespoir à la vue de la marmaille affamée ?

Ne vous parvient-il pas le sanglot de l’homme malien réduit à espérer une délivrance égarée entre cieux et nuages ? Non, Marie-Antoinette, le Carré des Martyrs du cimetière de Niaréla vous rappellera, contre votre gré, que le chemin du reniement est parsemé de cette infamie dont seuls les intellectuels autoproclamés ont le secret. Non, Marie-Antoinette, le peuple malien ne criera pas Heil, main tendue et svastika sur l’épaule. Non, Marie-Antoinette, l’or de Kankou Moussa n’ornera pas votre carrosse !

S’il vous arrive encore de souhaiter à votre pays le malheur d’un pouvoir sans fin, la tristesse d’un changement improbable, faites un tour chez les grands démocrates que vous citez et exercez-y cette liberté qui vous est permise en France. Des coups de pied bien ajustés qui se perdent, un trouvera postérieur généreux.


Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

10 Juin 2008