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La publication du chronogramme des échéances électorales au Mali semble marquer la fin du confinement politique dans le pays. Un confinement senti depuis le coup d’État contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK). La reprise des activités politiques est surtout marquée par un foisonnement de nomades politiques. Une situation peu enviable en démocratie. 

maliweb.net – Depuis le renversement du régime Ibrahim Boubacar Kéïta(IBK), le 18 août 2020, la scène politique malienne se caractérisait par sa morosité. Une situation qui pouvait être expliquée par le désespoir qui a été le sort de la plupart des partis engagés dans les manifestations ayant conduit au départ de l’ex-président IBK.

Se présentant héritiers légitimes du trône après avoir forcé au départ le président Kéïta, ces politiciens véreux se sont vu privés du gibier attrapé grâce à leur piège. Le pouvoir était tombé entre les mains des hommes en treillis. Depuis, ce fut le plus grand silence radio de la part de bon nombre de ces hommes politiques. Une période de confinement ou de sédentarisme.

La publication du chronogramme des échéances électorales, le 15 avril 2021, semble marquer la fin du confinement politique et le début d’une vaste campagne de nomadisme. La période du confinement semble leur avoir permis d’effectuer des analyses et des enquêtes poussées sur le terrain politique afin de savoir l’orientation du vent. Chacun cherche à se positionner dans le camp où le vent pourrait être beaucoup plus favorable.

Cette transhumance qui caractérise les hommes politiques du Mali est la preuve que ces hommes sont sans réelle conviction politique. On entre dans un parti parce que nous partageons son orientation, mais non pas seulement pour accéder tout de suite et se maintenir au pouvoir. Alors que Soumeylou Boubeye Maïga occupait le poste de Premier ministre sous IBK, nous avons assisté à un flux de cadres du RPM vers ASMA. Pour le seul motif que Boubeye semblait pressenti héritier d’IBK après la fin du mandat de celui-ci. Aujourd’hui, l’ASMA aussi bien que le RPM  sont  fuis comme la pandémie du coronavirus. Les partis où la direction du vent semble favorable aux prochaines élections reçoivent de plus en plus d’hôtes.

Une telle pratique ne favorise pas l’émergence de véritables partis politiques susceptibles de défendre les intérêts de la nation ou des citoyens. Ce nomadisme politique est aussi la preuve que ces hommes n’ont aucun souci pour le pays. Ils n’ont pas d’ambition réelle. Leur seul objectif reste l’accès au pouvoir. Un homme sans conviction peut-il d’ailleurs gouverner un État ? A priori non. Puisque si la gouvernance est un art, il paraît alors important d’avoir une maquette de ce que sera notre futur État. Malheureusement, le programme politique semble ne rien dire à ces transhumants politiques.

Dans son article intitulé « La prohibition de la “transhumance politique” des parlementaires », publié chez cairn infos, Benjamin Boumakani dégage quelques maux liés à cette pratique : « [ndlr] la transhumance est appréhendée comme un fléau pour la démocratie en Afrique, en ce qu’elle instrumentalise les élus en quête de quelques avantages matériels et de promotion politique, affaiblit les oppositions dont les élus sont à la merci des majorités au pouvoir, fragilise les équilibres et les contrepoids nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie, cultive et entretient l’immoralisme en politique ». Des maux qui fragilisent l’espace politique malien.

Fousseni Togola / maliweb.net