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Au Mali, le 6 mars dernier, les autorités de transition créaient, après des semaines d’attente, la CDR, la Commission pour le dialogue et la réconciliation. Une mise en place saluée par la France et les bailleurs de fonds. Hier mercredi 22 mai, le président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré, est venu rendre visite aux membres de la commission, qui a visiblement du mal à se mettre au travail.

jpg_une-1805.jpgSi le règlement interne de la Commission pour le dialogue et la réconciliation interdit aux 30 commissaires de parler à la presse, certains, exaspérés par la situation, se lâchent. « C’est une honte, s’inquiète l’un d’eux, il ne se passe rien, absolument rien. » Et la visite prestigieuse, hier, du président par intérim dans les locaux n’a visiblement rien changé. « Dioncounda Traoré nous a encouragés mais malheureusement rien n’a été dit sur les questions de fonds », raconte un témoin.

Joint par RFI, M. Sokona, le président de la CDR, balaie les critiques. « Nous travaillons, ça se met en place, (…) et nos équipes iront sur le terrain rapidement pour prendre des contacts», explique-t-il sans donner aucune précision. «Nous sommes les dindons de la farce, cette direction n’est pas légitime», réplique l’un des commissaires qui ajoute : « Nous n’avons aucun moyen de déplacement, pas de financements et même pas de bureaux, je me demande comment la direction compte aller dans le Nord. »

Plus nuancé, un autre commissaire estime qu’il faut aller « doucement mais surement » : « Nous avons un mandat pour les deux prochaines années, il n’y a pas d’urgence. Nous travaillons sur notre plan d’action ». Mais lorsqu’on lui demande quand est-ce qu’il sera publié, ce commissaire répond : « Aucune idée ! » Deux mois d’existence, six réunions, mais aucun élément concret alors qu’il y a urgence à négocier dans le Nord. Un bilan plus que mitigé pour cette commission pourtant saluée lors de sa création.

RFI, le 23 Mai 2013

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Processus de réconciliation : les vraies raisons d’un blocage

Alors que Bamako entend séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps et exige, comme tous préalables aux négociations : la définition du statut de l’Azawad.

La réunion des bailleurs de fonds du 15 mai à Bruxelles s’étant achevée sur un succès, l’urgence est maintenant pour les autorités de transition de boucler au plus vite le processus politique en organisant le scrutin présidentiel pour donner au pays un gouvernement légitime.

Dioncounda Traoré s’est engagé à plusieurs reprises à appeler aux urnes au mois de juillet. La date officielle a été fixée au 28. Un choix que beaucoup jugent optimiste.

Mais le vrai problème se trouve dans les séquelles de la guerre, à Kidal.

Cette ville est occupée par deux groupes armés touareg : le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) et le Mouvement islamique de l’Azawad (Mia), dissident des islamistes armés d’Ansar Dine.

Ils refusent l’entrée de l’armée et de l’Administration d ‘Etat dans la ville, hypothéquant la tenue de l’élection présidentielle prévue dans le pays en juillet.

C’est dans cette équation à plusieurs inconnues que se situait la visite de Tiébilé Dramé, le lundi dernier, à Ouagadougou.

Le nouvel émissaire pour négocier avec les indépendantes touarèg a rencontré le président du Faso, Blaise Compaoré, médiateur régional dans la crise malienne, qui compte, selon des sources officielles, engager, dans les « prochains jours », des discussions avec les groupes armés occupant la ville de Kidal.

Si le conseiller spécial pour le nord du Mali n’a pas fait de déclaration à la sortie, a sa place, le chef de la diplomatie burkinabé, Djibrill Bassolé, a laissé entendre que l’urgence est la libération de Kidal et qu’après l’élection, un gouvernement légitime pourra mieux examiner les revendications des groupes rebelles du nord du Mali.

En attendant, la médiation burkinabè souhaite ouvrir, dans les « prochains jours », des négociations avec le Mnla, le Mia ainsi que le Mouvement arabe de l’Azawad (Maa), un autre groupe armé.

« La question n’est pas simple, mais il y a déjà des acquis », a-t-il affirmé, M. Bassolé, rappelant qu’une déclaration solennelle avait été faite en décembre 2012 à Ouagadougou par les « groupes armés non terroristes » garantissant le « principe de respecter l’intégrité du territoire malien, le principe de laïcité, de rejet du terrorisme et le principe d’accepter le redéploiement de l’administration d’Etat sur toute l’étendue du territoire ». « Aujourd’hui plus que jamais, ces principes sont d’actualité », a-t-il jugé.

Pour permettre la tenue d’élections, « il faut naturellement que le territoire soit réunifié, que les groupes armés maliens qui tiennent encore quelques positions acceptent de désarmer et acceptent de rentrer dans un processus de normalisation », a ajouté le ministre burkinabè.

Mais le hic est que les positions des uns et des autres restent très éloignées pour envisager véritablement l’amorce d’un processus de réconciliation même si l’on apprend que dans les jours prochains, une délégation touareg conduite par Bilal ag Achérif, le chef du MNLA, devrait se rendre à Ouagadougou.

Alors que Dioncounda Traoré a ainsi répété, jeudi dernier, son hostilité à toute autonomie, pensant qu’un «processus de décentralisation» est suffisant, du côté des indépendantistes du MNLA, on estime, par la voix de Moussa Ag Acharatoumane, un proche de Bilal Ag Achéri, qu’un statut précis pour l’Azawad, comme une autonomie, est le minimum.

Autre point de divergence: le sort des combattants du MNLA. Bamako, tout comme la médiation et la France, demande le désarmement des miliciens, une option dont ne veut pas entendre parler le MNLA.

Même le calendrier pose une difficulté : alors que les autorités de transition entendent séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps.

«Pour nous, la priorité est le statut de l’Azawad», a martèle Moussa Ag Acharatoumane.

Dans la réalité, la position des uns et des autres, selon certaines indiscrétions, pourrait être plus nuancées et d’autres négociations, plus discrètes, devraient se tenir dans les jours à venir.

«Le MNLA sait que sa carte maîtresse tient à sa capacité à bloquer l’élection, mais il sait aussi qu’il n’est plus en position de force militaire», souligne un bon connaisseur du dossier.

Paris et l’ONU tentent donc de rapprocher les points de vue et de dessiner une issue.

«Nous sommes prêts à accompagner l’administration civile malienne à Kidal», a expliqué François Hollande.

En clair, l’armée française assurerait, en accord avec le MNLA, la protection des fonctionnaires maliens pendant l’élection. L’armée malienne, elle, resterait pour un temps encore loin de Kidal.

«C’est une possibilité, mais rien n’est fait», assure un haut responsable français.

Par Mohamed D. DIAWARA

Info-matin du 23 Mai 2013

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Le président Dioncounda Traoré à la Commission de Dialogue et de Réconciliation : «Le peuple malien compte sur vous»

Dioncounda chez Salia Sok com dialogue copieAprès l’épisode de la controverse née du choix de ses membres, la Commission est désormais bien installée et le travail a commencé

Le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, était hier au siège de la Commission de Dialogue et de Réconciliation. La Commission créée pour une durée de deux ans et qui a pour mission de rechercher, par le dialogue, la réconciliation entre toutes les communautés maliennes, a pris ses quartiers dans les anciens locaux du ministère de la Santé à Koulouba.

En se rendant aux bureaux de la structure dirigée par Mohamed Salia Sokona, le président de la République par intérim contribue sans doute à renforcer la crédibilité d’une instance dont la composition avait fait l’objet de sévères critiques par des associations. Heureusement, la page de la controverse semble désormais tournée.

Hier aux environs de 11 heures, un petit comité d’accueil attendait la délégation présidentielle à l’entrée principale. Mais celle-ci est arrivée par la porte secondaire et … à pied. Il faut préciser que le siège de la Commission est voisin du palais de Koulouba où se tenait le Conseil des ministres. Le président de la République par intérim en costume sombre sortait de la session du Conseil dont il venait de présider les travaux. Il était accompagné du secrétaire général de la Présidence, Ousmane Sy, et de quelques collaborateurs.

Au seuil du portail principal, le président de la Commission accueille le visiteur de marque. Après quelques minutes passées dans le bureau flambant neuf de Mohamed Salia Sokona situé à l’étage, le président Traoré rejoint les 30 commissaires dans la salle de conférence, au rez-de-chaussée.

A l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment, tout est refait avec un grand soin offrant ainsi aux « 33 sages » un cadre de travail assaini et relativement confortable. Il faut dire que sur le plan des équipements, la CDR n’a pas à se plaindre : matériel informatique de dernière génération, consommables et véhicules neufs ont été mis à sa disposition pour réussir une mission plutôt dantesque.

La visite de Dioncounda Traoré peut être vue comme un signal de soutien et d’encouragement. Il ne tardera pas à le dire lui-même. Mais avant, c’est Mohamed Salia Sokona qui a fait part de toute sa satisfaction de recevoir le chef de l’Etat dans ses locaux.

« Cela témoigne à suffisance de l’importance que vous accordez à cette structure », lui a dit le président de la CDR en assurant que le travail a bel et bien commencé. Les premières activités, explique-t-il, ont consisté à organiser un séminaire de formation des commissaires sur les objectifs et les missions de la commission. Cette activité lui paraît fondamentale car « les commissaires doivent être bien outillés sur leurs missions».

Ensuite, un règlement intérieur a été rédigé et validé à l’interne. « Ceci était des préalables », a poursuivi Sokona qui a promis que ses équipes se rendront dans toutes les régions pour se présenter aux populations. Mais l’urgence, de son point de vue, est de doter la commission d’un programme de travail bien défini.

Le président Traoré a exprimé en retour, toute sa satisfaction de constater que la CDR est bien installée et suffisamment équipée. Il a réaffirmé sa détermination à réussir le pari de la paix. C’est cela justement le rôle de cette commission. En effet, la CDR est chargée, entre autres missions, de recenser les forces politiques et sociales concernées par le processus de dialogue et de réconciliation, d’identifier les groupes armés éligibles au dialogue conformément à la Feuille de route pour la Transition et d’enregistrer les cas de violations des droits de l’homme commis dans le pays du début des hostilités jusqu’à la reconquête totale du territoire national.

Elle doit également proposer les moyens de toute nature susceptibles de contribuer à surmonter les traumatismes subis par les victimes avant d’identifier et faire des propositions pour la réalisation des actions destinées à renforcer la cohésion sociale et l’unité nationale.

Le professeur Traoré a aussi notifié aux animateurs de cette commission que leur mission est très importante et qu’il leur est demandé du courage et un don de soi. Il a évoqué, de passage, le malentendu que le choix des commissaires a suscité. Aujourd’hui, assure Dioncounda Traoré, les Maliens ont compris l’importance de cette commission. Pour lui, tout ce qui vient d’arriver à notre pays nous enseigne qu’il faut consolider l’unité nationale. Et d’ajouter que lorsque l’on parle d’unité, il s’agit de faire en sorte que toutes les ethnies acceptent de vivre ensemble. « Un peuple qui n’est pas réconcilié avec lui-même ne peut pas constituer une nation », a prêché le président de la République par intérim qui a également conseillé la patience et le sens de l’écoute.

Le chef de l’Etat a aussi insisté sur le devoir de résultat qu’a la Commission avant de promettre son soutien total à toutes les initiatives de la structure. « Le peuple malien compte sur vous » a-t-il lancé aux commissaires au terme d’une brève mais instructive visite.

A. M. CISSE

L’Essor du 23 Mai 2013