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Djibril Bassolé, ministre burkinabè des Affaires étrangères (c) et Algabass Ag Intalla , le chef de la délégation d’Ansar Dine (d), après la rencontre à Ouagadougou, le 6 novembre 2012.

Arrivée vendredi à Bamako, après deux jours de discussions, la délégation du groupe Ansar Dine a rencontré hier enfin de journée le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur de l’Afrique de l’Ouest dans la crise malienne. A l’issue de cette rencontre, la délégation a fait une déclaration dans laquelle elle réaffirme sa volonté à trouver une solution négociée à la crise malienne, et à rejeter « toute forme de terrorisme ». Elle reste floue en revanche sur la question de sa rupture formelle d’avec les groupes terroristes et l’abandon de la charia.

La montagne aurait elle accouché d’une souris ? Les représentants d’Ansar Dine ont formulé des engagements vagues. Affirmer rejeter toute forme d’extrémisme et de terrorisme, promettre de lutter contre la criminalité transfrontalière, cela sera t-il suffisant pour répondre aux exigences de la communauté internationale qui demande à Ansar Dine de rompre tout lien avec Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique, et le le Mujao, Mouvement pour l’unicité et la justice en Afrique de l’Ouest ?

Dans sa déclaration, Ansar Dine ne fait pas non plus de référence même floue à la charia, pourtant appliquée dans des zones sous son contrôle. Ansar Dine se dit prêt à dialoguer avec les autorités de transition de Bamako en appelant aussi au dialogue avec les autres groupes armés maliens.

Mohamed Aharib, le porte-parole de la délégation d’Ansar Dine : «Soucieux de promouvoir le dialogue direct, Ansar Dine renouvelle sa disponibilité à engager un dialogue franc et constructif avec toute structure nationale représentant les autorités de transition du Mali. Il s’engage aussi à un arrêt total des hostilités, à garantir la libre circulation des personnes et des biens ainsi qu’à faciliter l’assistance humanitaire dans les zones sous son contrôle. En revanche le groupe Ansar Dine rejette toute forme d’extrémisme et de terrorisme et s’engage à lutter contre la criminalité transfrontalière organisée.»

Cela inclurait il en plus du MNLA Mouvement national de libération de l’Azawad, le Mujao? Alors déclaration de bonnes intentions ou volonté sincère d’agir pour résoudre la crise malienne ?

Ces déclarations de bonnes intentions doivent se traduire en acte, déclare Djibril Bassolé, le ministre burkinabè des Affaires étrangères.

Djibril Bassolé, chef de la diplomatie burkinabè : «Nous souhaitons, au delà de la déclaration d’intention, par les actes et les comportements au quotidien, que le groupe Ansar Dine mette en œuvre les déclarations qui ont été livrées à la connaissance de l’opinion.»

Ces discussions chez le médiateur burkinabè sont intervenues au moment même où experts internationaux et chefs d’états-majors de la Cédéao planchaient à Bamako sur le concept d’une intervention militaire au nord du Mali. Ce qui fait dire à plusieurs observateurs qu’Ansar Dine manoeuvre pour échapper aux pressions et gagner du temps.

L’Algérie, hostile à une intervention étrangère, s’est montrée très active. L’ambassadeur algérien et l’officier de liaison étaient très présents pendant les ces discussions. Ce qui suscite des interrogations de certaines chancelleries : y aurait- il un axe Alger-Ouagadougou sur le dossier malien?

Par ailleurs, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) « félicite le groupe Ansar Dine pour sa déclaration dans laquelle il se démarque du terrorisme et de l’extrémisme ». Selon Ibrahim Ag Assaleh, l’un des responsables de la rébellion touaregue basés au Burkina Faso, le MNLA est « prêt à entrer officiellement en contact avec le groupe Ansar Dine » et se dit « largement disponible pour une collaboration franche, sincère et honnête dans le cadre du dialogue et de l’ouverture d’éventuelles négociations avec le Mali ».

Article publié le : mercredi 07 novembre 2012 par RFI