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Une bonne hygiène de vie évite d’attraper, entre autres, le diabète, les cancers, l’hypertension artérielle, les maladies cardio-vasculaires.
Le Dr Nazoume Diarra est coordinateur du Programme national de lutte contre les maladies transmissibles.

Il résume ici pour ceux qui savent lire entre les lignes, la nécessité de se protéger des maladies non transmissibles. « Les facteurs de risque d’aujourd’hui, prévient-il, sont les maladies de demain. Ils finissent par aboutir, à un certain moment, à des maladies ». Il cite à titre d’exemple de maladies comme le diabète, les cancers, l’hypertension artérielle, la drépnocytose, les maladies cardio-vasculaires et celles thyroïdiennes entre autres.

Les spécialistes s’accordent à dire que les maladies non transmissibles présentent deux aspects. Celui de la maladie et l’aspect facteur de risque. Le Dr Nazoume Diarra explique à ce propos que ces maladies dites non transmissibles chroniques, une fois déclarées, sont irréversibles. Le malade fait le reste de sa vie avec.

Par ailleurs, toutes les maladies non transmissibles sont dues à des facteurs de risque

Selon les spécialistes, ces facteurs sont liés aux comportements comme la sédentarité, la consommation de tabac, un mauvais régime alimentaire caractérisé par l’excès de graisse, d’acide, de sel ou de sucre. Mais il existe aussi des risques génétiques comme dans le cas des drépanocytaires.

Les maladies non transmissibles constituent de réels problèmes de santé publique dans les pays en développement, notamment, ceux du continent africain. Le Mali n’échappe pas à la règle. Il déploie de gros efforts pour contrer en amont ces maladies non transmissibles et soulager la souffrance de ceux qui en sont définitivement atteints.
Le Dr Nazoume Diarra explique les différentes actions menées par l’État en matière de lutte contre les maladies non transmissibles. Les pouvoirs publics sont décidés à prendre le taureau par les cornes.

Ils ont créé le programme national de lutte contre les maladies non transmissibles. Ce programme existe officiellement depuis 2002. Mais il a véritablement démarré ses activités deux ans plus tard. Le diabète est combattu à travers un projet de plan stratégique de lutte contre la maladie.

Les efforts de l’État, des associations de lutte contre le diabète et autres partenaires comme Santé Mali-Diabète, convergent dans l’objectif de réduire l’impact de cette maladie et d’assurer une meilleure prise en charge des cas. Aujourd’hui le matériel de dépistage de cette maladie est disponible au niveau de certains centres de santé communautaire (Cscom). La formation de médecins pour la prise en charge en charge de la pathologie et de ses complications est désormais une priorité qui est en train d’être mise en œuvre.

Une unité de référence nationale

La lutte contre les cancers connaît ses repères. Une politique nationale en la matière a été élaborée. Le texte attend de passer en conseil des ministres. Le Dr Diarra a levé le voile sur la collaboration avec le centre hospitalo-universitaire (CHU) du point G pour ouvrir une unité de référence nationale. Cette unité serait même fonctionnelle.

Plusieurs actions ont été engagées pour rendre possible le dépistage du cancer au niveau des centres de santé de référence (Csref). Aujourd’hui dans les régions de Tombouctou et Sikasso le dépistage est possible. La disponibilité au niveau du service de pédiatrie de Gabriel Touré d’une unité oncologique constitue un autre progrès dans la lutte contre le cancer dans notre pays. Elle assure en la matière les soins pour les mômes.

Le département de la santé, en plus de toutes ces initiatives, mobilise plus de 200 millions de francs CFA pour la prise en charge des malades atteints de cancers sur place et leur évacuation vers l’étranger. La chimiothérapie est pratiquée à l’hôpital du Point-G par le Pr Dappa Diallo.

Certains cas de cancer sont traités chirurgicalement par les professeurs Karim Koumaré, Sadio Yena et d’autres chirurgiens prestigieux. À l’avenir l’État envisage de construire au Point G, un centre d’oncologie et de radiothérapie pour le traitement médical et par radiothérapie des cas de cancer au Mali.

Le coordinateur du programme est réaliste

Une fois que le cancer atteint un certain stade, il ne reste plus qu’à soulager la souffrance du malade. Le praticien lui administre des antidouleurs et lui fait bénéficier un accompagnement social en attendant la mort. La lutte contre la drépanocytose prévoit la création d’un centre de lutte contre cette maladie.

La construction de ce bâtiment selon le Dr Diarra est quasiment achevée et son équipement est en cours. Il est envisagé de réglementer par de nouveaux textes la production, la commercialisation et l’usage du tabac. En effet, le tabagisme affecte fortement notre société.

Notre interlocuteur exprime son désarroi au regard des enquêtes menées sur les facteurs de risques à Ségou, Sikasso. Il insiste sur le contenu alarmant du rapport d’enquête sur le tabagisme dans le milieu scolaire de Bamako. Cette étude a concerné les jeunes de 10 à 20 ans.

Même si les résultats de cette dernière ne sont pas encore officiels, les indications révèlent une proportion de fumeurs assez inquiétante. Le toubib attire l’attention de l’opinion nationale. Ces jeunes feront probablement leur maladie au cours de la quarantaine. Il y a nécessité d’accentuer les efforts sur la prévention au regard des risques liés aux comportements.

Le Dr Nazoume indique que les grands programmes sont basés sur la prévention primaire (agir sur les facteurs de risque), la prévention secondaire (faire le dépistage précoce et le traitement pour éviter les complications). La prévention tertiaire est destinée à la prise en charge des complications en atténuant la souffrance du malade de cancer.

Il est évident, dans la lutte contre le cancer, qu’il est moins coûteux et plus facile de faire la prévention que d’assurer la prise en charge des cas de maladies non transmissibles.

B. DOUMBIA


Planification familiale : Dans le paquet minimum des Cscom

Malheureusement le service est sous utilisé par les femmes

Le paquet minimum d’activité des centres de santé de communautaire (Cscom) exige la création du service de planification familiale. Ces structures, qui représentent la base de la pyramide sanitaire, doivent pratiquer l’essentiel des méthodes de coéversibles qui requièrent une expertise de haut niveau sont exclues.

Il s’agit de toute intervention chirurgicale qui rend l’homme infertile et la femme ou la jeune stérile. Dans le Programme de développement sanitaire et social (Prodess), l’offre de planification familiale est une priorité. Elle constitue un indicateur appréciable dans la réduction de la mortalité maternelle et néonatale.

Au niveau des Cscom, des unités sont dédiées à la planification familiale. Elles s’attachent à répondre au besoin de femmes en la matière. Les Cscom font parfois l’effort d’organiser des consultations de planification familiale (PF) une ou deux fois voire plus. Mais malheureusement, le service de PF est sous-utilisé par les femmes.
Ce phénomène est déplorable relève cette responsable de la division santé de la reproduction au niveau de la direction nationale de la santé, qui a requis l’anonymat.

Médecin de son état et ancien médecin chef de centre de santé de référence, notre interlocutrice sait de quoi elle parle. Le Cscom a l’obligation d’avoir toutes les méthodes en dehors des méthodes irréversibles et du Norplant et des “D.I. US”( dispositifs intra-utérins).

Le personnel approprié pour ce faire existe dans les Cscom.
La technicienne note d’autres problèmes. Le service de planification familiale, par exemple, est parfois mal organisé. Dans le cas contraireil est moins fréquenter par les femmes. Cette réalité têtue constitue un casse-tête dans notre pays où des efforts sont accomplis pour le repositionnement de la PF. À cause de ces faiblesses dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale notre pays enregistre de sombres statistiques.

Notre interlocutrice stigmatise une autre insuffisance. Les Cscom doivent s’autofinancer par le recouvrement des coûts, même s’ils ont un but non lucratif. Malheureusement ils ne se focalisent pas beaucoup sur les activités qui demandent moins d’argent.

Au centre de santé de Dravéla-Bolibana, le constaté est amer. En effet, les praticiennes de l’unité de PF croisent les bras le plus souvent, faute de « clientes ». Cette unité organise 4 fois par semaine des consultations de PF. Elle enregistre une moyenne de 2 à 4 femmes par mois. Mais il arrive que le registre reste muet tout un mois, sans enregistrer aucune femme venue en consultation de planning familial.

Mme Traoré Oumou Tounkara est sage femme au Cscom de Dravéla-Bolibana. Elle précise qu’en dépit des efforts de sensibilisation lors des consultations prénatales, les femmes ne viennent pas.

« Nous passons pourtant le message et nous informons également celles qui accouchent dans notre centre, de la possibilité même de faire la PF, 45 jours après la naissance. Mais nous avons l’impression de prêcher dans le désert » déplore la sage femme. Elle est consciente qu’il faut intensifier les efforts pour inverser la tendance.

Le coût de l’offre de service de PF est-il un handicap majeur ? Mme Traoré Oumou Tounkara lève toute équivoque. Le coût de l’offre au niveau de son centre est de 500 francs CFA pour le premier contact. Ce tarif est raisonnable estime-t-elle. La praticienne Oumou Tounkara met en cause la mentalité des femmes.

Elles viennent difficilement aux consultations de PF.

Les jeunes filles au contraire viennent de temps en temps en cachette faire le dépôt provera, c’est-à-dire des injections. Au Cscom de Koulouba, on partage plus ou moins la même vision sur la sous fréquentation de l’unité de PF.

«  Il existe chez nous les différentes méthodes à l’exception des méthodes irreversibles, comme le norplant qui nécessite une consultation gynécologique préalable. Il faut avoir un plateau technique pour pallier les éventuelles hémorragies » explique le Dr Abou Koné, médecin chef du Cscom de Koulouba. Dans les autres Cscom l’offre de PF est bien disponible à des coûts abordables pour la bourse de la malienne moyenne dont le portefeuille est pressuré par la conjoncture économique.

Mais au delà des Cscom, les Csref font la PF. Mme Diakité Aminata Doumbia, cliente du service de PF du Csref de la Commune V, pratique la contraception depuis 4 ou 5 ans avec le soutien de son mari. « Mon époux est très compréhensif, confesse-telle.

Il partage la même vision que moi sur la santé de la reproduction et accepte d’espacer les naissances pour éviter les grossesses rapprochées« . L’exemple de cet époux cité doit faire tâche d’huile.

B. D.

L’Essor du 03 Février 2009