Partager

Après la proclamation officielle des résultats définitifs du scrutin législatif, la majorité présidentielle se dessine petit à petit. Le président IBK, qui aimerait bien se servir de cette machine de courtisans pour gouverner, devra bien recadrer ses partisans s’il ne veut pas sacrifier ses ambitions au profit des siens.

Cela fait un peu plus de quatre mois que le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita a pris fonction. Dès son arrivée a Koulouba, le chef de l’Etat s’est mis au travail. Comme s’il voulait diligenter tous les dossiers qui traînent depuis des lustres afin de passer à l’essentiel. Les choses avancent tant bien que mal. Le boss de la nation a besoin du temps dans un désordre indescriptible résultant de plusieurs années de mauvaise gestion. IBK en a parlé dans son discours de nouvel an au peuple malien. Dans son adresse, il a cité les actions que le gouvernement Tatam Ly a entreprises dans divers domaines. Le temps pressant, le successeur de Dioncounda Traoré a voulu vite se projeter dans l’avenir. IBK nourrit beaucoup d’ambitions pour le Mali et semble fermement croire que cette nation renaîtra de ses cendres malgré les embûches. C’est pourquoi, le président souhaiterait rendre le Mali « compétitif » en s’attelant à la relève des « défis de la transition démocratique, démographique, économique et culturelle ». A écouter IBK, l’on comprend aisément que le président court le risque de tomber dans la facilité. Ses ambitions sont certes légitimes, mais quels moyens se donne-t-il pour les concrétiser?

Cette question est d’autant plus pertinente qu’il doit d’abord assurer une gestion saine de ses propres poulains.

Les débuts de mandat sont généralement porteurs d’espoir au Mali, mais sans suites réellement bénéfiques pour la nation. Le seul cas du général président déchu ATT sert d’illustration. Des phénomènes ayant conduit à la chute libre de l’Etat sous ATT ont la vie dure et risque d’affecter sérieusement le règne d’IBK. Le président de la République a mis un accent particulier sur la transition démocratique dans son discours de nouvel an. Ce passage suppose une remise en cause de certaines pratiques politiques et l’émergence de valeurs politiques appréciables. Or l’on se dirige vers tout le contraire et une réédition de ce qu’on avait vu avec ATT. La majorité présidentielle qu’IBK a brièvement évoquée quand ses collaborateurs de Koulouba lui présentaient leurs vœux commence à prendre corps avec la publication des résultats définitifs des élections législatives, du moins à travers les positionnements politiques.

Contradictions

A l’image de l’indépendant ATT en 2002, le Rassemblement pour le Mali (RPM) semble tendre la main à toutes les forces politiques susceptibles de contribuer à la formation d’une majorité pour son mentor. Cela se passe en l’absence de discipline politique. Chaque parti doit incarner un projet de société et de gouvernance. Si ces projets diffèrent, il y a difficilement de la place pour la cohabitation. Au nom d’une quelconque majorité, une formation, quoi qu’appartenant au président de la République, ne peut joindre à ses actions d’autres partis ne partageant pas forcément les mêmes orientations, les mêmes objectifs, voire les mêmes visions pour le futur.

Cette cacophonie ne peut que promettre un cocktail explosif dans un bref délai. Les vieilles habitudes politiques referont surface et au demeurant la démocratie sera encore poignardée.

Dans ces conditions, IBK aura du mal à faire un « audit des faiblesses » ayant conduit à la descente aux enfers. Car la majorité présidentielle pourrait favoriser la prééminence de cercles mafieux dont les animateurs profiteront de leur accointance avec l’entourage du chef de l’Etat dans le but de réaliser leurs objectifs sordides. IBK doit donc comprendre que ses ambitions pour le Mali ont de fortes chances de rester lettre morte s’il ne prend pas soin de recadrer ses partisans. Beaucoup de nos compatriotes ont douté de la sincérité du président quand, dans son message de nouvel an, il a promis l’utilisation judicieuse des biens de l’Etat. Ils sont, en effet, nombreux les cadres de l’administration et hauts responsables du RPM à avoir été pris en train d’utiliser les moyens de l’Etat à des fins politiques lors des dernières élections législatives. Mais, jusqu’à ce jour, aucune sanction connue du grand public n’a suivi ces forfaits. A un tel rythme, IBK aura peut-être besoin de remplacer son slogan « le Mali d’abord » par « le RPM d’abord ». Aussi, le contrôle de la corruption, à travers la « lutte contre l’impunité » et « les reformes systémiques », auquel IBK tient beaucoup aura du plomb dans l’aile. Assurer une justice équitable pour tous, nécessite un cercle présidentiel dénué de toutes personnalités souillées ou tout simplement un président prêt à nettoyer les écuries d’Augias même s’ils sont ses proches.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les échos du 10 Janvier 2014