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L’opposition sait toujours comment gouverner, mais elle l’oublie quand elle arrive au pouvoir. A chaque élection, on constate que le discours de la majorité comme celui de l’opposition est toujours le même, que ce soit en France ou en Belgique et souvent en Afrique. La majorité présente un bilan et des statistiques faussés pour faire croire au peuple qu’elle a bien gouverné pendant quatre ans de législature (Belgique) ou de cinq ans de législature (France).

Par exemple, en Belgique, on embellit tout. On annonce que la criminalité a diminué, que le chômage s’est amélioré, que la compétitivité des entreprises a progressé. On invente que huit(8) budgets successifs sont sans déficit, mais on oublie de dire que pour remplir les trous budgétaires, on a vendu chaque année des dizaines de bâtiments publics, même des ministères occupés par les fonctionnaires ,et que la dette publique colossale, tout étant dilapidé pour mener une politique insensée.
Elle ne dit jamais pourquoi pendant les cinq (5) années écoulées elle ne s’est pas occupée de régler des problèmes importants de notre société qu’elle découvre subitement pendant la période électorale.

La plupart des promesses qu’elle renouvelle avaient déjà été faites cinq au paravent, mais plus personne ne s’en souvient. La majorité qui était dans l’opposition avant de revenir au pouvoir semble perdre la mémoire une fois qu’elle occupe celui-ci, et les promesses électorales n’ont servi qu’à tromper l’électeur.
Les politiciens savent que l’électeur a la mémoire courte et qu’ils peuvent débiter les mêmes discours et les mêmes promesses fallacieuses à chaque élection. Tout le calcul est basé sur leur intérêt personnel et n’importe quoi est bon pour s’emparer du pouvoir et des avantages pécuniaires qui en sont le corollaire «L’électeur est souverain», disait Alexis de Tocqueville, durant un instant, c’est-à-dire au moment de mettre son vote dans les urnes. Le lendemain des élections, il ne compte plus.

Cette souveraineté dont parlait de Tocqueville n’est qu’un leurre parce que les électeurs ont dû se contenter des candidats les plus puissants que le parti met en tête de liste. Or en Belgique comme au Mali il y a un tel népotisme politique que ce sont de plus en plus les fils et les filles ainsi que les «protégés» des ministres et parlementaires influents qui sont élus du jour au lendemain et propulsés à la tete des divers gouvernements. Dès que l’élection est passée, on ne tient plus compte des électeurs pendant 4 ou 5 ans de législature.

L’opposition d’aujourd’hui est la majorité de demain

Aucun parti ne peut l’oublier. En Belgique, le parti «écolo» s’est très vite adapté au respect du politiquement correct, au contrat de l’omerta politique non écrite et ne diffère plus en rien des autres partis traditionnels, sauf son caractère sectaire. On y trouve à sa tete des intellectuels, des universitaires, qui sont maitres du parti et qui jouent exactement le même jeu que les partis dits traditionnels.

L’opposition sait que lorsqu’elle devient la majorité au pouvoir elle sera critiquée de façon politiquement correcte dans la mesure où elle a elle-même respecté la règle dans ses attaques simulées contre la majorité qu’elle a fait tomber.
Le politicien qui dénonce des magouilles contre la majorité au pouvoir viole la règle de l’omerta politique et se voit condamné par son propre parti comme étant un empêcheur de danser en rond qui doit être mis au pas. Vu que les magouilles dans la politique ne sont que rarement dénoncées à la justice, chaque politicien respecte l’omerta politique même à l’égard de ses adversaires qui sont au pouvoir. Les politiciens savent que c’est la seule façon de survivre.

Si chaque politicien devait dénoncer les magouilles des politiciens des autres partis, ce serait vite la catastrophe. Un politicien qui ne respecte pas cette règle n’a aucun avenir en politique. C’est la même chose avec un fonctionnaire s’il dénonce des malversations. Il a peu de chances de garder son emploi parce que c’est lui qui devient la cible des politiciens qui n’aiment pas ce type de fonctionnaires dangereux pour le système et pour les autres fonctionnaires. Le fonctionnaire ne peut jamais oublier la maxime «celui qui dit la vérité sera fusillé».

C’est la même chose pour les journalistes qui doivent aussi savoir écrire politiquement correct pour ne pas affronter les partis traditionnels de façon trop agressive et sans oublier de respecter la tendance politique du journal pour lequel ils travaillent (catholiques, libéral, socialistes, etc.).
Les parlementaires de l’opposition savent pendant cinq(5) ans comment il faudrait faire pour bien «gouverner», mais dès qu’ils arrivent au pouvoir, ils changent d’opinion et n’exécutent pas ce qu’ils ont promis pendant cinq (5) ans. Le Parlement n’est qu’un théâtre ou opposition et majorité jouent une pièce commune sans trop s’attaquer l’un à l’autre pour leur propre sauvegarde…

La démocratie s’est transformée en une «particratie»

Churchill dit : «la démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes. C’est la raison pour laquelle je continuerai à adhérer à ce système malgré toutes ses faiblesses que j’ai dénoncées». Pour conclure, il faut malheureusement constater qu’il vaut mieux voter pour les partis traditionnels, parce qu’un parti d’extrême droite au pouvoir ce serait le triomphe du capitalisme sauvage et la toute- puissance de l’Eglise, la régression sociale, le recul de la laïcité de l’Etat, tandis que l’extrême gauche nous offrirait dans une structure communiste l’effondrement complet de l’économie, la démotivation pour entreprendre, la fuite des entreprises et la pensée unique assurée par un parti unique appliquant la dictature non pas du prolétariat, mais sur le prolétariat.

En Afrique, on écrase l’opposant ou le tue et fait disparaitre son parti

Ils sont nombreux à payer leur opposition en Afrique bien souvent dans le sang ou dans l’assassinat. Devenus indépendants, les Etats africains se sont vite orientés vers des régimes autoritaires. Le plus souvent s’appuyant sur un parti unique et ses corollaires, pour encadrer les diverses catégories sociales (jeunes, femmes, syndicats, etc.), ils ne laissaient aucune place à la libre expression politique, les contestataires étant réprimés sévèrement par des sanctions pouvant aller jusqu’à des exécutions sommaires.
Les élections, lorsqu’elles avaient lieu, n’étaient que des simulacres, et là où les Institutions parlementaires étaient conservées, elles avaient été vidées de leurs compétences au profit du chef de l’Etat et des instances du parti unique. Les opposants se taisaient ou s’enfuyaient, tentant parfois d’organiser une résistance à partir de l’étranger.

Pourtant, au tournant des années 1990, un processus de démocratisation se développa dans de nombreux pays, dans un contexte international marqué par la chute du mur de Berlin, et par l’effondrement du communisme en Europe centrale et orientale.
En outre, les institutions financières internationales avaient engagé les Etats désireux d’appliquer un Plan d’ajustement structurel (PAS) à pratiquer une bonne gouvernance. Ce mouvement enclenché à la suite des manifestations du 4 octobre 1988 en Algérie, et à la fin de 1989 en Afrique subsaharienne, s’accéléra pendant les deux années qui suivirent.

La marche vers la démocratie

Dans un discours à La Baule, en juin 1990, le président Mitterrand engagea les Etats francophones à emprunter cette voie. Les pays africains qui s’étaient proclamés «marxistes -léninistes» renoncèrent à leur option idéologique comme le Mozambique (juillet 1989), l’Angola (mai 1991), le Congo Brazza et le Benin.

En mai 1992, les représentants de 42 pays africains réunis à Dakar, adoptèrent une déclaration affirmant «solennellement qu’il n’y a de démocratie qu’universelle», et que les gouvernements devaient assurer le passage à la démocratie. La lutte en faveur de la démocratie fut souvent initiée par des revendications sociales qui se politisèrent par la suite.
Les jeunes, notamment les lycéens et les étudiants, se montrèrent les plus actifs dans des grèves, voire des émeutes. Cependant, la contestation prit volontiers un tour légaliste, qui consistait à réclamer la tenue de «conférences nationales» auxquelles devaient participer des représentants des partis politiques, des associations, des groupements religieux, des collectivités locales. Ce mode consultation se déroula dans plusieurs d’Afrique, entre 1990 et 1992.

Dans certains pays, les autorités ecclésiastiques présidèrent les travaux : Monseigneur de Souza au Benin, Mgr Kombo au Congo Brazza, Mgr Mvé au Gabon, Mgr Sanouko Kpodzro au Togo, Mgr Mossengo dans l’ex Zaïre. Des conférences se tintèrent également au Niger, à Madagascar, au Tchad, etc. En revanche, le président du Kenya, Daniel Arap Moi refusa d’en convoquer une.

Un processus raté

De nouvelles constitutions furent élaborées et soumises à référendum. Le parti unique fut abandonné, des élections libres et pluralistes organisées, les libertés restaurées, en particulier celle d’expression, tranchant avec la censure et l’autocensure qui avaient jusqu’alors cantonné les médias dans la diffusion des informations officielles.
Le syndicalisme devint autonome et cessa d’être inféodé à l’Etat. Mais pas pour longtemps. Pourtant, si l’institutionnalisation a été menée rapidement, la mise en œuvre est plus lente.
En outre, la démocratisation a évolué différemment, se bornant parfois à l’instauration du multipartisme sans que les dirigeants renoncent pour autant à des pratiques autoritaires visant à conforter leur pouvoir, par exemple Houphouët Boigny en Cote d’Ivoire.

Au Togo, le processus a été arreté de façon violente, lorsque le président Eyadema a recouru à l’aide de l’armée encadrée par des officiers français pour se maintenir en place. Il a même dégénéré en guerre civile au Zaïre, et dans plusieurs pays où il se déroulait dans un contexte de tensions ethniques ou régionalistes comme au Rwanda, en Ouganda, au Niger, au Liberia.
Certains pays comme le Benin, le Mali, le Botswana poursuivent la marche vers la démocratisation avec parfois beaucoup de difficultés. Le Liberia, longtemps en proie à la guerre civile, a élu la première femme africaine présidente de la République, Ellen Johnson Sirleaf en février 2006.

La racine du mal

L’application d’une bonne gouvernance a entraîné la dénonciation des pratiques de corruption et de clientélisme qui faussent le jeu démocratique. Cet état de fait, qui était de notoriété publique, a longtemps été occulté, voire nié par les hommes au pouvoir, qui en profitaient largement. Il est désormais dénoncé.

Ainsi, la Banque africaine de développement, dans son rapport de 2005, constate son omniprésence à tous les niveaux, des grosses sommes versées au sommet de la hiérarchie à la pièce glissée aux fonctionnaires locaux en échange d’un service ou pour se soustraire à la règlementation.
Pour la combattre, les Etats participant au sommet de l’Union africaine à Maputo, en juillet 2003, ont adopté une convention sur la prévention et la lutte contre la corruption. Il s’agit là d’opérer une transformation radicale des habitudes à l’intérieur des pays et dans leurs relations avec l’étranger, qui participent parfois à la grande corruption.

Quant à celle du quotidien, sa réussite dépend non seulement de la volonté politique, mais aussi de la capacité pour chaque Etat de rémunérer ses agents, afin qu’ils ne se remboursent pas sur leurs administrés. Une démocratie à l’africaine n’existant pas, la nôtre calquée sur le modèle occidental est détruite par la corruption. Précarité des régimes politiques.
Hormis de très rares exceptions : Maroc, Thailande, Arabie Saoudite, dont les dynasties peuvent se prévaloir d’un évident ancrage historique, la majorité des gouvernements du tiers-monde souffrent d’une crise de légitimité. La précarité des régimes politique accélère les phénomènes de corruption. L’absence d’opposition rend l’opération sans risque immédiat.

En Afrique, un simple mot, sur papier ou un coup de fil du président de la République suffit pour débloquer des fonds à la Banque.
Les barons de l’Adema (parents et amis) et ATT ont fait main basse sur la Banque de l’habitat (BHM). L’ex-PDG de l’ACI 2000 (Agence de cession immobilière), Boubacar Haïdara s’est tapé dix (10) milliards de FCFA avant de prendre la tangente.

Source : Les archives de «L’Inter de Bamako»

L’Inter de Bamako du 18 Février 2013